Arbrealettres

Poésie

Contre qui t’es-tu emporté ? (conte zen)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017


Un soir d’automne, le brouillard épais masque presque entièrement la rivière
Saïtama
Un moine et un jeune novice s’apprêtent à la traverser sur une barque
légère. Les flots sont jaunes et tumultueux, un vent violent s’est levé :
« Maître, je sais bien que l’on nous attend au monastère de Rishiko, mais ne
serait-il pas prudent de remettre notre visite à demain ? Nous pouvons manger
une boulette de riz, et dormir dans la hutte de branchages que j’aperçois
là-bas.

– « … »

Son maître gardant le silence, Kasuku se résigne à embarquer, et commence
à ramer.
On ne voit de l’autre rive qu’une ligne sombre perdue dans le
brouillard.

« Maître, la rivière est large et le vent qui souffle par le travers nous
empêche d’avancer à notre gré.

– » … »

Une dizaine de minutes s’écoulent qui semblent une heure à Kasuku.
Il rame en silence, le coeur inquiet.
Soudain, lâchant les rames, il se dresse, le bras levé :
« Maître, Maître ! Regardez cette barque qui émerge du brouillard, elle vient
droit sur nous !

– » … »

– Maître, elle va nous heurter, nous éventrer, nous allons chavirer.
Ohé, du pilote ! Oh, oh, du pilote ! Si je tenais celui qui gouverne cette embarcation,
je lui assénerais un bon coup de bâton qui lui ôterait l’envie de mettre en
danger de saints hommes comme nous…

– « … »

– Maître, voyez la barque approche, elle va nous éperonner de sa proue effilée.
J’aperçois maintenant le pilote, ce timonier assassin dort paisiblement !

– « … »

– Maître, la barque est tout près ! Par Brahma !
Que ce pilote criminel soit maudit,

que le cycle de ses renaissances s’étende sur un million d’années,

qu’il soit chacal, hyène, rat, punaise…

À l’instant du choc, un remous opportun, ou une manoeuvre habile du maître,
écarte le danger, et les deux barques indemnes poursuivent leur chemin.

– » Tu as observé l’intérieur de la barque, Kasuku ? demande le moine zen.

– Oui, Maître. La forme que je prenais pour un homme était un sac de grains.

– « Dis-moi, Kasuku, contre qui t’es-tu emporté ? »

(conte zen)

7 Réponses to “Contre qui t’es-tu emporté ? (conte zen)”

  1. Julie Larousse said

    Ah Maya l’illusion !.
    Nous sommes entourés de croquemitaines.

    Un peu comme cet autre conte zen :

    Un homme ne retrouvait pas sa hache.
    Il soupçonna le fils de son voisin de la lui avoir prise et se mit à l’observer.
    Son allure était typiquement celle d’un voleur de hache.
    Son visage était celui d’un voleur de hache.
    Les paroles qu’il prononçait ne pouvaient être que des paroles de voleur de hache.
    Toutes ses attitudes et tous ses comportements trahissaient l’homme qui a volé une hache.

    Mais, très inopinément, en remuant la terre, l’homme retrouva soudain sa hache.

    Lorsque le lendemain, il regarda de nouveau le fils de son voisin, celui-ci ne présentait rien,
    ni dans l’attitude ni dans le comportement qui évoquât un voleur de hache.

    Parabole de Lie-Tseu

    Et cette autre parabole :

    Dans la nuit, un homme s’éveille pour découvrir qu’un serpent se trouve dans sa chambre. La présence de ce reptile le fige sur place. Frappé de panique, il s’agite, se démène, s’affole. Le serpent va-t-il s’approcher et bondir? Ne vient-il pas de bouger?… Plus le temps passe, plus le mental de cet homme s’échauffe. La nuit lui paraît interminable. Mais au petit matin, il découvre qu’il s’agissait… d’une corde.

    • arbrealettres said

      … Je vois que nous avons les mêmes lectures!! lol!
      Lire est-elle aussi une Illusion??
      Notre désir de « Libération » est peut-être aussi une Illusion… comme dit un autre conte Zen
      (je cite de mémoire)
      Un disciple demande à son maître comment atteindre la Libération
      – Qui t’a enchaîné?
      – Personne
      – Dans ce cas pourquoi veux-tu te libérer??

  2. Mireille said

    Il nous manque parfois la sagesse élémentaire de regarder et écouter. Pas seulement voir et entendre… Nous nous laissons emporter par des impressions dont nous tirons des déductions… bien souvent fausses!

    • arbrealettres said

      Nous oublions toujours que notre esprit ne voit absolument pas la réalité mais la perçoit et la reconstruit 😉

  3. A reblogué ceci sur Maître Renard.

  4. Luciole said

    Un conte qui ressemble beaucoup à celui de la corde et du serpent.

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