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Poésie

Archive for 2 juin 2018

Secret d’une patience infinie (Paroles Soufies)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



 

phénixl

Secret d’une patience infinie
Les vagues des désirs subjugués,
des paroles futiles,
des pensées inachevées
se gonflent, puis viennent mourir
sur les traces de ton silence.
L’âme dévêtue de ses souvenirs
s’enfouit dans la nuit profonde.
Écoute, ô ami, à l’heure féconde
le désir d’être
d’une source de vie.
Bois le vin frais et pur
que déverse sa blessure.
Vois naître sur tes sentiments transis
une rosée de saveurs.
Vois le feu sous la cendre
qui renaît après l’oubli
d’une intime douleur.

(Paroles Soufies)

 

 

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La douleur te tient (Guy Cloutier)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018


douleur

La douleur te tient
au plus pauvre de toi-même
c’est d’elle que tu reçois les mots
qui vont t’enfanter.

Rejoins-toi
sur ces terres défoncées d’où tu as si mal à revenir.

Ca remonte à la surface ça effleure
cette vie à l’intérieur de la vie
qui n’a rien à redouter.

Ni du temps.

Ni de la mort.

(Guy Cloutier)

Site de l\’Auteur Guy Cloutier

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A tuer (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



 

Derek Stefanuk  (4)

A tuer

Voici venir le printemps vague
Je veux être belle. Une bague
Attire à ma main ton baiser.

Aime-moi bien ! Aime-moi toute
Surtout jamais, jamais de doute.
Ta fureur ? Je vais l’apaiser.

J’ai mal fait. – Mais ne sois pas triste,
Enterre-moi sous la batiste.
Je meurs ! des coussins, des coussins !

A présent je serai bien sage
Tes bras autour de mon corsage
Et tes lèvres entre mes seins.

(Charles Cros)

Illustration: Derek Stefanuk

 

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Dormir et rire d’aise (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



 

Rockwell Kent 14

Dormir et rire d’aise, un sommeil : je divague ;
Dormons : le mal d’aimer, ô cœur, t’a ravagé ;
Et je me sens, ce soir, si follement âgé
Que je me crois le survivant d’un monde vague.

La nuit est formidable et triste à tout jamais,
Un souvenir qui hante emplit l’ombre déserte ;
Mon regret est futile et mon désir inerte
N’appelle plus l’espoir des rêves abîmés ;

Dormons: il n’est plus rien sous le crêpe d’azur
Où s’est drapée à tout jamais la vieille joie ;
Tes ailes, que le saint désir ouvre et déploie,

Retombent, ton espoir d’aimer est presque impur…
Je divague au retour des vaines lassitudes,
N’avions-nous pas rêvé d’autres béatitudes ?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Rockwell Kent

 

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Ce monde-ci n’est qu’une œuvre comique (Jean-Baptiste Rousseau)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



Ce monde-ci n’est qu’une œuvre comique
Où chacun fait ses rôles différents.
Là, sur la scène, en habit dramatique,
Brillent prélats, ministres, conquérants.
Pour nous, vil peuple, assis aux derniers rangs,
Troupe futile et des grands rebutée,
Par nous d’en bas la pièce est écoutée,
Mais nous payons, utiles spectateurs ;
Et, quand la farce est mal représentée,
Pour notre argent nous sifflons les acteurs.

(Jean-Baptiste Rousseau)

Illustration

 

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Je suis là (Mano Solo)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



 

Adolph Friedrich Erdmann von Menzel 1_3 [1280x768]

Je suis là
avec mon chien et l’eau qui coule du toit
dans toutes les casseroles
que j’ai traînées jusqu’ici
je reste là
j’écoute la trompette
ascenseur pour l’échafaud
une marche par an
une marche par jour
une marche par seconde
la dernière brûle les pieds
j’y rôtis depuis des mois
j’ai beau être un grand sorcier
qui répète sa litanie
plutôt crever que de crever
plutôt crever que de crever
et puis tiens
pourquoi pas
tout de suite là
maintenant.

