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Poésie

Archive for 24 avril 2018

Dans le vent la pluie et dans le soleil (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



 

Gurbuz Dogan Eksioglu (4)

Dans le vent la pluie et dans le soleil
moi vêtu de l’or de l’accomplissement
et vêtu de la brume du vide

dans le coucher du soleil dans la brise et dans la tempête
qui auréole ma barque la pousse ou la chavire

entre moi dans la pluie et moi dans la lune
qui donc établit le voyage sans itinéraire
qui sait mesurer la longueur de lance de sa parole
et qui sait peser le poids de son geste
et voir limpides l’élan et la blessure

le papillon est allègre au mur de sa mort hâtive
et la mante religieuse dévore sa passion avec sa mort

Moi avec ma vie et mon compas de vie je saute les précipices
en attendant le pont que je construirai rudement
entre mes masques francs qui se connaissent et s’ignorent

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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RESTE IMMOBILE, DORS DANS L’ACCALMIE (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



RESTE IMMOBILE, DORS DANS L’ACCALMIE

Reste immobile, dors dans l’accalmie, souffrant avec la blessure
Dans la gorge, qui brûles et fais retour. Toute la nuit à flot
Sur l’océan de silence nous avons perçu le son
Qui venait de la blessure enveloppée dans le drap de sel.

Sous la lune d’un mille au-delà, nous avons tremblé écoutant
Le bruit de l’océan couler comme sang de la blessure criante
Et quand le drap de sel se rompit en un ouragan de chants
Les voix de tous les noyés nagèrent dans le vent.

Ouvre un chemin à travers la triste lente voile,
Ouvres grandes au souffles les portes du bateau errant
Pour que commence mon voyage vers la fin de ma blessure,
Nous avons entendu le bruit de l’océan chanter, et vu le drap de sel scander.
Reste immobile, dors dans l’accalmie, cache la bouche dans la gorge
Ou nous devrons obéir, et chevaucher avec toi entre les noyés.

***

LIE STILL, SLEEP BECALMED

Lie still, sleep becalmed, sufferer with the wound
In the throat, burning and turning. All night afloat
On the silent sea we have heard the sound
That came from the wound wrapped in the salt sheet.

Under the mile off moon we trembled listening
To the sea sound flowing like blood from the loud wound
And when the salt sheet broke in a storm of singing
The voices of all the drowned swam on the wind.

Open a pathway through the slow sad sail,
Throw wide to the wind the gates of the wandering boat
For my voyage to begin to the end of my wound,
We heard the sea sound sing, we saw the salt sheet tell.
Lie still, sleep becalmed, hide the mouth in the throat,
Or we shall obey, and ride with you through the drowned.

(Dylan Thomas)

 

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Tu loges ton coeur dans le soleil des feuilles (Georges Drano)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018


camomille-sauvage

Tu es seule dans la campagne
et chaque matin te retrouve les yeux
plein d’îles et de voyages lointains
Tu donnes du pain aux oiseaux
sans savoir qu’ils tourneront longtemps
dans ton regard où tous les chemins se rencontrent
Petite fleur sauvage promise au secret des jardins

Tu rêves sur l’aire des étangs
d’un espoir de voile et de haute-mer
Tu donnes du pain aux oiseaux
sans savoir que leurs longs vols t’emporteront
loin des portes et des jardins
dans la grande fable de la mer
Petite fleur sauvage des chemins
qui mènent aux bals et aux étangs

Tu loges ton coeur dans le soleil des feuilles
et chaque matin se retrouve les yeux
plein d’îles et de voyages lointains
Tu donnes du pain aux oiseaux
sans savoir que le bruit de leurs ailes sous la pluie
te parle d’un nouvel amour
loin des portes et des jardins
Petite fleur sauvage accrochée au corsage de l’averse.

(Georges Drano)

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POÈME POUR NABIHA (Tahar Djaout)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



 

Akzhan Abdalieva  7

POÈME POUR NABIHA

Je rentrerai de voyages
Et te trouverai endormie.
Le raffût des meubles se sera tu,
Les bêtes en douceur se seront éclipsées
Et tous les tambours de la maison
Seront devenus peaux vivantes mais discrètes.

J’arrive toujours dans la suspension juste des pulsations,
Quand la chaux, l’argile et leur blancheur ont tout réoccupé.

J’arrive
Et je vois peu à peu l’émersion :
Toi d’abord qui orchestres couleurs et mouvements,
Redonnes leur tapage aux bestioles,
Diriges des vols périlleux.
Puis les objets,
Fiers de leur prouesses,
Déclenchent l’élan des manèges.

Tu chercheras les chiens acrobates du rêve
Entre les draps étonnés,
Tu secoueras un à un les poudroiements de la lumière
Et la vie se réinstallera.

