Arbrealettres

Poésie

LA DORMEUSE (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



LA DORMEUSE

Les yeux ouverts au coeur de la nuit
Les coudes enfoncés dans l’herbe moite
Cette fille fardée d’alluvions
Ecoute au-dessus des fumées du fleuve
Remuer la guerre dans sa bauge de béton
Comme une bête de flamme et d’acier.

Quand elle déploie son ombre dans le ciel
Les villes ont peur de respirer.
L’oreille contre la terre
Elles attendent que les usines s’endorment
Que les feux cessent de brûler
Pour s’étendre dans les ténèbres.

Comme de grands oiseaux antédiluviens
Perchées sur leur patte huileuse
Les machines brillent au fond des temps
Les mâchoires ouvertes dans l’ombre.
Elles rêvent au bonheur des hommes,
Aux habitudes des nuages,
Aux fleurs qui poussent dans les campagnes,
Mais aussitôt qu’elles s’éveillent
Elles referment leurs cisailles.

La dormeuse soulève sa chevelure,
Elle la dénoue et la nuit s’éclaire,
Elle déplie les jambes et les nuées s’entrouvrent,
Elle croise les bras sous la nuque
Et son souffle efface la terreur du ciel.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: Henri Matisse

 

 

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