(Mano Solo)

Illustration: Adolph Friedrich Erdmann von Menzel

 

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Épisode (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



Épisode

Un soir favorisé de colombes sublimes,
La pucelle doucement se peigne au soleil.
Aux nénuphars de l’onde elle donne un orteil
Ultime, et pour tiédir ses froides mains errantes
Parfois trempe au couchant leurs roses transparentes.
Tantôt, si d’une ondée innocente, sa peau
Frissonne, c’est le dire absurde d’un pipeau,
Flûte dont le coupable aux dents de pierrerie
Tire un futile vent d’ombre et de rêverie
Par l’occulte baiser qu’il risque sous les fleurs.

Mais presque indifférente aux feintes de ces pleurs,
Ni se se divinisant par aucune parole
De rose, elle démêle une lourde auréole ;
Et tirant de sa nuque un plaisir qui la tord,
Ses poings délicieux pressent la touffe d’or
Dont la lumière coule entre ses doigts limpides !
… Une feuille meurt sur ses épaules humides,
Une goutte tombe de la flûte sur l’eau,
Et le pied pur s’épeure comme un bel oiseau
Ivre d’ombre…

(Paul Valéry)

Illustration: Max Szoc Leuven

 

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Pourquoi donc renoncer à une croyance (Robert Frost)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



Duy Huynh (10) [1280x768]

Car pourquoi donc renoncer à une croyance,
Simplement parce qu’elle a cessé d’être vraie?
Si vous vous cramponnez à elle assez longtemps,
Sans le moindre doute elle redeviendra vraie.
Ainsi va le monde…

(Robert Frost)

Illustration: Duy Huynh

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Manque à vivre (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018


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Mon Dieu,
me voilà sans doute arrivé
à la fin de moi-même,
à deux pas de la fin, je le sens,
je le souhaite et j’en ai peur
et je m’en réjouis d’avance
comme d’un jouet
tout noir
inusable et superbe

(Bernard Dimey)

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CE CORPS DE MORT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018




CE CORPS DE MORT

Pardonné, purifié, de tout ce
Moi, que peut-il demeurer ?
De cet être formé
Pour et par le péché ?
Comment ces mains pourraient-elles être miennes,
Façonnées par tout le mal que j’ai fait,
La vie prise à des créatures,
Les coups donnés, les choses délicates brisées,
Frappées avec violence, les tissus végétaux déchirés,
Un autre être vivant touché avec rudesse —
Façonnées par la cruauté sans trêve de toute vie,
Pardonnées, ces mains devront mourir.

Pardonné, comment ce visage
Que la peur et la froideur,
L’aveuglement sans amour, la fatigue inquiète
Ont marqué, ont ridé,
Ces traits formés et composés
Par la futile indifférence,
La mesquinerie changeante et la violence cachée,
Comment ce visage pourrait-il être béni,
Qui porte témoignage d’une vie mal vécue ?

Chaque créature est la signature de ses actes.
La mouette pique de haut, façonnée par le vent et la faim,
Les yeux, le bec fouailleur et les fortes ailes blanches
Avivés, affilés, rendus beaux et puissants par le vent et par l’eau,
Les cris et les battements d’ailes murmurent la vérité
sacrée de son être.
L’homme agit mal : seul pur le chant
Issu des lèvres de l’amour, et le cri muet
Quand la douleur raille l’humain qui est en nous.

***

THIS BODY OF DEATH

Forgiven and made pure, what of all this
Self could remain?
This person formed
For sin, by sin?
How could these hands be mine,
Shaped as they are by all the ill I have done,
Life of creatures taken,
Blows given, delicate things broken,
Struck violently, green textures torn,
Another living being touched ungently-
Shaped as they are by all life’s restless cruelty,
Forgiven, these hands must die.

Forgiven, how could this face
That fear and coldness,
Unloving blindness, anxious weariness
Have marked and lined,
These features formed and framed
By trivial indifference,
Unstable pettiness and latent violence,
How could this face be blessed,
Bearing its record of a life lived amiss?

Each creature is the signature of its action.
The gull swoops, shaped by wind and hunger,
Eyes and scavenging beak, and strong white wings
Turned to a fine edge of beauty and power by wind and
water.
Scream and wing-beat utter the holy truth of its being.
Man acts amiss: pure only the song
That breaks from the lips of love, or the wordless cry
When grief or pain makes mock of all that is human in us.

(Kathleen Raine)

 

 

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