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Poésie

Archive for 6 janvier 2018

Et la mort n’aura pas d’empire (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018



Et la mort n’aura pas d’empire
Les cadavres nus ne feront plus qu’un
Avec l’homme dans le vent et la lune d’ouest
Quand leurs os rongés à blanc auront disparu
Ils auront des étoiles aux coudes et aux pieds
Ils seront fous, ils seront saint d’esprit
Engloutis par les fléaux, ils émergeront à nouveau
Les amants se perdront mais l’amour restera
Et la mort n’aura pas d’empire

Et la mort n’aura pas d’empire.
Dans les méandres de la mer
Gisant de tout leur long ils n’y mourront pas;
Se tordant sur des chevalets quand leur tendons lâcheront,
Ligotés sur une roue ils ne se briseront pas;
La confiance en leurs mains se fendra en deux,
Et les démons unicornes courront les transpercer
Ecartelés de toutes parts ils ne craqueront pas;
Et la mort n’aura pas d’empire.

Et la mort n’aura pas d’empire.
Pas plus que les cris des mouettes n’atteindront leurs oreilles
Ou le déferlements des vagues les rivages;
Là ou s’ouvrait une fleur aucune fleur jamais plus
Ne dressera sa tête sous les coups de la pluie;
Bien qu’ils soient insensé et morts comme des clous,
Leurs têtes tels des marteaux enfonçant les marguerites;
Frapperont le soleil jusqu’à ce que le soleil s’écroule,
Et la mort n’aura pas d’empire.

***

And death shall have no dominion.
Dead man naked they shall be one
With the man in the wind and the west moon;
When their bones are picked clean and the clean bones gone,
They shall have stars at elbow and foot;
Though they go mad they shall be sane,
Though they sink through the sea they shall rise again;
Though lovers be lost love shall not;
And death shall have no dominion.

And death shall have no dominion.
Under the windings of the sea
They lying long shall not die windily;
Twisting on racks when sinews give way,
Strapped to a wheel, yet they shall not break;
Faith in their hands shall snap in two,
And the unicorn evils run them through;
Split all ends up they shan’t crack;
And death shall have no dominion.

And death shall have no dominion.
No more may gulls cry at their ears
Or waves break loud on the seashores;
Where blew a flower may a flower no more
Lift its head to the blows of the rain;
Though they be mad and dead as nails,
Heads of the characters hammer through daisies;
Break in the sun till the sun breaks down,
And death shall have no dominion.

(Dylan Thomas)


 

 

 

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Que dire ? (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018




    
Que dire ?

Que dire
Des trouées de l’âme
De la glisse des pensées
Des dérapages du sens

Que dire
Du corps qui se rénove
Par la grâce d’une parole
Le secours d’une caresse
La saveur d’une malice

Que dire
Des jours si vivaces
Des heures si ténues
De la geôle des mots
De l’attrait du futur

Que dire
De l’instant
Tantôt ennemi
Tantôt ami ?

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’aumône (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018


murciano-Desespoir

Un conseil, s’il vous plaît! Voyez, je tends mon âme…
Remplissez-la des mots qui réconforteront,
N’ayez pas de colère et n’ayez pas de blâme,
Posez votre fraîcheur aux fièvres de mon front.

Vous la voyez, mon âme, elle est laide, elle est vile,
Elle hésite – lancez un doux conseil dedans,
Ainsi qu’on fait tomber un sou dans la sébile
Qu’un chien d’aveugle, aveugle aussi, serre en ses dents.

Un conseil! Un conseil! Un conseil! ou je tombe…
Je tourne… A mon secours si vous ne venez pas,
Je vais mordre la boue, en bas, très bas!! plus bas!!!

Sauvez-moi! C’est trop gras, c’est trop noir, c’est trop laid!
C’est l’horreur, c’est le trou, c’est l’éternelle tombe.
Voyez, je tends mon âme! Un conseil, s’il vous plaît!

(Jean Cocteau)

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Les ronces m’ont déchiré (Clause Esteban)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018




Les ronces m’ont déchiré, le gel
a crevassé mon âme

et j’ai dit que cette lande était maudite,
mauvaise et sans espoir

maintenant je sais
qu’il est un lieu où les contraires
se répondent

que le feu peut dormir dans une pierre ou
traverser le croc d’un serpent

mes amis, je vous avais
perdus comme tant d’autres choses
dans mon rêve

voilà que nous nous retrouvons, souriants
sur le seuil du monde, presque guéris.

(Clause Esteban)

Illustration: Filippo Vitale

Poème découvert chez Lara ici

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Tel un dahlia (Bernard Delvaille)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018


dahlia

brisé d’espoir
tel un dahlia
dans l’attente des pluies.
Il ne connaît son nom
ni sa naissance ni sa mort.
Il est exilé dans sa peau.
Qui viendra le chercher
pour où se rendre…

(Bernard Delvaille)

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Issu de notre chair (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018



Illustration: Beata Nowakowska-Kiwior
    
Issu de notre chair
Tissée de siècles
Et d’océans
Quel verbe
Criblera nos murs
Sondera nos puits
Modèlera nos saisons ?

Avec quels mots
Saisir les miettes
Du mystère
Qui nous enchâsse
Ou de l’énigme
Qui nous surprend ?

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le vrai de la chose (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018



Le vrai de la chose

Ah! c’est pas sa chair qui m’est tout,
Et suis pas qu’un grand coeur pour elle;
Non, c’est d’aller faire les fous
Dans des histoires fraternelles!

Oh! vous m’entendez bien!
Oh! vous savez comme on y vient;
Oh! vous savez parfaitement qu’il y a moyen,
Et comme on s’y attelle.

Lui défeuiller quel Tout je suis,
Et que ses yeux, perdus, m’en suivent!
Et puis un soir : « Tu m’as séduit
 » Pourtant!  » – et l’aimer toute vive.

Et s’aimer tour à tour,
Au gras soleil des basses-cours,
Et vers la Lune, et puis partout! avec toujours
En nobles perspectives…

Oh! c’est pas seulement la chair,
Et c’est pas plus seulement l’âme;
C’est l’Esprit édénique et fier
D’être un peu l’Homme avec la Femme.

(Jules Laforgue)


Illustration: Pascal Renoux

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