Arbrealettres

Poésie

Archive for 4 avril 2018

L’HOMME NOIR (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
L’HOMME NOIR

Mon ami, mon ami,
je suis si malade, si malade !
D’où me vient ce mal, je ne sais.
Est-ce le sifflement du vent
sur les champs vides et désolés,
est-ce l’alcool qui de matière grise me dépouille
tel en septembre le petit bois s’effeuille ?

Comme l’oiseau, de l’aile
ma tête bat des pavillons,
les jambes l’importunent
bouger est au-dessus de ses forces.
Un homme noir
noir, noir,
un homme noir, sur le lit
près de moi s’est assis,
un homme noir, de la nuit
ne me laisse de répit.

Nasillant au-dessus de moi
comme un moine sur un défunt
l’homme noir
le doigt sur un livre abject
me narre la vie
d’un faquin de noceur,
soufflant sur mon âme alarmes et terreurs.
L’homme noir,
noir, noir…

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les fleurs me disent — adieu ! (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Illustration: Rémy Disch
    
Les fleurs me disent — adieu !
penchant la tête un peu plus,
et que plus jamais ne verrai
ni son visage ni mon pays.

Ah ! mon aimée, que dire ! que dire !
Je les ai vues, j’ai vu la terre,
et même le frisson sépulcral
sera pour moi comme une caresse.

Pour autant que j’aie saisi la vie
passant en souriant mon chemin,
à qui veut l’entendre, je le dis :
Rien de nouveau sous le soleil.

C’est égal : un autre viendra,
il n’ôtera pas la peine de celui qui s’en va
mais à celle qui lui est chère, restée seule,
il composera un chant plus beau.

Lors, prêtant l’oreille dans le silence,
qui sait si l’aimée avec l’aimé
ne se souviendra pas de moi
comme d’une fleur sans égale.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Violon tzigane (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Illustration: Yuliya Mervant
    
Violon tzigane, la tempête gémit.
Fillette gentillette au sourire fielleux
me laisserai-je intimider par ton regard bleu ?
Il me faut beaucoup, beaucoup m’est superflu.

Si loin, si dissemblables en somme
tu es jeune, moi j’ai tout vécu.
Aux jeunes le bonheur, à moi la mémoire seule :
Nuit de neige, étreinte fougueuse.

Câliné ? non. La tempête est mon violon.
Un sourire de toi lève la tempête en moi.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Blanche lune (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



 

Illustration: Anne Fayet

    

Blanche lune, plaine de neige
un linceul recouvre notre coin de terre.
Les bouleaux, tout blancs, dans les bois s’affligent.
Qui gît ici ? qui est mort ? Serait-ce moi, déjá ?

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Érable vermoulu (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



    
Érable vermoulu, et tout couvert de givre
pourquoi faire le gros dos sous la tourmente blanche ?

Qu’as-tu vu ? Qu’as-tu entendu ?
Ainsi, loin du village tu voulus faire un tour

et sorti sur la route, comme un vigile ivre
tu plonges dans une congère, et souffres de gelures.

— Bon, voilà-t’y pas encore une chose qui cloche !
je n’arriverai jamais, après notre bamboche.

J’ai croisé une saulaie… la sapinière m’a séduit…
Dans la tourmente je leur ai fredonné mes arias de l’été.

Cet érable, me disais-je, il est tout comme moi, sauf que
je suis plein de verdeur et nullement vermoulu.

Lors perdant la boule, et toute honte bue,
j’étreignis le bouleau comme la femme d’autrui.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Océan de cris de moineaux (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Océan de cris de moineaux.
Il fait nuit… mais si clair !
Que demander de mieux.
Il fait nuit… mais si clair !
Sur les lèvres innocentes
un océan de cris de moineaux.

Ah ! sous la lune, quelle
lumière… jetons-nous à l’eau !
Par ce beau temps indigo
je ne veux point de repos.
Ah ! sous la lune, quelle
lumière… jetons-nous à l’eau !

L’aimée, c’est toi, c’est elle ?
Lèvres insatiables.
Lèvres qui, comme en eaux rapides,
étanchent ma vie. Ces lèvres.
L’aimée, c’est toi, c’est elle ?
Les roses, que me chuchotent-elles ?
J’ignore que sera demain.

Tout près, quelque part — va savoir,
la joyeuse flûte s’afflige.
Dans le bourdonnement du soir
je vénère du sein le lys.
La joyeuse flûte s’afflige,
j’ignore que sera demain.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Allons baise, baise-moi (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Illustration: Nicole Roggeman
    
Allons baise, baise-moi, mords
jusqu’au sang, jusqu’au cri.
Le ruissellement d’un coeur ardent
ne souffre pas de froideur.

La cruche répandue de joyeux drilles
ce n’est pas pour nous, car
comprends-tu, petite amie ?
sur terre nous n’avons qu’une vie !

