Arbrealettres

Poésie

Cette rue, je la connais (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Cette rue, je la connais,
je la connais, cette maisonnette.
Le chaume bleu de ses chenaux
a glissé par-dessus la fenêtre.

Il y eut les années de détresse,
le déchaînement de forces insensées.
Je me suis souvenu de ma jeunesse,
souvenu de ma campagne bleue.

Je n’ai cherché ni la tranquillité
ni la gloire, dont je connais la vanité.
Aujourd’hui si je ferme les yeux
je ne vois que la maison paternelle.

Je vois le jardin sous la bruine bleue,
août en silence tapi contre la haie.
Et les saules dont les pattes vertes
abritent le ramage des oiseaux.

Si je l’ai aimée, notre maison de bois
aux poutres craquelées, inquiétantes !
Les nuits de pluie, notre vieux poêle
poussait d’étranges plaintes sauvages.

Râles déchirants, voix puissante
comme d’un vivant à l’agonie.
Que voyait-il, notre chameau de briques,
à travers le gémissement de la pluie ?

Quelque pays lointain sans doute,
rêves d’antan, époques florissantes,
les sables d’or d’Afghanistan,
les soirs cristallins de Boukhara.

Ces pays, je les connais aussi.
Que de chemin n’y ai-je parcouru.
Mais aujourd’hui je n’ai qu’un souhait :
Revoir les lieux de mon enfance

Pourtant ce tendre espoir n’est plus,
n’est plus que cendres dans la brume bleue.
Paix à toi, chaume de mes champs
paix à toi, ma maison de bois !

***

(Sergueï Essénine)

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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