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Poésie

Archive for 26 mai 2018

Être aimé (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



 

Être aimé

Écoute-moi. Voici la chose nécessaire :
Être aimé. Hors de là rien n’existe, entends-tu ?
Être aimé, c’est l’honneur, le devoir, la vertu,
C’est Dieu, c’est le démon, c’est tout. J’aime, et l’on m’aime.
Cela dit, tout est dit. Pour que je sois moi-même,
Fier, content, respirant l’air libre à pleins poumons,
Il faut que j’aie une ombre et qu’elle dise : Aimons !
Il faut que de mon âme une autre âme se double,
Il faut que, si je suis absent, quelqu’un se trouble,
Et, me cherchant des yeux, murmure : Où donc est-il ?
Si personne ne dit cela, je sens l’exil,
L’anathème et l’hiver sur moi, je suis terrible,
Je suis maudit. Le grain que rejette le crible,
C’est l’homme sans foyer, sans but, épars au vent.
Ah ! celui qui n’est pas aimé, n’est pas vivant.
Quoi, nul ne vous choisit ! Quoi, rien ne vous préfère !
A quoi bon l’univers ? l’âme qu’on a, qu’en faire ?
Que faire d’un regard dont personne ne veut ?
La vie attend l’amour, le fil cherche le noeud.
Flotter au hasard ? Non ! Le frisson vous pénètre ;
L’avenir s’ouvre ainsi qu’une pâle fenêtre ;
Où mettra-t-on sa vie et son rêve ? On se croit
Orphelin ; l’azur semble ironique, on a froid ;
Quoi ! ne plaire à personne au monde ! rien n’apaise
Cette honte sinistre ; on languit, l’heure pèse,
Demain, qu’on sent venir triste, attriste aujourd’hui,
Que faire ? où fuir ? On est seul dans l’immense ennui.
Une maîtresse, c’est quelqu’un dont on est maître ;
Ayons cela. Soyons aimé, non par un être
Grand et puissant, déesse ou dieu. Ceci n’est pas
La question. Aimons ! Cela suffit. Mes pas
Cessent d’être perdus si quelqu’un les regarde.
Ah ! vil monde, passants vagues, foule hagarde,
Sombre table de jeu, caverne sans rayons !
Qu’est-ce que je viens faire à ce tripot, voyons ?
J’y bâille. Si de moi personne ne s’occupe,
Le sort est un escroc, et je suis une dupe.
J’aspire à me brûler la cervelle. Ah ! quel deuil !
Quoi rien ! pas un soupir pour vous, pas un coup d’oeil !
Que le fuseau des jours lentement se dévide !
Hélas ! comme le coeur est lourd quand il est vide !
Comment porter ce poids énorme, le néant ?
L’existence est un trou de ténèbres, béant ;
Vous vous sentez tomber dans ce gouffre. Ah ! quand Dante
Livre à l’affreuse bise implacable et grondante
Françoise échevelée, un baiser éternel
La console, et l’enfer alors devient le ciel.
Mais quoi ! je vais, je viens, j’entre, je sors, je passe,
Je meurs, sans faire rien remuer dans l’espace !
N’avoir pas un atome à soi dans l’infini !
Qu’est-ce donc que j’ai fait ? De quoi suis-je puni ?
Je ris, nul ne sourit ; je souffre, nul ne pleure.
Cette chauve-souris de son aile m’effleure,
L’indifférence, blême habitante du soir.
Être aimé ! sous ce ciel bleu – moins souvent que noir –
Je ne sais que cela qui vaille un peu la peine
De mêler son visage à la laideur humaine,
Et de vivre. Ah ! pour ceux dont le coeur bat, pour ceux
Qui sentent un regard quelconque aller vers eux,
Pour ceux-là seulement, Dieu vit, et le jour brille !
Qu’on soit aimé d’un gueux, d’un voleur, d’une fille,
D’un forçat jaune et vert sur l’épaule imprimé,
Qu’on soit aimé d’un chien, pourvu qu’on soit aimé !

(Victor Hugo)

 

 

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Dire qu’il faudra mourir un jour (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



Andrei Protsouk -ImpressioniArtistiche-14-Leaps of Rose
    
Dire qu’il faudra mourir un jour

Dir´ qu´il faudra mourir un jour,
Quitter sa vie et ses amours,
Dire qu´il faudra laisser tout ça
Pour Dieu sait quel au-delà.

{Refrain:}
Dir´ qu´il faudra mourir un jour. {2x}
C´est dur à penser, il faut bien le dire.

Dir´ qu´il faudra rester tout seul
Dans la tristesse d´un linceul
Sans une fille pour la nuit,
Sans une goutte de whisky.

{Refrain}

Dir´ qu´il faudra, bon gré mal gré,
Finir dans d´éternels regrets,
Moi qui voudrais plus d´une vie
Pour passer toutes mes envies.

{Refrain}

Dir´ qu´il faudra mourir d´ennui
En enfer ou en paradis,
Passer toute une éternité
Sans jamais pouvoir s´évader…

{Refrain}

Dir´ qu´il faudra mourir encor,
Moi qui suis souvent déjà mort,
Oui mort d´amour et de plaisir.
De quoi pourrais-je mieux mourir?

Dir´ qu´il faudra mourir un jour,
C´est dur à penser, mon amour.

(Georges Moustaki)

Illustration: Andrei Protsouk

 

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J’ai oublié le mot « lilas » (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



Illustration
    
J’ai oublié le mot « lilas »
qui ne me dit rien qui vaille.
Quelqu’un, pourtant, le murmure
très loin dans ma mémoire.
J’entends répéter « lilas, lilas ».
Tout mon corps sent le lilas.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

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Ne me tire pas de l’eau (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



Illustration: Paul Klee
    
Ne me tire pas de l’eau, oiseau.
Ne me cloue pas le bec, bavard.
Ne me crève pas les yeux, sorcier.
Ne m’oublie plus jamais, ami.
Ne coupe les roses que roses.
Ne fais l’enfant que pour aimer.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

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N’importe quoi, n’importe comment (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018




    
N’importe quoi, n’importe comment
quand le regard perd le regard
et se tourne vers lui-même…
Soudain, la cécité
amoncelle de nocturnes désordres.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

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Un homme de paille (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



Illustration: Warren Dennis    
    
Un homme de paille a mon amour
qui brûle en moi sans cesse.
Et nous nous étreignons
pour provoquer enfin,
de frottements en frottements,
l’incendie du grand soir.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

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Me déshabille (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



 Illustration: Henri Lebasque 
    
Me déshabille et provoque une érection
qui n’est qu’un arbre en l’air,
pour mieux mouiller le ciel.
Et mes saccades font trembler
le saint-frusquin, la dégelée.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

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Un homme de bleu (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



Illustration: Diane Maizel 
    
Un homme de bleu pénètre
en mon jardin secret.
Et tout devient miracle
même si, de leurre en leurre,
on finit par se perdre.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

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Les fées envahirent la maison (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018




    
Les fées envahirent la maison ;
nous reçûmes tous leurs baisers !
Mais elles nous piquèrent la langue
et nous perdîmes paroles.
Déserte, la demeure.
Et tant de bleu envahit
chambres et miroirs !

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

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D’une maison à l’orée de l’oreille (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018




    
D’une maison à l’orée de l’oreille
j’entends glapissements et cris.
Mais où vivent nos membres ?
Disséminés et à bout de souffle
ils s’éparpillent encore.
Sous la chambre et l’escalier.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

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