Arbrealettres

Poésie

Érable vermoulu (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



    
Érable vermoulu, et tout couvert de givre
pourquoi faire le gros dos sous la tourmente blanche ?

Qu’as-tu vu ? Qu’as-tu entendu ?
Ainsi, loin du village tu voulus faire un tour

et sorti sur la route, comme un vigile ivre
tu plonges dans une congère, et souffres de gelures.

— Bon, voilà-t’y pas encore une chose qui cloche !
je n’arriverai jamais, après notre bamboche.

J’ai croisé une saulaie… la sapinière m’a séduit…
Dans la tourmente je leur ai fredonné mes arias de l’été.

Cet érable, me disais-je, il est tout comme moi, sauf que
je suis plein de verdeur et nullement vermoulu.

Lors perdant la boule, et toute honte bue,
j’étreignis le bouleau comme la femme d’autrui.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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