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Poésie

Archive for 24 janvier 2018

Le Partisan (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018




    
Le Partisan

Quand ils traversèrent la rivière
Ils me dirent de me rendre,
Ca, je ne pouvais pas le faire;
J’ai pris mon arme et j’ai disparu.
J’ai changé de nom si souvent,
J’ai perdu ma femme et mes enfants
Mais j’ai beaucoup d’amis,
Et certains sont avec moi.

Une vieille femme nous a trouvé un abri,
Nous a tenu caché dans le grenier,
Et les soldats sont arrivés;
Elle est morte sans un soupir.

Nous étions trois ce matin
Je suis seul ce soir
Mais je dois poursuivre;
Les frontières sont ma prison.

Oh, le vent, le vent souffle,
Entre les tombes le vent souffle,
La liberté naîtra bientôt;
Et nous sortirons de l’ombre.

Les allemands étaient chez moi,
Ils me dirent « Signe-toi »,
Mais je n’ai pas peur.
J’ai repris mon arme,
J’ai changé cent fois de nom,
J’ai perdu femme et enfants,
Mais j’ai tant d’amis.
J’ai la France entière.

Un vieil homme dans un grenier,
Pour la nuit nous a caché,
Les allemands l’ont pris
Il est mort sans surprise.

Oh, le vent, le vent souffle,
Entre les tombes le vent souffle,
La liberté naîtra bientôt:
Et nous sortirons de l’ombre.

***

The partisan

When they poured across the border
I was cautioned to surrender
This I could not do
I took my gun and vanished.

I have changed my name so often
I’ve lost my wife and children
But I have many friends
And some of them are with me

An old woman gave us shelter
Kept us hidden in the garret
Then the soldiers came
She died without a whisper

There were three of us this morning
I’m the only one this evening
But I must go on
The frontiers are my prison

Oh, the wind, the wind is blowing
Through the graves the wind is blowing
Freedom soon will come
Then we’ll come from the shadows

Les Allemands étaient chez moi
Ils me dirent, « résigne toi »
Mais je n’ai pas peur
J’ai repris mon âme

J’ai changé cent fois de nom
J’ai perdu femme et enfants
Mais j’ai tant d’amis
J’ai la France entière

Un vieil homme dans un grenier
Pour la nuit nous a caché
Les Allemands l’ont pris
Il est mort sans surprise

Oh, the wind, the wind is blowing
Through the graves the wind is blowing
Freedom soon will come
Then we’ll come from the shadows

(Leonard Cohen)

 

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Hey, c’est impossible de se dire adieu (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



Illustration: Edvard Munch
    
Hey, c’est impossible de se dire adieu

{Hey, c’est impossible de se dire adieu}

Je t’aimais le matin, nos baisers profonds et chauds
Tes cheveux sur l’oreiller comme une tempète d’or endormie

Oui, beaucoup ont aimé avant nous, je sais que ce n’est pas nouveau
Dans la ville et dans la forêt ils ont souri comme nous
Mais ils se sont éloignés et toi et moi devons essayer
Tes yeux s’adoucissent de chagrin
Hey, c’est impossible de se dire adieu

Je ne cherche personne d’autre pendant que je vagabonde
Raccompagne-moi jusqu’au coin, nos pas rimeront toujours
Tu sais que mon amour va avec toi comme le tien reste avec moi
C’est juste la manière qui change, comme le rivage et la mer
Mais ne parlons pas d’amour ou de chaînes ou des choses que nous ne pouvons délier
Tes yeux s’adoucissent de chagrin
Hey, c’est impossible de se dire adieu

Je t’aimais le matin, nos baisers profonds et chauds
Tes cheveux sur l’oreiller comme une tempête d’or endormie

Oui, beaucoup ont aimé avant nous, je sais que ce n’est pas nouveau
Dans la ville et dans la forêt ils ont souri comme nous
Mais ne parlons pas d’amour ou de chaînes ou des choses que nous ne pouvons délier
Tes yeux s’adoucissent de chagrin
Hey, c’est impossible de se dire adieu

