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Poésie

Archive for 1 février 2018

Comme ils désirent fermer les rideaux parfumés (Liu Yong)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



Comme ils désirent fermer les rideaux parfumés
Pour se parler d’amour, l’un contre l’autre serrés!
Elle fronce les sourcils, déjà chagrinée de la brièveté de la nuit.
Que son jeune amant se couche le premier,
Qu’il réchauffe le lit, sous l’édredon aux canards mandarins !

Mais l’ouvrage en train est bien vite délaissé
Et la jupe de soie retirée,
Pour faire naître des désirs sans fin.
« Laisse la lampe allumée devant la courtine,
Que je puisse contempler à loisir,
Ce visage tant aimé. »

(Liu Yong)


Illustration: Rembrandt

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Cette fois, mon coeur, c’est le grand voyage (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018





Cette fois, mon coeur, c’est le grand voyage,
Nous ne savons pas quand nous reviendrons.
Serons-nous plus fiers, plus fous ou plus sages ?
Qu’importe, mon coeur, puisque nous partons !

Avant de partir, mets dans ton bagage
Les plus beaux désirs que nous offrirons,
Ne regrette rien, car d’autres visages
Et d’autres amours nous consoleront.

Cette fois, mon coeur, c’est le grand voyage.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: Claude Théberge

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Elle naît en moi … (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



Elle naît en moi
toujours de fatigues ou de désirs
trop longtemps amoncelés
d’une pitié d’une colère
de la conjuration des morts
parfois d’humbles choses
qui ont peur d’entrer dans le temps
d’une pomme précédée de son odeur
de bêtes cloîtrées
en leur vie de feuilles mortes
de terres et de collines solitaires
elle revient comme un chemin
où l’on repose chaque jour
ses pas dans ses pas
comme un setter à l’automne
retrouve en sa folie l’odeur du gibier
Cette merveilleuse
et terrible nécessité d’écrire

(Georges Bonnet)

 

 

 

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Ce visage tant aimé (Liu Yong)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



 

Shunsho  rl

Ce visage tant aimé

Comme ils désirent fermer les rideaux parfumés
Pour se parler d’amour, l’un contre l’autre serrés!
Elle fronce les sourcils, déjà chagrinée de la brièveté de la nuit.
Que son jeune amant se couche le premier,
Qu’il réchauffe le lit, sous l’édredon aux canards mandarins!

Mais l’ouvrage en train est bien vite délaissé
Et la jupe de soie retirée,
Pour faire naître des désirs sans fin.
« Laisse la lampe allumée devant la courtine,
Que je puisse contempler à loisir,
Ce visage tant aimé. »

(Liu Yong)

Illustration: Shunsho

 

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Beaux comme des morts (Constantin Cavafis)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



 

Ferdinand Hodler the-dying-valentine-gode-darel

Beaux comme des morts qui n’ont point vieilli,
enfermés au milieu des larmes dans un mausolée splendide,
le front ceint de roses et jasmins aux pieds –
tels sont les désirs qui nous ont quittés
sans s’être accomplis; sans qu’aucun n’atteigne
à une nuit de volupté ou à son lumineux matin.

(Constantin Cavafis)

Illustration: Ferdinand Hodler

 

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Mon corps (Constantin Cavafis)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



 

Ferdinand Hodler gfc

Mon corps, rappelle-toi non seulement combien tu fus aimé,
non seulement les lits où tu t’es allongé,
mais aussi ces désirs qui pour toi
brillaient ouvertement dans les yeux,
qui tremblaient dans la voix – et qu’un obstacle
quelconque a empêché de se réaliser.
Maintenant que tout cela appartient au passé,
c’est presque comme si à ces désirs aussi
tu t’étais livré – comme ils brillaient,
rappelle-toi, dans les yeux qui te regardaient;
comme ils tremblaient dans la voix, pour toi, rappelle-toi, mon corps.

(Constantin Cavafis)

Illustration: Ferdinand Hodler

 

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Souvenirs avec toi (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



Souvenirs avec toi

Tu fais revivre pour moi
Tous les êtres et les choses
Que nous avons connus
Et je peux ainsi
Boire de nouveau
A la source de nos souvenirs communs.

Sous un soleil qui gambade
Sur ta chair hardiment offerte
A mes doigts intimidés
Nous assistons enlacés
Aux noces d’azur et d’émeraude
Du ciel et de la mer
A l’étreinte de l’abeille et de la fleur.

Main dans la main
Nous parcourons une nature en harmonie
Avec nos désirs les plus cachés
Et les gens du village
Qui voudraient bien jaser
Sourient à notre passage.

Nous courons sur la grève déserte
Où tu ramasses pour te parer
Des algues et des coquillages
Où se grave la voix de la mer.

Avant de regagner la maison des étreintes
Nous verrons les étoiles danser
Sur la corde de l’horizon
Et le phare de Cancale
Balayer la baie
Dans l’air frais du soir.

Erotiquement mienne
Et née de l’ombre
Tu me mèneras
Vers la clarté universelle.

(Jean-Baptiste Besnard)

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C’était déjà le temps du feu (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



Nous savons que c’était déjà le temps du feu
le bal des sorciers la foi des ardents le cercle
des dents serrées des roues de guerre et non du jeu.
Enfants nous ignorions que dessous le couvercle
la lave du destin et des meurtres bouillonne.
En nos heures de deuil d’ailes noires résonne
en nos soirs de cire l’écho de ton combat.
La peste fourmillait dans les caves des villes
habitait en terriers les entrailles des rats
et guettait les cités de son oeil rond. Civiles
granges filles châteaux demeures et saints lieux
des bandes violentes pénétraient vos villages
l’épouvante plombait les carillons de Dieu.
Le miracle est qu’elle restât vierge en cet âge.
Mais les désirs montaient parfois aux reflets roux
des feux. Tu les refusais sans faire la fière :
ces grivois comme ils devaient avoir le cuir doux
entre les rivets et les cuivres des jambières !

(Armand Lanoux)

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SENTIMENTS INSOMNIAQUES (Lionel Daigremont)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018




SENTIMENTS INSOMNIAQUES

J’ai comme un truc, comme un trac,
Traquenard, cauchemar que je broie dans le noir,
Espoir et cafard dans le démon du soir,
Ma montre insolente met dans ma tête des « tic-tac ».

Mes pensées empilées sont un bric-à-brac
A me rendre cardiaque, aux vapeurs d’ammoniac,
J’ai vidé, et revidé encore mon sac,
Mais chassez-les, elles reviennent en ressac,
Avec leurs spectres pour vous mettre des claques :
Drôles d’ecchymoses qui rendent hypocondriaque.

Demain je vais encore être patraque,
Pas de remède, plus d’armagnac, plus de cognac,
Les passions, les désirs, les questions toujours à l’attaque…
Pourquoi aimer me rend-il à ce point insomniaque ?

(Lionel Daigremont)

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La maison de la rivière (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



La maison de la rivière

L’eau dort dans un grand lit
De mousse et d’herbes flottantes
Je bois l’aube
La rivière monte
Et la maison de mes désirs s’ouvre

La maison trempe ses pieds dans la rivière
Si un poisson glisse entre ses orteils
Elle se trémousse jusqu’au toit
Et la fumée danse

La maison s’assoupit
Et se réveille en sursaut
Avec un bâillement de porte

J’aperçois le jour à travers les volets
Éteins le feu
Il n’en est plus besoin
Trop de flammes nous entourent
Pour que nous ayons froid.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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