Arbrealettres

Poésie

Proème (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018




Proème

Parfois la poésie est le vertige des corps et le vertige du bonheur et celui de la mort;
la promenade les yeux fermés au bord du précipice et la kermesse dans les jardins sous-marins;
le rire qui met le feu aux préceptes et aux dix commandements;
la descente des mots parachutés sur les sables mouvants de la page;
le désespoir qui embarque sur un bateau de papier et traverse,
pendant quarante jours et quarante nuits, l’océan de l’angoisse nocturne et la mer de pierre de l’angoisse diurne;
l’adoration du moi, l’exécration du moi et sa dissipation;
l’épithète décapitée, l’enterrement des miroirs;
la récolte des pronoms fraîchement coupés dans les jardins d’Épicure et de Netzahualcóyotl;
un solo de flûte sur la terrasse de la mémoire et un ballet d’étincelles dam l’oubliette de la pensée;
les migrations de verbes par myriades, d’ailes et de griffes, de graines et de mains;
l’ossature des noms aux racines plantées dans les ondulations du langage;
l’amour du jamais vu et l’amour de l’inouï, l’amour du jamais dit : l’amour de l’amour.

Syllabes semences.

(Octavio Paz)

 

 

2 Réponses to “Proème (Octavio Paz)”

  1. Lara said

    Tiens j’ai déjà vu celui-ci hi hi

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