Arbrealettres

Poésie

LA VACHE AU TAUREAU (Maurice Rollinat)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



Illustration: Louis Flahaut

    

LA VACHE AU TAUREAU

À l’aube, à l’heure exquise où l’âme du sureau
Baise au bord des marais la tristesse du saule,
Jeanne, pieds et bras nus, l’aiguillon sur l’épaule,
Conduit par le chemin sa génisse au taureau.

Compagnonnage errant de placides femelles,
Plantureuses Vénus de l’animalité,
Qui, dans un nonchaloir plein de bonne santé,
S’en vont à pas égaux comme deux sœurs jumelles.

Si le pis est pesant, les seins sont aussi lourds,
L’une a les cheveux drus, l’autre les crins opaques,
Et leurs yeux sont pareils à ces petites flaques
Où la lune projette un rayon de velours.

Aussi, rocs et buissons, les chênes et les chaumes
Semblent leur dire, émus de cette humble union,
Qu’en ce jour c’est la fête et la communion
Des formes, des clartés, des bruits et des arômes.

(Maurice Rollinat)

 

3 Réponses vers “LA VACHE AU TAUREAU (Maurice Rollinat)”

  1. […] via LA VACHE AU TAUREAU (Maurice Rollinat) — Arbrealettres […]

  2. Un curé voit une vache
    —–

    Tout au long d’un chemin, on voit avancer Jeanne,
    Une douce génisse allant à ses côtés.
    Le soleil verse au monde une étrange beauté ;
    Sur le sentier survient un gros prêtre en soutane.

    Ils échangent des mots dans le matin diaphane,
    Jeanne au brave curé se met à raconter
    Que la vache aujourd’hui doit se faire monter ;
    Et le curé, peisif, regarde ses tatanes.

    Un reproche lui vient, mais il n’ose le dire,
    Car il voudrait le faire en gardant le sourire
    Et sans se comporter comme un triste blaireau.

    « Jeanne, j’ai, pour finir, un rappel à te faire,
    Cette tâche devrait revenir à ton père. »

    « La vache, cependant, préfère le taureau ».

  3. Taureau de Rabelais
    ———-

    Son breuvage est du vin, ses propos sont des vannes,
    C’est le Taureau suprême, éclatant de santé ;
    De plus d’une génisse honorant la beauté,
    Il serait Dupanloup s’il portait la soutane.

    Son maître a pour demeure une pauvre cabane
    Où le vent peut entrer par les quatre côtés ;
    Ce coin de la campagne est fort peu fréquenté,
    Mais un meunier parfois y promène son âne.

    À midi le taureau boit son vin sans rien dire
    Car il est tout pensif, mais il semble sourire ;
    C’est un noble animal, ce n’est pas un blaireau.

    Montaigne et Rabelais sont ses points de repère,
    Ce sont de beaux recueils qu’il reçut de son père,
    Ainsi que des sonnets, ceux de Clément Marot.

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