Tu te réveilles
Et la maison devient un carnaval

(Tahar Djaout)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Akzhan Abdalieva

 

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LIBERTE (Bartolo Cattafi)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



LIBERTE

En mouvements heurtés, les dents serrées,
tu découds le paysage
et tandis que tu le réduis
en bandes, lambeaux, lanières,
tu voyages vers une confuse,
ivre liberté,
sur des bandes,
parmi les lambeaux et les lanières d’un âge ancien.

***

LIBERTA

A scatti a denti stretti
scuci il paesaggio
e mentre lo riduci
in strisce lembi bande
viaggi verso un’ebbra
confusa libertà
su strisce
fra lembi e bande d’una vecchia età.

(Bartolo Cattafi)

 

 

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SYMPATHIES ERRANTES (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



SYMPATHIES ERRANTES

D’on ne sait quel azur parties,
Avec des haleines de mai,
De fraternelles sympathies
Voyagent dans l’air parfumé.
Les rêveurs et les jeunes femmes
Sentent parfois, en ces beaux jours,
Aux marches blanches de leurs âmes
Monter d’invisibles amours.
D’on ne sait quel regard venues,
Entre des rires et des pleurs,
Ce sont des lèvres inconnues
S’ouvrant à leurs lèvres en fleurs.
Et le charme en est si vivace,
Si doux, que leurs fronts rajeunis
De cette caresse qui passe
Gardent des rêves infinis.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: William Bouguereau

 

 

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Riz et banane (Anne Tardy)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018


banane

Riz et banane
banane et riz
pour le voyageur fragile

(Anne Tardy)

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UNE JEUNE DEMENTE (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



 

UNE JEUNE DEMENTE

Cette jeune fille égarée qui improvisait sa musique,
Sa poésie, en dansant sur la rive,
Son âme divisée d’avec elle-même,
Grimpant, tombant elle ne savait où,
Se cachant dans la cargaison d’un navire de ligne,
Les rotules brisées, cette jeune fille, je la dis
Une chose grande et belle, ou encore une chose
Héroïquement perdue, héroïquement trouvée.

Peu importe quel désastre se produisait,
Elle se dressait, blessée, au milieu d’une musique désespérée,
Blessée, blessée, et de sa bouche triomphante,
Parmi les ballots épars et les corbeilles,
Ne sortait aucun son intelligible,
Mais ce seul chant : « Ô affamée de mer, mer affamée.»

***

A CRAZED GlRL

That crazed girl improvising her music,
Her poetry, dancing upon the shore,
Her soul in division from itself
Climbing, fafling she knew not where,
Hiding amid the cargo of a steamship,
Her knee-cap broken, that girl I declare
A beautiful lofty thing, or a thing
Heroically lost, heroically found.

No matter what disaster occurred
She stood in desperate music wound,
Wound, wound, and she made in her triumph
Where the bales an d the baskets lay
No common intelligibile sound
But sang, `O sea-starved, hungry sea.’

(William Butler Yeats)

Illustration: Arthur Hopkins

 

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RETOURNE SUR TES PAS (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



RETOURNE SUR TES PAS

Retourne sur tes pas ô ma vie
Tu vois bien que la rue est fermée.

Vois la barricade face aux quatre saisons
Touche du doigt la fine maçonnerie de nuit
dressée sur l’horizon
Rentre vite chez toi
Découvre la plus étanche maison
La plus creuse la plus profonde.

Habite donc ce caillou
Songe au long cheminement de ton âme future
Lui ressemblant à mesure.

Tu as bien le temps d’ici la grande ténèbre ;
Visite ton coeur souterrain
Voyage sur les lignes de tes mains
Cela vaut bien les chemins du monde
Et la grand’place de la mer en tourment

Imagine à loisir un bel amour lointain
Ses mains légères en route vers toi

Retiens ton souffle
Qu’aucun vent n’agite l’air
Qu’il fasse calme lisse et doux
À travers les murailles

Le désir rôde vole et poudre
Recueille-toi et délivre tes larmes
Ô ma vie têtue sous la pierre !

(Anne Hébert)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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LUNAIRE (Edmond Blanguernon)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



Paul Delvaux-le-voyage-légendaire [800x600]

LUNAIRE

Aux grises allées
Du parc endormi,
Douces ont frémi
Les brises ailées.

Aux herbes perlées
De rosée emmy
Le silence ami,
Des formes voilées,

Lentes vaguement,
Vagues lentement,
Chimères et songes

Glissent dans la nuit,
Dames de mensonge
Que mon âme suit.

(Edmond Blanguernon)

Illustration: Paul Delvaux

 

 

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