Arbrealettres

Poésie

Là-haut, vers la bleuissante lumière (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018




    
Là-haut, vers la bleuissante lumière,
Sur les nuages sombres, se révèle,
pareille au séraphin, pareille à Elle,
Une figure adorable et légère.
Ainsi régnait, dans la danse animée,
L’image aimée entre les plus aimées.

Mais tu ne peux l’aérien mirage
Longtemps tenir pour Son propre portrait.
Rentre en ton coeur ! Là tu vois mieux ses traits,
Là, elle bouge avec mille visages.
Là, de plusieurs l’Unique est composée,
Toujours, toujours plus chère à la pensée.

Telle elle était, à sa porte attendant,
Telle elle fut, par degrés m’exaltant,
Et telle, après l’avant-dernier baiser,
Vint sur ma bouche appuyer le dernier,
Telle, vivante, elle entra dans cette âme
Et dans ce coeur, écrite avec des flammes.

Ah ! Dans ce coeur, muraille crénelée
Qui, sûr rempart pour soi-même et pour Elle,
Pour Elle heureux de sa propre durée
Ne se connaît qu’autant qu’il la révèle
Et, par de tendres chaînes libéré,
Ne bat encor que pour remercier.

Le désir d’être aimé s’était éteint,
Évanoui, comme la faculté d’aimer,
Lorsque le goût d’espérer me revint
Et les projets joyeux et décidés.
Amour ! Si tu nous donnes la ferveur,
De tes présents j’ai reçu le meilleur.

Et c’est par Elle ! — A mon corps anxieux,
À mon esprit par un poids oppressé
Rien ne s’offrait que spectres pour les yeux
Et le désert pour le coeur désolé.
Mais maintenant, sur un seuil que je sais
Elle se montre, et le soleil paraît.

La Paix de Dieu, dit-on, rend l’âme heureuse,
Mieux que Raison donnant félicité.
Je la compare à la Paix Amoureuse
Quand près de nous se tient l’être adoré.
Le coeur repose et rien ne peut ternir
Le sentiment de lui appartenir.

L’effort du coeur qui s’élève, s’élance,
Vers l’Inconnu et cherche à se donner,
pur, au Plus Pur avec reconnaissance,
Trouvant en soi le sens de l’Innomé.
Ainsi les coeurs pieux ! — Ainsi s’éveille,
Près d’Elle, en moi, félicité pareille.

A son regard, comme au feu du soleil,
Comme au vent printanier, à son haleine,
La glace fond, de l’amour de soi-même,
Qui résistait, aux longs hivers pareil.
Et l’égoïsme, autant que l’intérêt.
Lorsqu’Elle vient, frissonne et disparaît.

***

Wie leicht und zierlich, klar und zart gewoben
Schwebt, seraphgleich, aus ernster Wolken Chor,
Als glich’ es ihr, am blauen Äther droben
Ein schlank Gebild aus lichtem Duft empor!
So sahst du sie in frohem Tanze walten,
Die lieblichste der lieblichsten Gestalten.

Doch nur Momente darfst dich unterwinden,
Ein Luftgebild statt ihrer festzuhalten;
Ins Herz zurück ! dort wirst du’s besser finden,
Dort regt sie sich in wechselnden Gestalten :
Zu Vielen bildet Eine sich hinüber,
So tausendfach, und immer, immer lieber.

Wie zum Empfang sie an den Pforten weilte
Und mich von dannauf stufen weis beglückte,
Selbst nach dem letzten Kuß mich noch ereilte,
Den letztesten mir auf die Lippen drückte :
So klar beweglich bleibt das Bild der Lieben,
Mit Flammenschrift, ins treue Herz geschrieben.

Ins Herz, das fest, wie zinnenhohe Mauer,
Sich ihr bewahrt und sie in sich bewahret,
Für sie sich freut an seiner eignen Dauer,
Nur weiß von sich, wenn sie sich offenbaret,
Sich freier fühlt in so geliebten Schranken
Und nur noch schlägt, für alles ihr zu danken.

War Fähigkeit, zu lieben, war Bedürfen
Von Gegenliebe weggelöscht, verschwunden,
1st Hoffnungslust zu freudigen Entwürfen,
Entschlüssen, rascher Tat sogleich gefunden !
Wenn Liebe je den Liebenden begeistet;
Ward es an mir aufs lieblichste geleistet;

Und zwar durch sie I— Wie lag ein inures Bangen
Auf Geist und Körper, unwillkommner Schwere :
Von Schauerbildern rings der Blick umfangen
1m wüsten Raum beklommner Herzensleere ;
Nun dämmert Hoffnung von bekannter Schwelle,
Sie selbst erscheint in milder Sonnenhelle.

Dem Frieden Gottes, welcher euch hienieden
Mehr als Vernunft beseliget— wir lesens
Vergleich ich wohl der Liebe heitern Frieden
In Gegenwart des allgeliebten Wesens;
Da ruht das Herz, und nichts vermag zu stören
Den tiefsten Sinn, den Sinn : ihr zu gehören.

In unsers Busens Reine wogt ein Streben,
Sich einem Höhern, Reinern, Unbekannten
Aus Dankbarkeit freiwillig hinzugeben,
Enträtselnd sich den ewig Ungenannten ;
Wir heißens : fromm sein !— Solcher seligen Höhe
Fühl ich mich teilhaft, wenn ich vor ihr stehe.

Vor ihrem Blick, wie vor der Sonne Walten,
Vor ihrem Atem, wie vor Frühlingslüften,
Zerschmilzt, so längst sich eisig starr gehalten,
Der Selbstsinn tief in winterlichen Grüften;
Kein Eigennutz, kein Eigenwille dauert,
Vor ihrem Kommen sind sie weggeschauert.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Elégie de Marienbad
Traduction: Jean Tardieu
Editions: Gallimard

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