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Poésie

Archive for 8 février 2018

VIATIQUE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2018



 

VIATIQUE

Tu ne condamneras pas les pierres,
ne te regarderas pas toi-même
au-delà des pierres, et tu diras
que tu ne les désirais pas
avant que ton visage
ne se soit changé en pierre.
Devant toi,
et derrière toi, dans l’obscurité
qui grandit avec le jour, tu auras
presque respiré. Et tes yeux,
comme si ta vie n’était rien de plus
qu’un amer pèlerinage
vers cette contrée du manque, s’ouvriront
sur les murs
qui t’enferment dans ta voix,
ton autre voix, te guidant
vers les lointains de l’amour,
où tu gis, plus près
de la seconde
et plus vive terreur
de vivre dans ta mort, et de dire
la pierre
que tu deviendras.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Galvez

 

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Il est un pays où pèse l’oubli (Samuel Beckett)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2018



bon bon il est un pays
où l’oubli où pèse l’oubli
doucement sur les mondes innommés
là la tête on la tait la tête est muette
et on sait non on ne sait rien
le chant des bouches mortes meurt
sur la grève il a fait le voyage
il n’y a rien à pleurer

ma solitude je la connais allez je la connais mal
j’ai le temps c’est ce que je me dis j’ai le temps
mais quel temps os affamé le temps du chien
du ciel pâlissant sans cesse mon grain de ciel
du rayon qui grimpe ocellé tremblant
des microns des années ténèbres

Vous voulez que j’aille d’A à B je ne peux pas
je ne peux pas sortir je suis dans un pays sans traces
oui oui c’est une belle chose que vous avez là une bien belle chose
qu’est-ce que c’est ne me posez plus de questions
spirale poussière d’instants qu’est-ce que c’est le même
le calme l’amour la haine le calme le calme

***

all right all right there’s a land
where forgetting where forgetting weighs
gently upon worlds unnamed
there the head we shush it the head is mute
and one knows no but one knows nothing
the song of dead mouths dies
on the shore it has made its voyage
there is nothing to mourn

my loneliness I know it oh well I know it badly
I have the time is what I tell myself I have time
but what time famished bone the time of the dog
of a sky incessantly paling my grain of sky
of the climbing ray ocellate trembling
of microns of years of darkness

you want me to go from A to B I cannot
I cannot come out I’m in a traceless land
yes yes it’s a fine thing you’ve got there a mighty fine thing
what is that ask me no more questions
spiral dust of instants what is this the same
the calm the love the hate the calm the calm

(Samuel Beckett)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Euan Macleod

 

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Face au joug du temps (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2018



face au joug du temps
le havre du poème
face à la tyrannie de l’amour
le havre du poème
face à la criante injustice
le havre du poème

(Abbas Kiarostami)

 
Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Mon oiseau d’or (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2018


 

Mon oiseau d’or, le soleil
A ouvert ses ailes, s’est envolé
De sa cage, le ciel,
Ô balancement!
Et, comme son ombre épuisée
Blanche d’amour,
La lune, mon oiseau d’argent
S’envole à nouveau
Vers son perchoir d’étoiles.

(Dylan Thomas)

Illustration

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Le pauvre héliotrope (Georges Ribemont-Dessaignes)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2018



 

[…]
Et le pauvre héliotrope tout petit pour contenir tant
de chaleur et de lumière
Ignorant les limites de son amour,
Alors qu’il fallait se fondre et non posséder,
Et que si le repos de l’être exige du silence qu’il absorbe
l’esprit,
Au poème de la douce chair il n’est de foudroyant éclair
A unir les deux pôles du désir
Que dans l’ultime nuit,
Le pauvre héliotrope réduit à ne plus se connaître
Se fane, penche la tête,
Et le présent cligne de l’oeil,
Tandis que quelque part sur la voûte du zodiaque,
Du côté opposé au soleil,
Les éléphants de l’éternité sonnent de la trompe,
Et la chair inassouvie souhaite la mort
A l’heure que s’émeut le premier duvet de l’amour.

(Georges Ribemont-Dessaignes)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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LOIN DE LA GRANDEUR (Georges Ribemont-Dessaignes)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2018



 

LOIN DE LA GRANDEUR

Amis, qu’est-ce donc que vous cherchez,
Quel est l’arrêt de vos pas ?
Une petite île, une petite lumière,
Un petit repos, un petit sourire,
Un petit lit, un petit amour,
Une petite femme, un petit enfant,
Quelque chose qui ne soit pas grand,
Quelque chose dans les mains
Que ne mangent ni les aigles ni les vautours,
Ni les rats ni les vampires,
Quelque chose que Dieu ne voie pas.

(Georges Ribemont-Dessaignes)

Illustration

 

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À la recherche du paysage nouveau (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2018



Illustration
    

— À la recherche du paysage nouveau,
où pâlit le dessin que le regret pollue,
s’effritent les projets qui n’ont pas abouti,
s’effacent les rêves flottant sans images,

À la recherche du paysage nouveau,
où le sang usé se nourrit d’un air intact,
le corps brisé restaure ses membres rompus,
l’âme famélique se gave d’émotions,

À la recherche du paysage nouveau,
je découvre tes yeux qu’une eau pure a baignés,
je découvre ton corps que le soleil anime,
je découvre ton coeur que mon regard impulse ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Retrouver les cachettes dans le mur (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2018




    
Retrouver les cachettes dans le mur
Les pépites des vitraux
Le soldat de l’horizon
Et sa tunique bleue froissée
Les caillots crèvent le chemin,
Une latte d’espoir au poteau de torture
Pour donner l’illusion d’une croix
Mais tout est truqué
Jusqu’au salut de la girouette,
Aux feux de joie dans le camp.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Ameute les miroirs (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2018



    

Ameute les miroirs, décolore les vitres
Et relève la tête, face au Seigneur.
Un poème est prisonnier dans sa cage d’épines,
Petite larve chaude
Qui chante les ailes
Sans connaître leur nom duveté.
Il faut ligoter ciel et terre
Souffrir le battement de ses poignets.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Contre ma chair (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2018



Illustration: Etienne-Maurice Falconet
    
Contre ma chair,
Je confonds soleil, prison.
Des peuples inconnus
Fuient ma convalescence.
Oh ! verse entre mes bras
L’odeur forte des mers.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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