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Poésie

Archive for 3 juin 2018

Maintenant je sais ! (Jean Lou Dabadie)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



BeauxYeu 0

Maintenant je sais !

Quand j’étais gosse, haut comme trois pommes,
J’parlais bien fort pour être un homme
J’disais, JE SAIS, JE SAIS, JE SAIS, JE SAIS

C’était l’début, c’était l’printemps
Mais quand j’ai eu mes 18 ans
J’ai dit, JE SAIS, ça y est, cette fois JE SAIS

Et aujourd’hui, les jours où je m’retourne
J’regarde la terre où j’ai quand même fait les 100 pas
Et je n’sais toujours pas comment elle tourne !

Vers 25 ans, j’savais tout : l’amour, les roses, la vie, les sous
Tiens oui l’amour ! J’en avais fait tout le tour !

Et heureusement, comme les copains, j’avais pas mangé tout mon pain :
Au milieu de ma vie, j’ai encore appris.
C’que j’ai appris, ça tient en trois, quatre mots :

« Le jour où quelqu’un vous aime, il fait très beau,
j’peux pas mieux dire, il fait très beau !

C’est encore ce qui m’étonne dans la vie,
Moi qui suis à l’automne de ma vie
On oublie tant de soirs de tristesse
Mais jamais un matin de tendresse !

Toute ma jeunesse, j’ai voulu dire JE SAIS
Seulement, plus je cherchais, et puis moins j’ savais

Il y a 60 coups qui ont sonné à l’horloge
Je suis encore à ma fenêtre, je regarde, et j’m’interroge ?

Maintenant JE SAIS, JE SAIS QU’ON NE SAIT JAMAIS !

La vie, l’amour, l’argent, les amis et les roses
On ne sait jamais le bruit ni la couleur des choses
C’est tout c’que j’sais ! Mais ça, j’le SAIS…

(Jean Lou Dabadie)

 

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J’aime (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



J’aime,
je sens le tremblement
des arbres.

(António Ramos Rosa)

Illustration: Danielle Decollonge

 

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Heureux qui comme Ulysse reviens en sa maison (Charles Morgan)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Heureux qui comme Ulysse
Reviens en sa maison
Après un long exil
Et retrouve sa place
Retrouve la paix de ses rivières et collines
Entend de nouveau le langage des siens
Et les petits mots de tendresse qui n’ont de sens
Que pour lui

(Charles Morgan)

 

 

 

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Paix (Ephraïm)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Paix sur toi détresse au front déchirure
Paix sur toi tendresse meurtrie
Paix sur toi soleil qui sombre dans la mer
Sans bruit

Sans célébration et sans chant de l’union des contraires
Sans le tressaillement des noces de l’eau et du feu
Paix sur toi douleur offerte et tranquille
Paix sur toi mon âme sur ton goût d’exil
Paix sur tes larmes presque de sang
Paix sur toi tristesse calme
paix sur toi aurore promise
Paix sur toi ville splendide

Amour ne se mutile
Amour se divinise-

Paix sur toi néant que jamais ne goûtera ma vie

(Ephraïm)

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LES FRÈRES AINES (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



LES FRÈRES AINES

Oh ! combien que j’eusse aimés
Avec toute ma jeunesse
Combien de frères aînés
Sont morts avant que je naisse !

Encore tout affamés
D’une éternelle tendresse
Combien se sont résignés
A ce bonheur qu’on nous laisse.

De notre sort mécontents,
Nous sommes, de tous les temps,
De vagues troupeaux sans étable.

Mes frères insoucieux,
Saurons-nous tourner les yeux
Vers le seul bien véritable ?

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration

 

 

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HIRONDELLES (Jacques Madeleine)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



HIRONDELLES

Une minute avant l’ondée
Les hirondelles sont là-haut
Elles descendent aussitôt
De la profondeur insondée.

La rivière est déjà ridée
Par un frisson fait d’un sanglot ;
Elles viennent raser le flot
Avec leur aile intimidée.

Ô chère Muse, c’est ainsi
Que tu viens, délicate aussi,
Nous consoler par tes caresses,

Dans l’attente ou le souvenir
Des plus douloureuses tendresses,
Lorsque les larmes vont venir.

