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Poésie

Archive for 18 avril 2018

Instant du fruit (Zhu Da)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



Instant du fruit
Posé là en silence
Où ciel et terre se rejoignent
Dans la douce rondeur
La lumière s’y recueille
Et se laisse cueillir
Déchirant instant du don
D’un fruit consenti
Eclat de la chair
Ombre de l’esprit

(Zhu Da)


Illustration: Zhu Da

 

 

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CHANSON DU VAGABOND (Sakutarô Hagiwara)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



 

vagabond  _p

CHANSON DU VAGABOND
HYÓHAKUSHA NO UTA

Le jour est monté sur le talus
Et la tristesse rôde sous le pont.
Jusqu’au ciel infini
Les rails s’étirent, et derrière les barrières
Une ombre solitaire erre.

Oh, toi, le vagabond!
Tu viens du passé, et passes l’avenir,
Et poursuis une nostalgie éternelle.
Pourquoi vacilles-tu,
Marche triste des aiguilles du temps?
Comme on tue un serpent avec une pierre
Brise donc ce cercle de renaissance
Et foule et coupe cette lâche désolation.

Ah, plus solitaire que le diable
Tu as supporté l’hiver des frimas!
Sans jamais rien croire
Tu as connu l’exaspération de croire.
Sans jamais le nier
Tu as accusé ton désir.
Aussi pourquoi épuisé de tristesse
Rentrerais-tu là où tendrement enlacé t’embrasserait quelqu’un?
Jamais tu n’as rien aimé
Et on ne doit jamais t’aimer.

Oh, toi, désolation,
Tu montes la côte d’un morne couchant
Et vas errant sur un talus sans volonté
Mais nulle part il ne doit y avoir de pays.
Pour toi, il ne doit y avoir de pays!

(Sakutarô Hagiwara)

Illustration: Théophile Alexandre Steinlen

 

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À Anna Akhmatova (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



Anna Akhmatova
    
À Anna Akhmatova

Quand on vous dit — « La beauté est terrible » —
Indolente, sur vos épaules
Vous jetez un châle espagnol.
Dans vos cheveux — une rose rouge.

Quand on vous dit — « La beauté est simple » —
Vous couvrez, un peu maladroite,
L’enfant d’un châle bigarré.
La rose rouge a chu par terre.

Mais, indifférente à ces mots
Qui résonnent autour de vous,
Vous resterez pensive et triste
Tout en répétant pour vous-même :

« Je ne suis ni terrible ni simple :
Pas assez terrible pour tuer
Tout simplement ; ni assez simple
Pour ignorer que la vie est terrible. »

***

Анне Ахматовой

«Красота страшна» — Вам скажут, —
Вы накинете лениво
Шаль испанскую на плечи,
Красный розан — в волосах.

«Красота проста» — Вам скажут, —
Пёстрой шалью неумело
Вы укроете ребенка,
Красный розан — на полу.

Но, рассеянно внимая
Всем словам, кругом звучащим,
Вы задумаетесь грустно
И твердите про себя:

«Не страшна и не проста я;
Я не так страшна, чтоб просто
Убивать, не так проста я,
Чтоб не знать, как жизнь страшна».

***

To Anna Akhmatova

They say to you, « Beauty is terrible, »
And lazy, around your shoulders,
You wind your Spanish shawl,
You tuck a red rose in your hair.

They say to you, « Beauty is simple, »
And awkward, with your many-colored shawl,
You cover a child
And the rose falls to the floor

Distracted, you listen
to the words around you.
Sad, thoughtful
you say to yourself,

I am not so terrible
nor so simple as that,
Not terrible enough to kill simply
Or too simple to know
that life is terrible.

(Alexandre Blok)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le Monde terrible
Traduction: Pierre Léon – Lenore Mayhew and William McNaughton
Editions: Gallimard

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Le grand jour (Roland Giguère)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
Le grand jour

Plus tard le ciel déchiré de cris
plus tard les enfants nus
plus tard les bruits légers des belles rencontres
plus tard les poignets cernés par l’amour
plus tard la pitié des affamés
plus tard le livre comme un oiseau blanc
plus tard le culte des innocents

beaucoup plus tard
au moment de la grande clarté
au moment de la grande éclipse
les éclats de lune répandus par le soleil
et les traits de plumes sur les murs froissés
traits rouges rapides cruels
et plume d’hirondelle
immobile au sommet des taudis
pour entretenir le bleu des toiles
pour supporter le toit absent
longues absences d’autrefois
d’aujourd’hui et de toujours

beaucoup plus tard
le ciel déchiré de cris
déchiré comme une aile.

(Roland Giguère)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: L’Age de la Parole
Traduction:
Editions: Éditions de l’Hexagone

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Le poète en oiseau immortel (Ron Padgett)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
Le poète en oiseau immortel

Il y a une seconde le battement de mon cœur s’est tu
et j’ai pensé : « ce n’est pas le bon moment
pour mourir d’une attaque, au
beau milieu d’un poème », puis je me suis rassuré
à l’idée que personne à ma connaissance
n’est jamais mort en pleine écriture
d’un poème, tout comme les oiseaux ne meurent jamais en plein vol.
Je crois.

***

Poet as Immortal Bird

A second ago my heart thump went
and I thought, “This would be a bad time
to have a heart attack and die, in the
middle of a poem,” then took comfort
in the idea that no one I ever heard
of has ever died in the middle of writing
a poem, just as birds never die in midflight.
I think.

(Ron Padgett)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: On ne sait jamais
Traduction: Claire Guillot
Editions: Joca Seria

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Penser (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
Penser est une insistance incompréhensible,
quelque chose comme allonger le parfum de la rose
ou creuser des trous de lumière
dans un flanc de ténèbres.

Et c’est aussi faire passer quelque chose
dans une manœuvre insensée
d’un bateau imperturbablement coulé
à une navigation sans bateau.

Penser, c’est persister
dans une solitude sans retour.

***

Pensar es una incomprensible insistencia,
algo así como alargar el perfume de la rosa
o perforar agujeros de luz
en un costado de tiniebla.

Y es también trasbordar algo
en insensata maniobra
desde un barco inconmoviblemente hundido
a una navegación sin barco.

Pensar es insistir
en una soledad sin retorno.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Dixième poésie verticale
Traduction: François-Michel Durazzo
Editions: José Corti

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On ne sait jamais qu’on part (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



Illustration: Véronique Thomas  
    
On ne sait jamais qu’on part – quand on part –
On plaisante, on ferme la porte
Le Destin, qui suit, derrière nous la verrouille
Et jamais plus on n’aborde.

***

We never know we go, — when we are going
We jest and shut the door;
Fate following behind us bolts it,
And we accost no more.

(Emily Dickinson)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Quatrains et autres poèmes brefs
Traduction: Claire Malroux
Editions: Gallimard

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Lorsque reviendra le printemps (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
Lorsque reviendra le printemps
peut-être ne me trouvera-t-il plus en ce monde.
J’aimerais maintenant pouvoir croire que le printemps est un être humain
afin de pouvoir supposer qu’il pleurerait
en voyant qu’il a perdu son unique ami.
Mais le printemps n’est même pas une chose : c’est une façon de parler.
Ni les fleurs ne reviennent, ni les feuilles vertes.
Il y a de nouvelles fleurs, de nouvelles feuilles vertes.
Il y a d’autres jours suaves.
Rien ne revient, rien ne se répète, parce que tout est réel.

***

Quando tornar a vir a Primavera
Talvez já não me encontre no mundo.
Gostava agora de poder julgar que a Primavera é gente
Para poder supor que ela choraria,
Vendo que perdera o seu único amigo.
Mas a Primavera nem sequer é uma coisa:
É uma maneira de dizer.
Nem mesmo as flores tornam, ou as folhas verdes.
Há novas flores, novas folhas verdes.
Há outros dias suaves.
Nada torna, nada se repete, porque tudo é real.

(Fernando Pessoa)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le Gardeur de troupeaux
Traduction: Armand Guibert
Editions: Gallimard

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Tu aimerais vivre (Sandra Lillo)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




Illustration
    
Tu aimerais vivre encore une fois entier
sans conséquences

dans le passage authentique du printemps

Tu prends comme si elle t’étais destinée
la caresse des anges

dans le courant d’air entre les rideaux
au bout des faisceaux du soleil

(Sandra Lillo)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Les bancs des parcs sont vides en mars
Traduction:
Editions: La Centaurée

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Je me suis soudain réveillé (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



Illustration: Lili Flore
    
Je me suis soudain réveillé, j’étais seul.
J’ai reconnu le petit-duc, à ses gémissements aveugles,
Qui du haut du ciel semblaient tout proches,
Au-dessus de ma poitrine.

Avec son chant, je me suis retrouvé vivant dans le silence ;
Mais perdu dans mes rêves, de mon corps
Rien ne restait qu’une mémoire
Triste et déçue.

Et toi aussi, mémoire et non image,
Tu me dominais, tu dominais ce chant,
Et tu rendais mortel ce silence,
Sans m’apparaître.

Tu t’étais dissipée en moi, pour ainsi dire,
Dans ma chair lasse, en rêve. Un spectre mortel
Qui terrasse cette vie. Et pourtant
Je continuais de t’aimer.

***

Mi destai d’improvviso, ero solo.
Conobbi l’assiuolo ai ciechi gemiti,
che dal cielo suonavano vicini,
sopra il mio petto.

Con quel canto fui vivo nel silenzio;
ma, perduto nei sogni, del mio corpo
nulla restava se non una memoria
triste e delusa.

E anche tu, memoria non immagine,
su di me, su quel canto sovrastavi
e facevi mortale quel silenzio,
senza apparirmi.

M’eri dissolto, quasi, nella stanca
carne, nei sogni; una mortale larva
che sopravanza questa vita; eppure
ti amavo sempre.

(Pier Paolo Pasolini)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Adulte ? Jamais
Traduction: René de Ceccatty
Editions: Points

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