Promène ton regard alentour,
et vois dans la nuit moite
la lune comme un corbeau jaune
qui tourne et plane là-haut.

Allons, baise-moi ! Je le veux.
Pourriture déjà me joue un petit air.
Celui qui plane dans les hauteurs
a flairé ma mort, c’est clair.

Ô forces déclinantes !
S’il nous faut mourir, mourons !
Mais que jusqu’à la fin
je baise ces lèvres aimées.

Qu’ainsi dans nos rêves bleus,
sans honte ni fard,
au doux frisson des merisiers
résonne toujours : « Je suis à toi. »

Que toujours sur la coupe pleine,
écume légère, danse la lumière ;
ores chante et bois, petite amie :
sur terre nous n’avons qu’une vie !

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

[MOTlF PERSAN] (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
[MOTIF PERSAN]

Au Khorassan je connais une porte
dont le seuil est jonché de roses.
Derrière, vit une péri à l’air pensif.
Au Khorassan je connais une porte
mais cette porte, je ne l’ai pu ouvrir.

Ce n’est pas qu’en mes mains la force manque
pas plus que l’or cuivré en ma chevelure.
La voix de ma péri était belle et tendre.
Ce n’est pas qu’en mes mains la force manque
pourtant cette porte, je ne l’ai pu ouvrir.

À quoi bon prouesses d’amour. Et
pour quoi ? A qui dédierai-je mes chants si,
Chaga, tu ne fais plus la farouche,
mais que ta porte je ne la puisse ouvrir,
à quoi bon, dis, prouesses d’amour ?

Il est temps de retrouver ma Rus’.
Perse ! comment te quitter ?
me séparer de toi pour toujours
à trop aimer la terre où je suis né ?
Il est temps de retrouver ma Rus’.

Adieu, Péri, adieu ! Tant pis
si ta porte je ne l’ai pu ouvrir :
Tu me fis don d’une belle douleur,
en mon pays je saurai te chanter.
Adieu, Péri, adieu.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le petit bois d’or (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Illustration
    
Le petit bois d’or a cessé de bruire
en son gai sabir, son sabir de bouleau,
et les tristes grues qui passent dans le ciel
ne savent déjà plus où porter leurs regrets.

Qui regretter ? Chacun n’est-il pas errant sur terre,
va, vient, puis quitte à nouveau la maison.
Ores sur les défunts pleurent la chènevière
et la lune ronde au-dessus de l’étang bleu.

Je suis seul au milieu de la plaine nue
où le vent emporte au loin les grues,
hanté de souvenirs d’une enfance joyeuse
— du passé néanmoins je n’ai aucun regret.

Je ne regrette ni les années perdues,
ni de mon âme le thyrse fané.
Quoique s’embrase au jardin le sorbier
il ne réchauffera jamais personne.

Ni ne mourra l’herbe d’avoir jauni,
ni ne se oonsumeront les grappes du sorbier.
Tel l’arbre en silence laisse choir ses feuilles,
ainsi laissé je choir les mots d’une chanson triste.

Et si le temps, armé du balai des vents,
les ratisse un jour en mottes inutiles,
dites alors… que le petit bois d’or
a cessé de bruire en son doux sabir.

***

(Sergueï Essénine)

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Cette rue, je la connais (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Cette rue, je la connais,
je la connais, cette maisonnette.
Le chaume bleu de ses chenaux
a glissé par-dessus la fenêtre.

Il y eut les années de détresse,
le déchaînement de forces insensées.
Je me suis souvenu de ma jeunesse,
souvenu de ma campagne bleue.

Je n’ai cherché ni la tranquillité
ni la gloire, dont je connais la vanité.
Aujourd’hui si je ferme les yeux
je ne vois que la maison paternelle.

Je vois le jardin sous la bruine bleue,
août en silence tapi contre la haie.
Et les saules dont les pattes vertes
abritent le ramage des oiseaux.

Si je l’ai aimée, notre maison de bois
aux poutres craquelées, inquiétantes !
Les nuits de pluie, notre vieux poêle
poussait d’étranges plaintes sauvages.

Râles déchirants, voix puissante
comme d’un vivant à l’agonie.
Que voyait-il, notre chameau de briques,
à travers le gémissement de la pluie ?

Quelque pays lointain sans doute,
rêves d’antan, époques florissantes,
les sables d’or d’Afghanistan,
les soirs cristallins de Boukhara.

Ces pays, je les connais aussi.
Que de chemin n’y ai-je parcouru.
Mais aujourd’hui je n’ai qu’un souhait :
Revoir les lieux de mon enfance

Pourtant ce tendre espoir n’est plus,
n’est plus que cendres dans la brume bleue.
Paix à toi, chaume de mes champs
paix à toi, ma maison de bois !

***

(Sergueï Essénine)

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :