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Poésie

Archive for 24 mai 2018

BOIS D’AMOUR (Adolphe Boschot)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



Oleg Zhivetin _3

BOIS D’AMOUR

Il est un endroit solitaire
Où mon âme semble habiter ;
Là notre amour a pu se taire,
Nous l’entendions en nous chanter.

On y voit une eau calme et verte,
Sombre parmi des peupliers ;
C’est là que de mon âme ouverte
Tu vis les tourments familiers.

Près de moi tu restais très tendre
A m’abriter de ta pitié,
Et ton cœur ne voulait entendre
Que des mots chastes d’amitié…

Je pense à ce bois à toute heure,
De ma douleur il est connu :
C’est là que mon âme demeure,
Et je n’y suis point revenu.

(Adolphe Boschot)

Illustration: Oleg Zhivetin 

 

 

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Ô COMBIEN EST HEUREUSE (Adrian Le Roy)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




    
Ô COMBIEN EST HEUREUSE

Ô combien est heureuse
La peine de cacher
Une flamme amoureuse
Qui deux cœurs fait brûler,
Quand chacun d’eux s’attend
D’être bientôt content.

Las on veut que je taise
Mon apparent désir,
En feignant qu’il me plaise
Nouvel amy choisir :
Mais telle fiction
Veut même affection.

Votre amour froide et lente
Vous rend ainsi discret :
La mienne violente
N’entend pas ce secret :
Amour nulle saison
N’est amie de raison.

Si mon feu sans fumée
Est cuidant et chaud
Etant de vous aimée
Du reste ne m’en chaut :
Soit mon mal vu de tous
Et seul senti de tous.

Si femme en ma présence
Autre vous entretient,
Amour veut que je pense
Que cela m’appartient :
Car luy et longue foi
Vous doivent tout à moi.

Que me sert que je sois
Avec Princes, ou Rois,
Et qu’ailleurs je vous voie
Sans approcher de moi ?
La peur du changement
Me cause grand tourment.

Quand par bonne fortune
Serez mien à tout point,
Lors parlez à chacune
Il ne m’en plaindrai point :
Bien vous pry cependant
N’être ailleurs prétendant.
Hélas qu’il fut possible
Que puisses être moy,
Pour voir s’il m’est pénible
Le mal que j’ai pour toi :
Tu prendrais grand pitié
De ma ferme amitié.

Vous semble-t-il, que la vue
Soit assez entre amis,
Ne me voyant pourvue
De ce qu’on m’a promis ?
C’est trop peu que des yeux
Amour veut avoir mieux.

De vous seul je confesse
Que mon cœur est transis :
Si j’étais grand princesse
Je dirais tout ainsi :
Si le vôtre ainsi fait
Montrez-le par effet.

***

O how happy is
The pain of sealing
An amorous flame
That makes two hearts burn,
When each of them expects
To soon be happy.

Alas, one wishes that I conceal
My apparent desire,
By feigning that it pleases me
To choose my new friend
But such a fiction
Wishes the same affection.

Your cold, slow love
Thus makes you discreet:
Mine, violent
Hears not this secret:
Love in no season
Is the friend of reason.

If my fre without smoke
Is burning and hot,
Being loved by you
Besides, it matters little to me:
Let my ill be seen by all
And felt alone by all.

If a woman in my presence
Other than you maintains,
Love wants me to think
That that belongs to me:
For he and long faith
You owe everything to me.

***

O, wie schön ist doch die Müh’,
Eine Liebesflamme zu verhehl’n,
Die zwei Herzen lässt erglühn,
Und wenn ein jeder freudig drauf’ gefasst’,
Zufrieden bald zu sein.

Ach, ich soll jedoch verschweigen
Mein sichtbares Begehr,
Und tun, so, als ob er mir gefele,
Einen neuen Freund erkör’.
Aber solch eine Mär
Will doch auch Herzenserhör’.

Eure ach so kalte und lahme Lieb’
Macht Euch so “verschämt“,
Die meine nun hingegen, gar heftig,
Hört nicht auf solch Geheim’:
Die Liebe, wann auch immer,
Will nie vernünftig sein!

Wenn mein rauchlos’ Feuer
Ist brennend und so heiß,
Wenn ich von Euch geliebet,
Der Rest ist mir dann gleich!
Dann kann ruhig ein jeder sehen
Und spüren meine Pein.

Wenn ein ander’ Weib
Vor mir Euch unterhält,
Die Liebe will, dass ich dann denke,
Dass mir das doch zufällt:
Denn er und lange Treue
Euch alles schulden mir.

(Adrian Le Roy)

 

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Amour, toi le Larron… (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



Illustration: Marc Chagall
    
Amour, toi le Larron…

Amour, toi, le larron éternel, qui dérobes
Les lourds trésors des coeurs et le secret des robes !

Tu te glisses et te dissimules la nuit,
Et ton pas est le pas du traître qui s’enfuit…

Ton pas est plus léger que le doux pas du Songe !
Et l’on n’entend jamais ce bruit sournois qui ronge.

N’as-tu point d’amitié ? N’as-tu point de raison ?
Voici que s’insinue en mon coeur ton poison.

Epargne-moi ! Vois mon visage et mon front blême…
Mon ennemi. l’Amour, je te hais et je t’aime.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Nul geste d’amitié (Jorge Carrera Andrade)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



Nul geste d’amitié chez l’oiseau, le nuage,
le toit grégaire dont se froncent les sourcils.
Un moine vert et muet habite dans chaque arbre
et un ciel sans pupilles regarde le monde.

(Jorge Carrera Andrade)

Illustration: Alexandre Calame

 

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Nul geste d’amitié chez l’oiseau (Jorge Carrera Andrade)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



 

Nul geste d’amitié chez l’oiseau, le nuage,
le toit grégaire dont se froncent les sourcils.
Un moine vert et muet habite dans chaque arbre
et un ciel sans pupilles regarde le monde.

(Jorge Carrera Andrade)

 

 

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Saisir (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



Recueillir le grain des heures
Étreindre l’étincelle
Ravir un paysage
Absorber l’hiver avec le rire
Dissoudre les noeuds du chagrin
S’imprégner d’un visage
Moissonner à voix basse
Flamber pour un mot tendre
Embrasser la ville et ses reflux
Écouter l’océan en toutes choses
Entendre les sierras du silence
Transcrire la mémoire des miséricordieux
Relire un poème qui avive
Saisir chaque maillon d’amitié

(Andrée Chedid)

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MA MAIN DROITE (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




MA MAIN DROITE

Ma main droite sur la table,
si je l’appelais, m’écouterait-elle ?
Ma main droite sur la table
bonjour ma main droite, bonjour.

Ma main droite sur la table,
veinée, ridée, tachée de son.
Cela se voit, la main de ce vieillard
n’est pas rassasiée du monde.

Dur est le bois, douce la paume,
les cinq doigts s’ouvrent, se referment,
elle couvrira ta main, femme aimée,
ma main droite sur la table.

Ma main droite, ma main droite, ma main droite.

Ma main droite me couvre le visage
lorsque je sens venir les larmes.
Ma main droite me couvre le visage
lorsqu’une amitié meurt en moi.

Si je commets une faute grave,
mes yeux ont de moi grande honte,
mon coude à mon genou s’appuie,
ma main droite me couvre le visage.

Ma main droite me couvre le visage.
Il neige sur les bois, au-dehors.
Ma main droite me couvre le visage.
Je vogue vers un port tout en or.

(Nâzim Hikmet)

Illustration: Alison Skaggs

 

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Faire patience (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



Illustration: ArbreaPhotos
    

Faire patience
laisser la main courir
au vide
là-devant
Laisser planer
déliée
la main
La nuit et moi
cherchons d’amitié
un corps toujours à venir

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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Près de chaque être humain, il est une limite (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



Près de chaque être humain, il est une limite
Que ne peuvent franchir ni passion ni tendresse.
Que des lèvres se joignent en un silence affreux!
Que l’amour mette un coeur en pièces!

L’amitié ne peut rien ici, ni les années
De haut bonheur, de bonheur enflammé,
Quand l’âme est libre, étrangère
À la lente langueur des voluptés.

Ceux qui la désirent sont fous, mais ceux qui
Y parviennent sont frappés par l’angoisse…
Voilà. Tu as compris pourquoi
Mon coeur ne bat pas sous ta main.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Irina Kotova

 

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Le coeur pris par elle en secret (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



 

George Frederick Watts-« Choisir »

Le coeur pris par elle en secret

Toute grâce et toutes nuances
Dans l’éclat doux de ses seize ans,
Elle a la candeur des enfances
Et les manèges innocents.

Ses yeux, qui sont les yeux d’un ange,
Savent pourtant, sans y penser,
Eveiller le désir étrange
D’un immatériel baiser.

Et sa main, à ce point petite
Qu’un oiseau-mouche n’y tiendrait,
Captive sans espoir de fuite,
Le coeur pris par elle en secret.

L’intelligence vient chez elle
En aide à l’âme noble; elle est
Pure autant que spirituelle:
Ce qu’elle a dit, il le fallait

Et si la sottise l’amuse
Et la fait rire sans pitié,
Elle serait, étant la muse,
Clémente jusqu’à l’amitié,

Jusqu’à l’amour – qui sait? peut-être,
A l’égard d’un poète épris
Qui mendierait sous sa fenêtre,
L’audacieux un digne prix

De sa chanson bonne ou mauvaise!
Mais témoignant sincèrement,
Sans fausse note et sans fadaise,

(Paul Verlaine)

Illustration: George Frederick Watts

 

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