***

Hey, That’s no Way to Say Goodbye

I loved you in the morning, our kisses deep and warm
Your hair upon the pillow like a sleepy golden storm
Yes, many loved before us, I know that we are not new
In city and in forest, they smiled like me and you
But now it’s come to distances and both of us must try
Your eyes are soft with sorrow
Hey, that’s no way to say goodbye
I’m not looking for another as I wander in my time
Walk me to the corner, our steps will always rhyme
You know my love goes with you as your love stays with me
It’s just the way it changes like the shoreline and the sea
But let’s not talk of love or chains and things we can’t untie
Your eyes are soft with sorrow
Hey, that’s no way to say goodbye
I loved you in the morning, our kisses deep and warm
Your hair upon the pillow like a sleepy golden storm
Yes, many loved before us, I know that we are not new
In city and in forest they smiled like me and you
But let’s not talk of love or chains and things we can’t untie
Your eyes are soft with sorrow
Hey, that’s no way to say goodbye

(Leonard Cohen)

 

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Suzanne (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



Illustration
    
Suzanne

Suzanne t’emmène écouter les sirènes
Elle te prend par la main
Pour passer une nuit sans fin
Tu sais qu’elle est à moitié folle
C’est pourquoi tu veux rester
Sur un plateau d’argent
Elle te sert du thé au jasmin
Et quand tu voudrais lui dire
Tu n’as pas d’amour pour elle
Elle t’appelle dans ses ondes
Et laisse la mer répondre
Que depuis toujours tu l’aimes

Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n’as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une flamme brûle dans ton coeur

Il était un pêcheur venu sur la terre
Qui a veillé très longtemps
Du haut d’une tour solitaire
Quand il a compris que seuls
Les hommes perdus le voyaient
Il a dit qu’on voguerait
Jusqu’à ce que les vagues nous libèrent
Mais lui-même fut brisé
Bien avant que le ciel s’ouvre
Délaissé et presqu’un homme
Il a coulé sous votre sagesse
Comme une pierre

Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n’as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une flamme brûle dans ton coeur

Suzanne t’emmène écouter les sirènes
Elle te prend par la main
Pour passer une nuit sans fin
Comme du miel, le soleil coule
Sur Notre Dame des Pleurs
Elle te montre où chercher
Parmi les déchets et les fleurs
Dans les algues, il y a des rêves
Des enfants au petit matin
Qui se penchent vers l’amour
Ils se penchent comme ça toujours
Et Suzanne tient le miroir

Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n’as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une blessure étrange dans ton cœoeur

***

Suzanne

Suzanne takes you down to her place near the river
You can hear the boats go by, you can spend the night forever
And you know that she’s half-crazy but that’s why you want to be there
And she feeds you tea and oranges that come all the way from China
And just when you mean to tell her that you have no love to give her
Then he gets you on her wavelength
And she lets the river answer that you’ve always been her lover

And you want to travel with her, and you want to travel blind
And you know that she will trust you
For you’ve touched her perfect body with your mind

And Jesus was a sailor when he walked upon the water
And he spent a long time watching from his lonely wooden tower
And when he knew for certain only drowning men could see him
He said all men will be sailors then until the sea shall free them
But he himself was broken, long before the sky would open
Forsaken, almost human, he sank beneath your wisdom like a stone

And you want to travel with him, and you want to travel blind
And you think you maybe you’ll trust him
For he’s touched your perfect body with her mind

Now, Suzanne takes your hand and she leads you to the river
She’s wearing rags and feathers from Salvation Army counters
And the sun pours down like honey on our lady of the harbor
And she shows you where to look among the garbage and the flowers
There are heroes in the seaweed, there are children in the morning
They are leaning out for love and they wil lean that way forever
While Suzanne holds her mirror

And you want to travel with her, and you want to travel blind
And you know that you can trust her
For she’s touched your perfect body with her mind

(Leonard Cohen)

 

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Mon temps (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018




Illustration  de l’auteur
    
Mon temps

Mon temps tire à sa fin
et je n’ai toujours
pas chanté
la vraie chanson
la grande chanson

j’avoue
que j’ai l’air
d’avoir perdu courage

un coup d’oeil dans la glace
un clin d’oeil dans mon coeur
me donne envie
de la fermer à jamais

alors pourquoi me forces-tu à me pencher ici
Seigneur de ma vie
à me pencher à cette table
au milieu de la nuit
à me demander comment être beau ?

