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Poésie

Archive for 4 février 2018

Le monde est notre désir (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Le monde est notre désir.
Le monde est notre vouloir.
Il n’y a rien à dire du monde — sauf qu’il nous ressemble trait pour trait.
Si nous le trouvons médiocre — c’est que nous sommes médiocres.
Si nous le trouvons vain — c’est que nous sommes vains.
Si nous le trouvons affreux — c’est que nous sommes affreux.
Si nous le trouvons dur — c’est que nous sommes durs.
Si nous le trouvons morne — c’est que nous sommes mornes.
Si nous le trouvons petit — c’est que nous sommes petits.
Si nous le trouvons écœurant — c’est que nous sommes écœurants.
Si nous le trouvons hostile — c’est que nous sommes hostiles.
Il ne changera que quand nous changerons.
Il est nous et indéfiniment il nous ressemblera.
Pour l’instant c’est un monde de terre sèche.
Il y aura un brin d’herbe quand vous serez devenus brin d’herbe.
Ou…

(Louis Calaferte)

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Lunes et soleils (Matsuo Bashô)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Lunes et soleils,
miroirs des mois et jours, sont
les hôtes de passage de cent générations,
comme les années qui se succèdent.
Celui qui toute sa vie,
se balance sur un bateau,
celui qui tient au mors un cheval
et va ainsi au-devant de la vieillesse,
les jours étant le voyage,
du voyage fait sa demeure.

(Matsuo Bashô)

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Spector (Luís Antonio Cajazeira Ramos)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



Illustration
    
Spector

Si tu étais toi, comment serais-tu et que ferais-tu?
Clarice Lispector

Clarice, « si j’étais moi » n’a pas de sens.
C’est comme si je pouvais être quelqu’un.
Si être moi-même je ne sais l’être, comment
être quelqu’un qui aurait été un autre que vous ?

Mieux vaut être ici l’être en soi
et ne pas être un autre au-delà de tout.
Il y a longtemps que cette vie n’est pas bonne
pour celui qui pense ou qui s’émeut.

Mieux vaut n’être ni Clarice ni moi,
Clarice, ni que ce soit moi qui vous dise
ce qu’il vaut mieux – pour vous, déjà morte

en moi ce que je voulais connaître ce
ce que je sentais, ce que je voulais pour moi
une façon, cette façon gauche de vivre.

***

Se você fosse você, como seria e o que faria?
Clarice Lispector

Clarice, “se eu fosse eu” não faz sentido.
É como se eu pudesse ser alguém.
Pois nem ser eu sei ser, quanto mais quem
houvesse além de si haver havido.

Melhor deixar aquém o ser contido
e se deixar além de todo além.
Hà muito que essa vida não faz bem
a quem vive pensando ou comovido.

Melhor não ser Clarice nem ser eu,
Clarice, nem ser eu a te dizer
o que é melhor – a ti, que jà morreu

em mim o que queria conhecer
o que sentia, o que queria meu
um jeito, no sem jeito de viver.

(Luís Antonio Cajazeira Ramos)

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Allégorie du temps (Concha García)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



 

 Illustration: Oreste Conti 
    
Allégorie du temps

Nous sommes relativement heureux,
et ensemble nous vivions dans une affinité
absolue ; les mots
ne peuvent exprimer l’expérience.
Moi non plus.

***

Alegoría del tiempo

Somos moderadamente felices,
los dos vivíamos en una afinidad
absoluta: las palabras
no pueden expresar la experiencia.
Yo tampoco.

(Concha García)

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Réveil (Malcolm Lowry)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Réveil

L’homme ressemble à un homme qui se lève tard
Contemple l’assiette sale de son dîner
Aussi les bouteilles vides
Toutes lampées dans les larges comment vas-tu d’une nuit
Un verre pourtant contenant encore
Un fond comme sinistre appât
Combien l’Homme ressemble à celui-là
Titubant parmi les arbres rouillés
Allant chercher un déjeuner de pois de sardines
Et de rhum éventé.

