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Poésie

Archive for 11 mai 2018

Il ne restera rien (Nezahualcoyotl)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018




O Princes, sachez-le bien,
Sachez-le Aigles et Jaguars,
Le jade et même l’or,
Aussi là-bas s’en iront,
Là-bas où sont les Décharnés…
Nous partirons, peu à peu nous disparaîtrons,
Il ne restera rien…

***

Xic yocoyacan in antepilhuan
cuauh’tamocelo
oncan on Ximohua yehuaya
zan tipupulihuizque
ayac mocahuaz Iyyo.

(Nezahualcoyotl)

 

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Seulement avec des fleurs (Nezahualcoyotl)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



 


Emeraudes,
Ors,
Tes fleurs,
O dieu !

Tes richesses,
O toi par qui vivent toutes choses :
Fleurs de mort par l’obsidienne ,
La mort dans la guerre !

La mort dans la guerre,
Vous partirez la connaître !

A la guerre, aux abords de l’incendie,
Vous la connaîtrez !

I1 y a poussière de boucliers,
I1 y a pluie de maïs noir.

Où peut-on vraiment le connaître,
Le Lieu du Mystère,
Le connaître avec ses yeux ?

Le gloire, seulement,
La noblesse
meurent dans la guerre,
Si peu de chose s’en va 1à où sont les Décharnés

Seulement avec des fleurs
Partir…

(Nezahualcoyotl)

 

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Ni la couleur des terribles dunes d’Iquique … (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



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Ni la couleur des terribles dunes d’Iquique,
ni la baie du Fleuve Doux du Guatemala,
n’ont changé ton profil arraché au froment,
ton style de muscat, ta bouche de guitare.
Mon coeur, ma mienne à partir de tout le silence,
depuis les hauts sommets patrie du liseron
jusqu’aux plaines de platine et de solitude,
en toute patrie pure t’a répétée la terre.
Et la main de métal et farouche des monts,
la neige du Tibet, la pierre polonaise,
rien n’a troublé ta forme de grain voyageur,
comme si argile ou blé, guitares ou grappes
tout Chillan défendait en toi son territoire
imposant le pouvoir de la lune sylvestre.

***

Ni el color de las dunas terribles en Iquique,
ni el estuario del Río Dulce de Guatemala,
cambiaron tu perfil conquistado en el trigo,
tu estilo de uva grande, tu boca de guitarra.
Oh corazón, oh mía desde todo el silencio,
desde las cumbres donde reinó la enredadera
hasta las desoladas planicies del platino,
en toda patria pura te repitió la tierra.
Pero ni huraña mano de montes minerales,
ni nieve tibetana, ni piedra de Polonia,
nada alteró tu forma de cereal viajero,
como si greda o trigo, guitarras o racimos
de Chillan defendieran en ti su territorio
imponiendo el mandato de la luna silvestre.

(Pablo Neruda)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

 

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La mer est dans tes yeux (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



La mer est dans tes yeux

Ce n’est pas faute d’en parler
mais nous ne sommes pas allés
en ces dimanches du mois d’août
avec sa plage de galets
à Brighton où il fait si doux

Dans les brumes du lit tes sables sont soyeux
je me laisse endormir au flot de tes écumes
dans tes fonds aux varechs que le plaisir consume
ici la mer est dans tes yeux

Nous n’avons jamais su partir

(Louis Calaferte)

 

 

 

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À TRIBORD (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



 

À TRIBORD

Et moi qui suis ici
Qui n’en partirai guère
Je sais le bruit que font les vagues
Sur les galets de là-bas
Et je l’entends au moindre recoin de silence
Je connais l’odeur de l’iode
Et du sel
Et je la sens au moindre souffle de vent frais
Et tout cet horizon
Bordé à l’infini
De rivages pareils et différents
Qui se déroule parfois
Devant la mer qui se retire
Pour montrer un instant sa secrète demeure

Et c’est pour les nuages
Et les épaves paresseuses
Que tout a lieu

Quand le vent passera
Moi qui suis ici
N’en partirai guère
Et je ne sais à quel quai
J’amarrerai mon âme
Quand le vent passera

(Gilles Vigneault)

 

 

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Comme les racines (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



On peut rêver
De partir.

On peut rêver
De rester.

Le mieux
Est de partir dans le rester,

Comme le soleil,
Comme la source,

Comme les racines.

(Guillevic)

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Point (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018


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Point

Je ne suis que le fruit peut-être
De deux lignes qui se rencontrent.Je n’ai rien.

On dit : partir du point,
Y arriver.

Je n’en sais rien.

Mais qui
M’effacera ?

(Guillevic)

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… Si je suis un (Jean Tortel)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018


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… Si je suis un je ne suis pas
Quand je suis deux ma femme m’aime
Si je suis trois je connais tout
A partir de quatre le mur

(Jean Tortel)

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Déménager (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



Déménager

Quitter un appartement.
Vider les lieux. Décamper.
Faire place nette.
Débarrasser le plancher.
Inventorier ranger classer trier
Éliminer jeter fourguer
Casser
Brûler
Descendre desceller déclouer
décoller dévisser décrocher
Débrancher détacher couper tirer
démonter plier couper
Rouler
Empaqueter emballer sangler
nouer empiler rassembler
Entasser ficeler envelopper
protéger recouvrir entourer
serrer
Enlever porter soulever
Balayer
Fermer
Partir.

(Georges Perec)

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Habiter un lieu (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



Habiter un lieu

Habiter une chambre, qu’est-ce que c’est?
Habiter un lieu, est-ce se l’approprier?
Qu’est-ce que s’approprier un lieu?
A partir de quand un lieu devient-il vraiment vôtre?

Est-ce quand on a mis à tremper ses trois paires de chaussettes
dans une bassine de matière plastique rose?
Est-ce quand on s’est fait réchauffer des spaghettis
au-dessus d’un camping-gaz?

Est-ce quand on a utilisé tous les cintres dépareillés de l’armoire-penderie?
Est-ce quand on a punaisé au mur une vieille carte postale
représentant le Songe de sainte Ursule de Carpaccio?

Est-ce quand on y a éprouvé les affres de l’attente,
ou les exaltations de la passion,
ou les tourments de la rage de dents?
Est-ce quand on tendu les fenêtres de rideaux à sa convenance,
et posé les papiers peints, et poncé les parquets?

(Georges Perec)

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