(Jacques Madeleine)

Illustration: Sylvie Lemelin

 

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La peau fleurit (Philippe Sollers)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



La peau fleurit

La beauté d’une femme désirée augmente,
celle d’une femme non seulement désirée mais aimée
rejaillit partout comme une apparition d’au-delà.

Les petits signes de tendresse accompagnent le phénomène,
une lumière nouvelle passe dans les yeux, les lèvres, les doigts.

Ada pose des baisers légers sur mon front, mes mains, mes oreilles.
Elle s’attarde sur mes pieds, mes épaules, mon cou.
Je viens de mourir, elle m’aime encore.

Malheureux celui qui ne s’est pas fait aimer comme un mort.
Il y a un mot pour cela : délicatesse.

C’est profond, intime,
et à fleur de peau.
La peau fleurit,

(Philippe Sollers)

Découvert ici: http://cetairderien.com/

Illustration: Luis Falero 

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L’ALPHABET DE TON COEUR (Hélène Laugier)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




L’ALPHABET DE TON COEUR

C’était un espace d’enfance et de paix
que je gardais au chaud,
loin des lois raides comme les saillies mortes,
les avenues sans arbres, sans mystères.
C’était ma plage, mon sous-bois
ma saison de sable et de mousse.
J’aimais ton regard, simplement,
toujours en errance vers de nouvelles dunes,
tes gestes de gosse noyé,
tes déraisons, ta pudeur,
tes déguisements inutiles
pour ameuter l’amour autour de toi
et ta faim de tendresse.

J’allais vers toi, les manches retroussées
comme on va au bain avec son petit.
J’allais me recueillir au coeur de ce hameau
où l’amour est une écolière encore
qui joue à la maîtresse.

Et voilà que je t’ai retrouvé
chargé de livres, de langues fossiles,
l’innocence perdue soudain,
accablé de science et de rhétorique
étrangères comme des prostituées
qui ne donnent rien.
Et j’ai compris alors
que tu t’étais égaré dans l’alphabet de ton coeur

(Hélène Laugier)

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L’oubli inassouvi (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



L’avare rayon sème d’une once froide
La lumière dans l’humide forêt.
Et moi, je porte en mon cœur lentement
Comme un oiseau gris, la tristesse.

Que puis-je faire d’un oiseau blessé ?
Le firmament se tait, se fige.
Du clocher cerné de brouillard,
On aura dérobé les cloches.

Et la muette, l’orpheline
Altitude à présent se dresse
Comme une blanche tour déserte
Où sont la brume et le silence.

Le matin, insondable de tendresse,
La demi-conscience et le demi-sommeil
Et l’oubli inassouvi,
Des pensées le brumeux carillon…

(Ossip Mandelstam)

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Leur coeur est ailleurs (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018


 

Leur coeur est ailleurs

Leur coeur est ailleurs
Au ciel peut-être
Elles errent ici en attendant
Mon coeur est parmi d’autres astres parti
Loin d’ici
Et sillonne la nuit d’un cri que je n’entends pas
Quel drame peut-être se joue au loin d’ici?
Je n’en veux rien savoir
Je préfère être un jeune mort étendu
Je préfère avoir tout perdu.

Pour chapeau le firmament
Pour monture la terre
Il s’agit maintenant
De savoir quel voyage nous allons faire

Je préfère avoir tout perdu
Je préfère être un jeune mort étendu
Sous un plafond silencieux
À la lumière longue et sans heurt de la veilleuse
Ou peut-être au profond de la mer
Dans une clarté glauque qui s’efface
Durant un long temps sans heures et sans lendemain
De belles jeunes mortes, calmes et soupirantes
Glisseront dans mes yeux leurs formes déjà lointaines
Après avoir baisé ma bouche sans un cri
Avoir accompagné les rêves de mes mains
Aux courbes sereines de leurs épaules
et de leurs hanches
Après la compagnie sans cri de leur tendresse
Ayant vu s’approcher leur forme sans espoir
Je verrai s’éloigner leur ombre sans douleur…

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Paul Delvaux

 

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