***

Eye-Opener

How like a man, is Man, who rises late
And gazes on his unwashed dinner plate
And gazes on the bottles, empty too,
All gulphed in last night’s loud long how-do-you-do,
—Although one glass yet holds a gruesome bait—
How like to Man is this man and his fate—
Still drunk and stumbling through the rusty trees
To breakfast on stale rum sardines and peas.

(Malcolm Lowry)

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Aucune raison de changer de trottoir (Agota Kristof)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Aucune raison de changer de trottoir

Dans le crépuscule perdant son équilibre
un oiseau libre s’envole de travers
sur la terre il n’y a que des semailles
silence indicible
et insupportable
attente

Hier tout était plus beau
la musique dans les arbres
le vent dans mes cheveux
et dans tes mains tendues
le soleil

Maintenant il neige sur mes paupières
mon corps
est lourd comme le rocher
mais aucune raison de changer de trottoir
et aucune raison de
s’en aller dans les montagnes

***

Nincs miért jàrdàt cserélni

Az egyensúlyàt vesztett alkonyatban
ferdén felrepül egy szabad madàr
a földön csak vetés van
kimondhatatlan csönd
és elviselhetetlen
vàrakozàs

Tegnap szebb volt minden az ének
a fàk lombjaiban
hajamban a szél
kinyújtott kezedben
a nap

Most szemhéjaimra hull a hó
testem
súlyos akàr a szikla
és nincs miért jàrdàt cserélni
és nincs miért
kimenni a hegyekre

(Agota Kristof)

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Justice déparée (André Simoncini)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Justice déparée
Qui sublime la douleur

Dérive immatérielle
Glissade enivrante
Comme un droit
Au vertige féroce
Un dernier regard braqué
Vers la cime pâlissante

Enfin en symbiose
Avec l’éternité.

(André Simoncini)

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Monologue du solitaire (Ismail Kadaré)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Monologue du solitaire

Je m’élève et m’éloigne mais n’en éprouve aucune jouissance.
Me voici seul et j’ai encore plus froid.
Je m’en doutais, mais ma fatale impatience
Me pressait vers ce ciel ingrat.

Comme ramassés à la morgue, des bras de femmes sans vie
Me dispensent une joie tout aussi glacée.
Je me sens en hiver, même si nous voici déjà en avril.
J’ai froid,
Oh, j’ai froid.

***

Monologu i te vetmuarit

Tani une ngjitem lart dhe s’kam asnje gezim.
Ketu ku kam arritur me ftohte eshte, me vetmi.
E dija kete, por padurimi i vdekur
Me shtynte te shpejtoj te ky sinor i kote.

Krahe grash te thyera mbi supe si te prera nga nje morg
Me japin nje gezim po aq te vdekur.
Me duket ende dimer ndonese esht prill.
Kam ftohte.
Kam ftohte.

(Ismail Kadaré)

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Dans le caillou (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Dans le caillou, le poing gelé.
Mais un coeur bat quand même
qui ne fait que répéter
soubresauts et coups sourds.
D’autres poings dans le poing
sont des pierres à la volée.

(Jacques Izoard)

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Je me fête et me hais moi-même (Leopoldo María Panero)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Je me fête et me hais moi-même
je palpe le mur où il faudra graver mon absence
tandis que le poème s’écrit contre moi,
contre mon nom
contre une malédiction du temps.

Je crache ces vers dans le refuge de Dieu
où rien n’existe
sinon le poème contre moi.

***

Me celebro y me odio a mí mismo
palpo el muro en que habrà de grabarse mi ausencia
mientras el poema se escribe contra mí,
contra mi nombre
como una maldición del tiempo.

Escupo estos versos en la guarida de Dios
donde nada existe
sino el poema contra mí.

(Leopoldo María Panero)

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