Arbrealettres

Poésie

FASTES (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2017




    
FASTES

L’été chantait sur son roc préféré quand tu m’es apparue,
l’été chantait à l’écart de nous qui étions silence, sympathie, liberté triste,
mer plus encore que la mer dont la longue pelle bleue s’amusait à nos pieds.

L’été chantait et ton cœur nageait loin de lui.
Je baisais ton courage, entendais ton désarroi.
Route par l’absolu des vagues vers ces hauts pics d’écume
où croisent des vertus meurtrières pour les mains qui portent nos maisons.
Nous n’étions pas crédules.
Nous étions entourés.

Les ans passèrent.
Les orages moururent.
Le monde s’en alla.
J’avais mal de sentir que ton cœur justement ne m’apercevait plus.
Je t’aimais.
En mon absence de visage et mon vide de bonheur.
Je t’aimais, changeant en tout, fidèle à toi.

(René Char)

 

Recueil: Fureur et mystère
Traduction:
Editions: Gallimard

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