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Poésie

Archive for 15 janvier 2018

J’ai débouché le flacon de l’incertitude (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    

J’ai débouché le flacon de l’incertitude
Les dessins tracés sur le sable
sont effacés par le vent

La houle arrive mes habitudes
se heurtent au récif de l’instable
nouvelle d’un autrement

L’éventail des possibles élude
mes décrets cartes sur table
et se déploie lentement

comme un nouveau jeu prélude
à l’amour véritable
seule ancre dans le tourment

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je ne perdrai pas le fil (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018



Illustration: Leslie Allen
    
Je ne perdrai pas le fil le filament
étoile filante couleur de safran
là-bas au-dessus du lac de sel blanc

Malgré les paysages dévastés
et les arbres morts d’avoir mal aimé
à force de confondre coeur et vanité

Je garde le fil le filament
étoile filante couleur de safran
à travers les ronces du sentiment

Même si je perds ma raison mes sens
je suivrai le fil en silence
étoile filante couleur de l’absence

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ma fille écoute-moi (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




    
Ma fille écoute-moi
il ne faut pas pleurer
J’ai une fille qui a le même prénom que toi
Tu es comme ma fille
La maladie ce n’est rien la maladie
elle n’existe pas
Est-ce que tu oublies Dieu?
Dis : «Rabbi», dis : «Allah»
ne pleure pas
Bouddha ou Allah c’est pareil
c’est le même Dieu
Tu es ma fille
il ne faut pas pleurer
je vais te faire ta toilette
Enlève un peu le respirateur
ça fait du bien la compresse chaude sur le visage
Plein de gens ont eu ça
et ils ont guéri
Tu es jeune, tu es très belle, tu es gentille
Il faut garder l’espoir
Quand on te donnera une chambre en haut
on ira te voir
Pas tout de suite parce qu’on a beaucoup de travail
en réanimation
On viendra te dire au revoir
avant que tu quittes la clinique
In cha allah labess

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il y a un vers à soi (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




    
Il y a un vers à soi
que l’on ne dit à personne
Je crois l’avoir entendu
un jour de tristesse
éphémère il se cache de moi

Cet air insaisissable flottant libellule
me manque
Je le respirais avant
fleur cueillie sur le chemin de l’école
parfum des Amadeus en pleurs

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Respiration (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018



Illustration
    
Respiration

Le vent est ainsi
il ne regarde pas il emporte
Cessez vos simagrées
le vent ne regarde pas
Il ne sert à rien de s’agripper
à la rampe de la mosquée
chaque doigt cédera
ou de croire que vous pourrez rester
dans votre villa cité des Pins
éternellement
Le vent emporte
il ne distingue pas le mort du vivant
l’homme de la femme
la cravate de la semelle
petits tourbillons de poussière
ou bourrasques, tempêtes
sur les esquifs bleus et rouges
dans l’orage qui entrechoque les mondes
ou la vivacité d’un ciel clair

Le vent est magnanime
il fait place nette

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Une jeune femme montre ses seins nus à Tunis (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




    

Damas accuse Washington de mentir
Une jeune femme montre ses seins nus à Tunis
Les prochaines élections s’annoncent plus difficiles que les précédentes
comme des spaghettis ayant perdu leur al dente

Une jeune femme montre ses seins nus à Tunis
Les mois d’été bouillent dans le désespoir
comme des spaghettis ayant perdu leur al dente
dans le noir visqueux de l’encre de seiche

Les mois d’été bouillent dans le désespoir
On recherche la nouvelle Vénus
dans le noir visqueux de l’encre de seiche
où surnage un tentacule

On recherche la nouvelle Vénus
dans les eaux roses du crépuscule
où surnage un tentacule
au large de la baie de Tunis

(Aya Cheddadi)

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Certains confient leurs enfants à la mort (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018



    

Certains confient leurs enfants à la mort
Est-ce si tentant de mourir
qu’on envoie des éclaireurs

Lâches bouchers vendant la chair
de leur chair leur prunelle arrachée
l’avenir confisqué la bave aux lèvres

À hurler leur impuissance au bord de l’abîme

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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D’autres villes d’autres échos (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018



Illustration: Baiser mortel laurier-rose
    
D’autres villes d’autres échos
Il faut bien que le son
finisse sa course passant par nous
Modifié par nous chaque obstacle vivant
atténue sa stridence
Chaque arbre et chaque maison
chaque camion sur la route pierreuse
chaque directrice de projet à la banque
chaque homme lisant son journal au café
chaque collégienne en uniforme et le chat
fait ses griffes sur le tronc mince
du laurier-rose avant de tourner
au coin de la rue

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Images du corps déchiqueté (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




    
Images du corps déchiqueté du kamikaze
Le sable est blanc sur la côte de Sousse

Tronc sanglant et sale
courroies bouts de chair noircie

Et le bleu choisi de la plage immaculée

Passent les oiseaux en pleurs
Les vagues ont fermé les yeux
Le sable est si blanc
Les mots se fanent

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Avant Carthage (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018



 

Illustration: Marie Dominique Garnier Bossy
    
Avant Carthage

Brumes enchanteresses
laissez monter en moi le souvenir
des antiques cités

Le soleil comme un oeil brillant accroche
les brumes épaisses
déchirant la toile de l’oubli

Je vois une coupole d’or
et la silhouette au crayon bleu des toits de la ville
un port rond comme un oeuf relié à la mer
d’où s’échappent des bateaux longs

Inondant l’azur frère de l’eau
la lumière est si forte
qu’elle en brûle d’une flamme blanche
ma pauvre mémoire

Je sais pour sûr que c’est une ville
aux rues fraîches et tortueuses
mère de nos médinas

C’est pourquoi comme une pauvresse
je reste à son seuil de lignes peintes
attendant qu’elle rouvre ses portes

Brumes enchanteresses
laissez monter en moi le souvenir
des antiques cités

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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