Arbrealettres

Poésie

Archive for 11 février 2018

Ecrire (Clarice Lispector)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration
    
Alors écrire est la façon
de qui se sert de la parole comme appât :
la parole qui pêche ce qui n’est pas parole.

Lorsque cette non-parole
— l’interligne —
mord l’appât,
quelque chose s’est écrit.

Une fois que l’interligne est prise,
il serait possible d’expulser la parole
avec soulagement.

Mais l’analogie s’arrête là :
la non parole, en mordant l’appât,
le rattache à elle.

Ce qui sauve, dans ce cas,
c’est d’écrire distraitement.

(Clarice Lispector)

 

Recueil: Agua Viva

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Celui qui s’en va emporte sa mémoire (Rosario Castellanos)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




    
Celui qui s’en va emporte sa mémoire,
sa façon d’être fleuve, d’être air,
d’être adieu et jamais.

Jusqu’au jour où un autre l’arrête, le retient
et le réduit à voix, à peau, à surface
offerte, livrée, tandis qu’à l’intérieur de soi
la solitude cachée attend et tremble.

(Rosario Castellanos)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je ne te fatiguerai plus avec des poèmes (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




Illustration: Eoghan de Leastar
    
Je ne te fatiguerai plus avec des poèmes.
Disons que je t’ai dit
nuages, ciseaux, cerfs-volants, crayons,
et que peut-être une fois
tu as souri.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

Posted in humour, méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Maintenant j’écris des oiseaux (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




    
Maintenant j’écris des oiseaux.
Je ne les vois pas venir, ne les choisis pas,
d’un coup ils sont là, sont ceci,
une nuée de mots
se posant
un
par
un

sur les fils de fer de la page,
piaillant, picotant, pluie d’ailes
et moi sans pain à leur donner, les laissant
seulement venir. Peut-être
est-ce cela un arbre

ou peut-être
l’amour.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’amour bref (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
L’amour bref

Avec quelle douceur lisse
il me lève du lit où je rêvais
à des plantes profondes parfumées,

il promène des doigts sur la peau et me dessine
dans l’espace, en suspens, jusqu’à ce que se pose
le baiser courbe et récurrent

afin que se déclenche à feu doux
la danse cadencée du bûcher
nous enlaçant par rafales, par hélices,
aller et retour d’un ouragan de fumée —

(Pourquoi, ensuite,
ce qui reste de moi
n’est qu’un naufrage dans des cendres
sans un adieu, sans autre chose que le geste
de libérer les mains ?).

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il n’y a rien de tel (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Annie Predal
    
Il n’y a rien de tel que de partager un oreiller.
Ça vous éclaircit les idées.

Parfois même ça les supprime carrément,
comme ça on est tranquille.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Les Armes secrètes
Traduction: Laure Bataillon
Editions: Folio

Posted in humour, méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sans te chercher (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




    
sans te chercher,
je te trouve de tous les côtés,
principalement quand je ferme les yeux…

***

sin buscarte,
te ando encontrando por todos lados,
principalmente cuando cierro los ojos…

(Julio Cortázar)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

POLYCHROMIES (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




    
POLYCHROMIES

Il est incroyable de penser qu’il y a douze ans
j’en ai eu cinquante ni plus ni moins.

Comment pouvais-je être si vieux
il y a douze ans ?

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

Posted in humour, méditations, poésie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

Double invention (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Double invention

Lorsque la rose qui nous émeut
chiffre les termes du voyage
lorsque dans le temps du paysage
s’efface le mot qui dit neige,

un amour nous reconduira
jusqu’à la barque du passage,
et dans ces lèvres sans message,
ton signe ténu s’éveillera.

Je suis en vie car je t’invente,
alchimie d’aigle dans le vent
au ras du sable et la pénombre,

toi dans cette veillée tu animes
l’ombre avec laquelle tu m’éclaires
et le murmure qui m’imagine.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

JE TOUCHE TES LEVRES (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Alice de Miramon
    
JE TOUCHE TES LEVRES

Je touche tes lèvres,
je touche d’un doigt le bord de tes lèvres.
Je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main,
comme si elle s’entrouvrait pour la première fois
et il me suffit de fermer les yeux
pour tout défaire et tout recommencer.

Je fais naître chaque fois la bouche que je désire,
la bouche que ma main choisit et qu’elle dessine sur ton visage,
une bouche choisie entre toutes, choisie par moi
avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui,
par un hasard que je ne cherche pas à comprendre,
coïncide exactement à ta bouche
qui sourit sous la bouche que ma main te dessine.

Tu me regardes, tu me regardes de tout près,
tu me regardes de plus en plus près,
nous jouons au cyclope,
nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent,
et les cyclopes se regardent, respirent confondus,
les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres,
appuyant à peine la langue sur les dents,
jouant dans leur enceinte où va et vient
un air pesant dans un silence et un parfum ancien.

Alors mes mains s’enfoncent dans tes cheveux,
caressent lentement la profondeur de tes cheveux,
tandis que nous nous embrassons
comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons,
de mouvement vivants, de senteur profonde.

Et si nous nous mordons, la douleur est douce
et si nous sombrons dans nos haleines mêlées
en une brève et terrible noyade,
cette mort instantanée est belle.

Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr,
et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l’eau.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Marelle
Traduction: Laure Bataillon & Françoise Rosset
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :