Arbrealettres

Poésie

Archive for 6 mai 2018

Soleil, soleil ! (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Soleil, soleil !… Faute éclatante !
Toi qui masques la mort, Soleil,
Sous l’azur et l’or d’une tente
Où les fleurs tiennent leur conseil ;
Par d’impénétrables délices,
Toi, le plus fier de mes complices,
Et de mes pièges le plus haut,
Tu gardes le cœur de connaître
Que l’univers n’est qu’un défaut
Dans la pureté du Non-être !

(Paul Valéry)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Au miroir (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Au miroir

Pourquoi persistes-tu, miroir sans fin ?
Pourquoi répètes-tu, frère secret,
Ma main, ses mouvements les plus discrets ?
Pourquoi dans l’ombre ce reflet soudain ?
Le Grec le dit, tu es mon autre moi;
Tu me guettes toujours sur l’éclat pur
De l’eau changeante ou du cristal qui dure.
Être aveugle, à quoi bon, si tu es là.
Ne pas te voir et te sentir si bien
Ajoute à ton horreur, magie qui oses
Multiplier le nombre de ces choses
Que nous sommes et couvrent notre destin.
Moi mort, tu en refléteras un autre,
Et puis un autre, un autre, un autre, un autre.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les âmes mortes (Anne-Emmanuelle Fournier)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



montagne lune
Les âmes mortes

Nous avons regardé les saisons aller et venir.
Le pâle soleil,
La trêve fugace de l’été.
Nous avons eu notre moment de grâce,
Puis nous l’avons laissé partir.
Nous avons attendu
Que l’hiver, lentement,
Etouffe la souffrance
Dans son silence feutré.
Mais le vent qui passe sur les montagnes a laissé nos mains vides.
Nous sommes des lumières mourantes
Pareils à la nuit d’hiver qui tombe sans bruit
Des âmes mortes.
Il n’est plus ni foi ni douleur,
Seulement
Ce grand silence boréal
Que rien ne peut briser.

(Anne-Emmanuelle Fournier)

Découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Aimer c’est, à travers le corps, rencontrer l’âme (Liliane Wouters)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

Alex Alemany-50

Aimer c’est, à travers le corps,
rencontrer l’âme ; c’est aussi
par les sentiers de l’âme aller
à la découverte du corps.
Aimer, c’est mêler l’âme au corps,
le corps à l’âme, c’est encor
du bout des doigts au fond de l’être,
toucher, sentir et reconnaître
avec la chair, avec l’esprit
sans deviner lequel est pris
et lequel prend, sans pouvoir dire
qui se réveille et qui s’endort
lequel commence, où finit l’autre,
quel est le vif, quel est le mort.

(Liliane Wouters)

Illustration: Alex Alemany

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

LA DORMEUSE (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

Laszlo Gulyas p

LA DORMEUSE

Quels secrets dans son coeur brûle ma jeune amie,
Ame par le doux masque aspirant une fleur?
De quels vains aliments sa naïve chaleur
Fait ce rayonnement d’une femme endormie?

Souffle, songes, silence, invincible accalmie,
Tu triomphes, ô paix plus puissante qu’un pleur,
Quand de ce plein sommeil l’onde grave et l’ampleur
Conspirent sur le sein d’une telle ennemie.

Dormeuse, amas doré d’ombres et d’abandons,
Ton repos redoutable est chargé de tels dons,
O biche avec langueur longue auprès d’une grappe,

Que malgré l’âme absente, occupée aux enfers,
Ta forme au ventre pur qu’un bras fluide drape,
Veille; ta forme veille, et mes yeux sont ouverts.

(Paul Valéry)

Illustration: Laszlo Gulyas

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Un jour paraît (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

Olivier Valsecchi i3

Un jour paraît où l’homme
se découvre soudain
extérieur à l’être
qu’il croyait enfermer.

Il reconnaît alors
quelle immense caverne
humilie une voix
qu’il prenait pour sa gloire.

Le vide qui m’entoure
m’a pris jusqu’à mon nom :
je suis exactement
ce que je ne suis pas.

(Axel Toursky)

Illustration: Olivier Valsecchi

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

NÉBULEUSE DU CANCER (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

Nébuleuse du Cancer

NÉBULEUSE DU CANCER
« Ton intellect a sa demeure
dans une grande masse lumineuse. »
(Bardo Thödol)

Dans ce lumineux chaos je
vis et jouis de mon être
dans cette masse incandescente
d’où pourrait naître un univers

dans ce lumineux chaos je
ne pense ni ne sens, mais suis
mêlé à ce tourbillon de matière
la forme que j’étais ne me renferme plus
celle que je serai — pas même imaginée

*

THE CRAB NEBULA
« Your intellect dwells
in a great luminous mass. »
(Bardo Thödol)

In this lighted chaos I
live and move and have my being
in this mass of incandescence
the birthplace of a world perhaps
at least of a dancing star

in this lighted chaos I
no longer think or feel but am
involved in this swirling matter
the form I was no longer holding me
the form I will be not even imagined

(Kenneth White)

Illustration

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Oiseau Vert (Madeleine Le Floch)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Oiseau Vert

Il était une fois
un oiseau
que l’on avait
enfermé
dans une cage.

Du matin au soir
il criait:
que je suis malheureux!
Ah! que je suis donc
malheureux!

Comme il chante bien
disait la petite fille.

(Madeleine Le Floch)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | 2 Comments »

Le simulacre (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Le simulacre

Lorsque j’étais en quête
Du rivage perdu,
Je composais des baumes
Avec les palmiers nains.

Je me voulais l’oiseau
Qui se nourrit par l’aile
Ou le poisson sonore
Des mondes sidéraux.

Pas d’arbre pour guérir
Les amputés d’azur.
Rien ne peut étancher
La soif que je désire.

De moi je me contente
Comme herbe et comme philtre
Et je n’ai d’autre espace
Que mon corps navigable.

Je suis le simulacre
Des îles sous le vent.
Mes ongles sont des steppes
Et mes yeux des étangs.

Je nage dans mes veines,
Je vole dans ma voix
Et je dors sous l’ombrage
D’un arbre inexistant.

Que ma source lucide
Me boive comme une eau.
Je suis le réceptacle
Des larmes retenues.

Je ne suis plus en quête
Que de l’enfer en moi.
Mon drame me rassure,
Je me déguise en lui.

(Robert Sabatier)

 Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

La lumière de midi fait éclater les fronts (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



La lumière de midi fait éclater les fronts.
Elle peint de résine les masques insensés
Que les puissants ont pris pour traverser la ville
Où les bûchers croulants grillent le ciel géant.

Elle bouge avec l’ombre décapitée des murs
Et recouvre de chaux les cris des premiers morts.
Ses doigts d’encre ont tracé les couloirs de la peur,

Ne me demande pas ce que font ces fantômes.
Ils arrachent le coeur des colombes blessées
Et vendent des colliers d’amulettes sonores
Pour conjurer la foudre et sauver les damnés,
Mais l’enfer n’entend pas ce doux bruit d’ossements.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: Julien Girard

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :