Arbrealettres

Poésie

LE FORÇAT (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018



Illustration: La Rouille
    
LE FORÇAT

Je ne vois plus le jour
Qu’au travers de ma nuit,
C’est un petit bruit sourd
Dans un autre pays.
C’est un petit bossu
Allant sur une route,
On ne sait où il va
Avec ses jambes nues.
Ne l’interroge pas,

Il ignore ta langue
Et puis il est trop loin,
On n’entend plus ses pas.
Parfois, quand je m’endors,
La pointe d’un épi
Déserte mon enfance
Pour me trouver ici.
Épi grave et pointu,
Épi que me veux-tu?
Je suis un prisonnier
Qui ne sais rien des champs,
Mes mains ne sont plus miennes,
Mon front n’est plus à moi
Ni mon chien qui savait
Quand j’étais en retard.

Puisqu’au ciel grillagé
L’étoile des prisons
Vient briser ses rayons
Sans pouvoir me toucher,
Avec un brin de paille,
Un luisant bout de bois
Et le cil d’une femme
Approchons d’autrefois.
Mais vous vous en allez
Sans atteindre mon coeur,
Brindilles du bonheur,
Mes mains sont surveillées.

(Jules Supervielle)

 

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