Arbrealettres

Poésie

Archive for 17 janvier 2018

J’AI CACHÉ MON AMOUR (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
J’AI CACHÉ MON AMOUR

J’ai caché mon amour étant jeune et farouche
Jusqu’à ne plus souffrir le bourdon d’une mouche
J’ai caché mon amour pour ma détresse amère
Jusqu’à ne plus souffrir la vue de la lumière
Je n’osais pas jeter les yeux sur son visage
Mais par monts et par vaux je laissais son image
A chaque fleur des champs c’était un baiser pour
Dire adieu une fois encore à mon amour

C’est au plus vert du val que je l’ai rencontrée
La jacinthe des bois s’emperlait de rosée
Et la brise perdue baisait ses yeux d’azur
L’abeille aussi baisait et s’en allait chantant
Un rayon de soleil se frayant un passage
Mit une chaîne d’or à son col éclatant
Celée comme le chant de l’abeille sauvage
Elle est demeurée là tout le long de l’été

J’ai caché mon amour aux champs et à la ville
Jusqu’à être un jouet pour la brise gracile
L’abeille me semblait ressasser des ballades
Et la mouche rugir en lionne irritée
Il n’est pas jusqu’au silence qui ne prît langue
Et qui ne me hantât tout le long de l’été
L’énigme qui laissait la nature impuissante
N’était pas autre chose qu’un amour secret

***

I HID MY LOVE

I hid my love when young till I
Couldn’t bear the buzzing of a fly
I hid my love to my despite
Till I could not bear to look at light
I dare not gaze upon her face
But left her memory in each place
Where’er I saw a wild flower lie
I kissed and bade my love good-bye

I met her in the greenest dells
Where dewdrops pearl the wood bluebells
The lost breeze kissed her bright blue eye
The bee kissed and went singing by
A sunbeam found a passage there
A gold chain round her neck so fair
As secret as the wild bee’s song
She lay there all the summer long

I hid my love in field and town
Till e’en the breeze would knock me down
The bees seemed singing ballads o’er
The fly’s bass turned a lion’s roar
And even silence found a tongue
To haunt me all the summer long
The riddle nature could not prove
Was nothing else but secret love

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE POÈTE PAYSAN (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration: Louis-Philippe Kamm
    
LE POÈTE PAYSAN

Il aimait le ruisseau chanteur
Le coup d’aile de l’hirondelle
Le sol vêtu de pâquerettes
La robe pommelée du ciel
Pour lui l’orage fracasseur
Était la voix même de Dieu
Où se dressait le roc du soir
Il voyait Moïse et sa verge
Tout ce qu’embrassait son regard
Jusqu’aux insectes des fougères
Créatures du Tout-Puissant
Il l’aimait pour l’amour de Lui
Homme à respecter le silence
Dans les affaires de la vie
Penseur dès son adolescence
Paysan de par ses soucis
Et poète pour sa joie grande.

***

THE PEASANT POET

He loved the brook’s soft sound
The swallow swimming by
He loved the daisy-covered ground
The cloud-bedapled sky
To him the dismal storm appeared
The very voice of God
And when the evening rock was reared
Stood Moses with his rod
And everything his eyes surveyed
The insects i’ the brake
Were creatures God Almighty made
He loved them for his sake —
A silent man in life’s affairs
A thinker from a boy
A peasant in his daily cares
A poet in his joy.

