Arbrealettres

Poésie

Tristesse du souvenir (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



Illustration: Lazo de Valdez Elisa
    

Tristesse du souvenir

Au détour vague des songes
D’un petit matin tardif, m’accompagnait
Ton image bien-aimée, comme un jour
D’une époque révolue, lorsque Dieu le voulait.

Le fleuve d’en-bas a tant roulé ses eaux,
Tant de feuilles perdues, emportées par le vent
Depuis que nos ombres regardèrent sagement
Leur désir s’effacer au soleil du couchant.

Cette flamme était belle et brève
Comme tout ce qui est beau : lumière et crépuscule.
Puis vint la nuit profonde et ses cendres
Masquèrent la veillée des étoiles.

Tel un joueur fébrile devant sa carte
Nous risquâmes une âme solitaire
Sur notre rencontre et perdîmes la mise.
Nos corps parmi les hommes demeurèrent en peine.

Qui parle d’oublier ? L’oubli n’existe pas.
Vois comme au travers d’une paroi de glace
S’éloigne cette ombre, là-bas, dans le lointain
Dépouillée du désir et de son nimbe radieux.

Tout a un prix et j’ai payé
Celui de cette lointaine grâce;
Mon sommeil achevé je ne trouve au réveil
Qu’une couche vide et dehors l’aube morte.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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