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Poésie

Archive for 20 janvier 2018

Ce monde ne présente aucune marque, signe ou preuve d’existence (Jack Kerouac)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



Ce monde ne présente aucune marque, signe ou
preuve d’existence, ni les bruits qu’il contient,
tels un coup du vent, des voix ou des braiments d’animaux;
pourtant écoutez attentivement,
le murmure éternel du silence n’en finit jamais de remplir tout cela,
et n’en a jamais fini, et n’en finira jamais.

C’est parce que le monde n’est rien qu’un rêve et
une conception mentale et la durée éternelle n’y fait
pas attention.
La nuit sous la lune, ou dans une chambre paisible,
faites donc silence,
la musique secrète de l’Inconçu se poursuit,
au-delà de la conception, éveillée par-delà l’existence.

A proprement parler, l’éveil n’est pas vraiment l’éveil
parce que l’éternité d’or ne s’est jamais endormie:
on le sait au bruit permanent du Silence
qui découpe ce monde
comme un diamant magique découpant votre erreur
de ne pas comprendre
que c’est votre esprit qui a engendré le monde.

(Jack Kerouac)

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Horaires des trains (Ismaïl Kadaré)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



Horaires des trains

J’aime les horaires
affichés dans les petites gares secondaires,
planté sur un quai mouillé à contempler
les rails à l’infini.
Cri lointain d’une locomotive. Qu’est—ce qu’elle dit?
(Allez comprendre ce que les machines à vapeur baragouinent!)
Trains bondés de voyageurs, wagons-citernes, bennes remplies
de minerai défilent sans répit
à travers la gare. Ainsi passent à travers toi les jours de ta vie,
chargés de voix, de signaux, de bruits
et du lourd minerai des souvenirs.

(Ismaïl Kadaré)

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Tout entier visage (Henri Meschonnic)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



 

Tout entier visage
(extraits)

c’était quoi
comprendre
une
fois
cet arbre me comprend
et moi quand je prends des yeux
j’ai mal aux autres
loin n’est plus loin
moins je sais
mieux je comprends

***

la vie envoie de la vie
à chaque regard chaque nouveau
visage est le visage de
notre vie les yeux partout
des démesures du plaisir
le monde
s’endort
dans mes yeux
pas moi

(Henri Meschonnic)

Illustration: Brad Kunkle

 

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Laisse ordonner le ciel à tes yeux (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



 

Laisse ordonner le ciel à tes yeux, sans comprendre,
et crée de ton silence la musique des nuits.

(Paul Fort)

Illustration: Erich Heckel

 

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Partout, en tous les firmaments tu trouves sa trace (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



Partout, en tous les firmaments tu trouves sa trace,
tous espaces sont emplis de ses signes secrets,
toutes hauteurs, toutes profondeurs de son écriture
qu’il sait seul déchiffrer.

Ô puissant, pourquoi ne nous enseignes-tu à lire ton livre.
Pourquoi ne passes-tu le long des signes ton doigt
pour nous apprendre à épeler et comprendre
comme des enfants.

Non, tu ne le veux pas. Tu n’es pas un maître d’école.
Tu laisses les choses comme elles sont.
Incompréhensibles comme elles sont.

Mais un jour au soir des temps, vas -tu à nouveau
tout effacer,
pour que tout redevienne ténèbres, comme cela était
avant que tu ne te lèves de tes songes
et ne marches au loin les inscrire,
le charbon ardent dans ta main?

***

Överallt, i alla himlar finner du hans spår,
alla rymder är fyllda av hans hemliga tecken,
alla höjder, alla djup av hans skrift, som han bara själv
kan tyda.

O väldige, varför lär du oss inte läsa din bok.
Varför för du inte ditt finger utefter tecknen
och lär oss stava och förstå så som barn.

Nej, det gör du inte. Någon skolmästare är du inte.
Du låter det vara så som det är. Obegripligt så som det är.

Och engång i tidernas afton, skall du då stryka ut
alltsammans igen
och låta allting bli mörker, så som det var innan du reste
dig ur dina tankar
och vandrade bort för att uppteckna dem på din väg
med det glödande kolet i din hand ?

(Pär Lagerkvist)


Illustration: Michel Ange

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Je suis l’enfant je suis la foule (Henri Meschonnic)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



 

Je suis l’enfant je suis la
foule qui pousse ses mains
comme un arbre
sort de moi
et plein de cris je m’ouvre
sans comprendre
ce qui vient

(Henri Meschonnic)

Illustration: Danielle Decollonge

 

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Les hommes passaient à côté d’elles sans les voir (Alexandre Romanès)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



Les hommes passaient
à côté d’elles sans les voir.
Modestement agenouillées
dans l’herbe tendre, les roses
étonnées se regardaient
sans comprendre.

(Alexandre Romanès)


Illustration

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Je suis dans le rire (Henri Meschonnic)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



je suis dans le rire
qui va de lèvre en lèvre
moi les caresses
sur tous les seins
moi les larmes
de tous les yeux
sans rien comprendre
je serre la vie
dans mes bras

(Henri Meschonnic)


Illustration

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Le devenir (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



 

 

Le devenir

Les minéraux se serrent sans comprendre
Par quelle grâce un animal présent
Vient les rejoindre avec des regards tendres
Et devient fleur de pierre dans le temps
Pour mieux revivre au fond de ces méandres.

Lui devenu plus astre que coquille
Peut voyager dans l’espace d’un fruit
Et ces ruisseaux de laves, de granit
Dans leur coulée ont absorbé le bruit
Pour que la vie alimente leurs hymnes.

Quand se mouvoir est une déchirure
La chair repose au creux de ces rochers
Le corps se moule aux caresses des lunes
Et du silex devient l’autre moitié
D’un tel tranchant que l’ombre est sa blessure.

Les minéraux dans les terres voyagent
Avec les morts en leurs bras enserrés
Un vieux soleil prend racine en leurs âmes
Leur devenir est fait de tous les âges
Et c’est le temps des êtres disséqués.

(Robert Sabatier)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Ensevelie la parole (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



    

Ensevelie la parole qui nous sommait de vivre
Hanche nue au bord de la nuit d’été,
Si perdue sous les ronces folles des mots
Que plus jamais le chant n’en pourra retentir.

Qui voudrait arracher ce poids de nos fautes?
Quel enfant soudain retrouvé hors de tout espoir
Viendrait sous son regard désigner ô mes frères
La source enfouie où s’abreuvèrent nos premiers songes?

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

Recueil: Le Poème Hanté
Traduction:
Editions: Gallimard

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