(Leonard Cohen)

 

Recueil: Le livre du désir
Traduction: Jean-Dominique Brierre et Jacques Vassal
Editions: Cherche Midi

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À cause de quelques chansons (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018




Illustration  de l’auteur
    
À cause de quelques chansons

À cause de quelques chansons
où je parlais de leur mystère,
les femmes ont été
d’une exceptionnelle bienveillance
envers mon grand âge.
Elles ménagent un endroit secret
dans leurs vies occupées
et elles m’y emmènent.
Elles se mettent nues
chacune à sa façon
et elles disent :
« Regarde-moi, Leonard,
regarde-moi une dernière fois. »
Puis elles se penchent sur le lit
et me recouvrent
tel un bébé qui grelotte.

***

Because of a few songs
Wherein I spoke of their mystery,
Women have been
Exceptionally kind
To my old age.
They make a secret place
In their busy lives
And they take me there.
They become naked
In their different ways
And they say,
« Look at me, Leonard
Look at me one last time. »
Then they bend over the bed
And cover me up
Like a baby that is shivering.

(Leonard Cohen)

 

Recueil: Le livre du désir
Traduction: Jean-Dominique Brierre et Jacques Vassal
Editions: Cherche Midi

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Le Centre (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



Illustration
    
Le Centre

Lorsque je suis au centre
de mon amour non partagé
je ne puis le tenir comme un objet
Il n’a pas d’angles vifs
qui puissent torturer quiconque
je respire le parfum
du désir
et le désir
n’a nul propriétaire
« Ô mon amour » étreint
le large et vaste ciel
tandis que la nuit farfouille parmi
les constellations
collier soulevé
après collier égrené
pour le ravissement
de la bien-aimée de Leonard
« Ô mon amour » retentit
par chaque pore de la neige
et la forêt répond
d’une grande hauteur :
« Ô mon amour »
Et voici un mur qui apparaît
et voici un coeur qui se dissout
et ils s’enlacent en ce lieu
où je suis retenu
dans la tempête
Et je marche vers toi
sur les vagues du désir
je franchis la distance
avec du nouveau à te dire
sur ta beauté
tes belles jambes
et ton implacable absence

(Leonard Cohen)

 

Recueil: Le livre du désir
Traduction: Jean-Dominique Brierre et Jacques Vassal
Editions: Cherche Midi

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Parfois (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018


aimer

Parfois avec le Coeur
Rarement avec l’Ame
Encore moins souvent avec Toute-Puissance
Certains – n’aiment jamais.

***

Sometimes with the Heart
Seldom with the Soul
Scarcer once with the Might
Few – love at all.

(Emily Dickinson)

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Qu’elle est forte l’Ame (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



Qu’elle est forte l’Ame,
Qui ainsi supporte
Un bruit de pas qui s’approche –
Un bruit de porte qui s’ouvre –

(Emily Dickinson)

Illustration: Vladimir Kush

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Je ne suis personne (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



Je ne suis personne. Et toi,
personne non plus?
Alors nous sommes deux, mais ne dis rien,
on nous chasserait, tu sais.

(Emily Dickinson)

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– Devant la Porte – (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018


jeanne-hebuterne-devant-une-porte-1919

J’avais passé – longtemps – loin de Chez moi –
Et à présent – devant la Porte –
Je n’osais ouvrir – de peur qu’un visage
De moi encore jamais vu

Ne me fixe impassible en ces lieux –
Seulement – une Vie que j’ai quittée –
Demeure-t-elle – toujours là?

Je rassemblai mon courage –
Scrutai longuement les Fenêtres –
Le Silence – comme un Océan déferla –
et se brisa à mon Oreille –

J’éclatai d’un rire Stupide –
A l’dée – de craindre une Porte –
moi qui avais affronté – Danger – et Deuils –
Et jamais tremblé – encore –

A la poignée j’ajustai – ma Main –
Avec d’inquiètes précautions –
De peur que la Porte Terrible ne bondisse –
et ne me cloue – au Sol –

Otai mes doigts, aussi prudemment que si c’était du Verre –

Et tendant l’Oreille – comme un Voleur
M’enfuis – en suffoquant – de la Maison.

(Emily Dickinson)

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