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SOLITUDE (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration: Károly Ferenczy
    
SOLITUDE

Il y a dans la solitude un charme heureux
Un sentiment dont le monde ne connaît rien
Un vert délice que chérit l’esprit blessé
Une fois retranché de ce monde brutal
Dont la joie criminelle est de railler le bien
Sa verte geôle lui procure du plaisir
La renarde ne le fuit pas les oiseaux rient
Il vit en Crusoë de son champ dont les chênes
Abritent vert foncé son méridien loisir

***

SOLITUDE

There is a charm in solitude that cheers
A feeling that the world knows nothing of
A green delight the wounded mind endears
After the hustling world is broken off
Whose whole delight was crime — at good to scoff
Green solitude his prison pleasure yields
The bitch fox heeds him not birds seem to laugh
He lives the Crusoe of his lovely field
Whose dark green oaks his noontide leisure shield

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

HESPÉRUS (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration: Edward Burne-Jones
    
HESPÉRUS

Hespérus le jour s’est enfui
La rosée tombe silencieuse
Sur mainte fleur perle une larme
Et la vie du ciel est en toi

Hespérus, le soir qui descend
Nous enveloppe de douceur
On dirait qu’un enfant respire
Quand le jour rencontre le soir

Hespérus la fleur qui se ferme
Sur le sol humide s’endort
Comme pleut sans bruit la rosée
Et qu’alentour le ciel respire

Hespérus, ta lueur clignotante
Rayonne dans le bleu du ciel
Et dit au voyageur en route
La terre sera pardonnée

***

HESPERUS

Hesperus the day is gone
Soft falls the silent dew
A tear is now on many a flower
And heaven lives in you

Hesperus the evening mild
Falls round us soft and sweet
Tis like the breathings of a child
When day and evening meet

Hesperus the closing flower
Sleeps on the dewy ground
While dews fall in a silent shower
And heaven breathes around

Hesperus thy twinkling ray
Beams in the blue of heaven
And tells the traveller on his way
That earth shall be forgiven

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Marcher dans les feuilles mortes (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



    

Marcher dans les feuilles
mortes, dans un léger bruit
de chiffons froissés.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

Les feuilles qui tombent (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



 

Illustration: Brad Kunkle
    
Les feuilles qui tombent,
plutôt que mortes, ont l’air
de belles alanguies.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

Ne pas trop savoir (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
ne pas trop savoir
s’il faut commencer la journée
ou se recoucher

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , | Leave a Comment »

C’est le jour des morts (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



    

C’est le jour des morts
que les corbillards redeviennent
citrouilles.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

Posted in haïku, humour, poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

Un jeune homme (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



    

Un jeune homme avec
un détecteur de métaux
dans la forêt d’or.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , | 3 Comments »

Chaque caillou (Léonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
Chaque caillou

Chaque caillou rêve de lui-même
Chaque feuille a un projet
Le soleil a le désir
de voyager sur un rayon
Vaincu je ne peux offrir
mon coeur à la paix sainte
parce que je rêve de chaînes
et je rêve de liberté

J’ai dit cela au prisonnier
qui a tué celui que je hais
J’ai dit cela au mineur qui
a extrait mon assiette d’or
Ainsi je vis en enfer
car je rêve que l’enfer est
la distance que j’ose mettre
entre ma main et la sienne

J’ai rêvé de mon corps cette nuit
J’ai rêvé de l’univers
J’ai rêvé j’ai rêvé un millier d’années
afin de répéter
les sept jours des merveilles
quand, tiré de la brume
j’étais vêtu de nudité
et souffrais d’exister

J’ai rêvé qu’on me donnait une chanson
comme seule preuve
que ma vraie demeure avec toi
n’a ni poutres ni chevrons
ni fenêtres pour voir au-dehors
ni miroirs pour voir au-dedans
ni chansons pour en sortir
ni mort pour commencer

O mon enfant voici ton rêve humain
voici ton sommeil humain
et ne désire pas tant grimper
loin de ce qui est sain et profond
J’aime le rêve que tu as commencé
sous l’arbre toujours vert
J’aime le caillou et le soleil
et tout ce qui se trouve entre eux

Et pour cette conversation
dans la première lumière de l’aube
J’offre ces jours mesquins
qui s’effilochent sous tes yeux
Et je ne sais combien de jours
passeront avant ma délivrance
et ce qui restera de cette chanson
que tu as mise sur la langue de ta créature

(Léonard Cohen)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :