Arbrealettres

Poésie

J’avais traîné si longtemps (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2018



Illustration: Christian Girault
    
J’avais traîné si longtemps,
les heures s’étalaient,
et les claires journées
que mes yeux voyaient
et les nuits noires
qui m’ôtaient la vie —
et j’ai parcouru la ville
le long des maisons de pierre jusqu’à
elle — alors sa voix a retenti.

D’abord douce, puis de plus en plus forte,
comme le vent qui monte
du sud — mon coeur est douloureux,
mes yeux sont en larmes.

Ô j’aurai voulu n’être plus rien,
plus rien qu’elle
et m’effacer tout entier
pour me fondre dans
sa douce cadence,
renaître avec sa voix
et sombrer de nouveau —
sa voix résonnait en moi —
dans le bruissement de ses cheveux
dans l’éclat de ses yeux où
elle est tendrement rosée —
son bras a poussé
comme un arbre vers le haut
jusqu’au visage éclos comme une fleur.

Le jour tombait et ainsi la clarté
de son visage,
j’étais assis comme un pèlerin près
d’un arbre et elle au-dessus de moi.

Dans le silence à l’abri
comme un bateau au port,
mon coeur me faisait un peu mal.

Je ne peux toujours pas le dire,
pas dire mon pauvre souhait,
mon vide et mon désir
plus fort et de plus en plus.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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