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Poésie

Archive for 3 juin 2018

Leur coeur est ailleurs (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018


 

Leur coeur est ailleurs

Leur coeur est ailleurs
Au ciel peut-être
Elles errent ici en attendant
Mon coeur est parmi d’autres astres parti
Loin d’ici
Et sillonne la nuit d’un cri que je n’entends pas
Quel drame peut-être se joue au loin d’ici?
Je n’en veux rien savoir
Je préfère être un jeune mort étendu
Je préfère avoir tout perdu.

Pour chapeau le firmament
Pour monture la terre
Il s’agit maintenant
De savoir quel voyage nous allons faire

Je préfère avoir tout perdu
Je préfère être un jeune mort étendu
Sous un plafond silencieux
À la lumière longue et sans heurt de la veilleuse
Ou peut-être au profond de la mer
Dans une clarté glauque qui s’efface
Durant un long temps sans heures et sans lendemain
De belles jeunes mortes, calmes et soupirantes
Glisseront dans mes yeux leurs formes déjà lointaines
Après avoir baisé ma bouche sans un cri
Avoir accompagné les rêves de mes mains
Aux courbes sereines de leurs épaules
et de leurs hanches
Après la compagnie sans cri de leur tendresse
Ayant vu s’approcher leur forme sans espoir
Je verrai s’éloigner leur ombre sans douleur…

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Paul Delvaux

 

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Il suffit d’un mot (Nicole Barrière)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Une invisible rumeur enfle au bord des lèvres.
Quelque chose assèche le désir, vertige,
sensation de danger,
silencieuse et violente,
menaçante, l’arrête.
Caresse l’horizon,
ose le voyage,
apprivoise la sérénité,
existe au sud du silence,
respire la planète
Prend racine avec la sauvage et fragile,
La trace de la même ombre,
Le même sillage d’une question

Des bouquets de soleil mûrissent
Le vol et la plume rendent léger le monde
Sans froisser le silence
Parfois, sur le papier
Il suffit d’un mot.
L’Autre renaît du mouvement de danse en soi,
l’ensorcelle, l’enchante, le brise, le poursuit,
le dénoue, déroule sous ses pas, le retient, le dessine,
affleure le mal d’aimer,
l’efface dans une plainte de la nuit.

Au pas de rencontre,
le silence a envahi le creux du temps,
recelé les mots sous la peau de l’âme,
vacillements, blessures, larmes, peurs, émois,
le tréfonds de vivre dans le silence fertile de l’amour.

Ancienne, cette faille où je perds et je résiste,
Dire, il faudrait dire la tendresse
A toi qui attends, qui entends?
Ce murmure qui, à peine s’entend
Dans les battements lents devenus doux
Un souffle, un sourire, quelques mots
Dire la lumière sans la peur de dire la douleur qui
sépare les larmes dans la nuit
Dire les pauvres mots dits et l’enveloppe bleue de la terre,
tourment d’être ensemble
et tourment d’être séparé de l’onde et de l’arbre,
cette heure où les yeux de l’âme
frissonnent au regard de l’autre
ou du frisson
à l’appel de son nom

Immobiles nos racines d’arbres frissonnent
d’attendre l’arrachement possible à la lumière d’y croire,
ce temps foudroyé de l’attente
apprivoise l’orage
entre le vent et la pierre.

(Nicole Barrière)


Illustration: Tamara Lunginovic

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Allongé sur le lit (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018


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Allongé sur le lit le soleil me fait grâce
Je garde encore la tendresse de la nuit

Le contact sans fin de la nuit
Dans les îles chaudes du cœur

(Paul Eluard)

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Le chat dans le champ (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018


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Le champ fraîchement labouré ressemble à
un gâteau au chocolat.
Le chat se roule et se roule dans la tendresse
de la terre – jusqu’à l’ivresse.

(Henri-Frédéric Blanc)

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Le froid a tendu ses cordes de glace (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Le froid a tendu ses cordes de glace
Au-dessus des maisons.
Les oiseaux dansent.
Et parfois une étoile tombe la tête la première.
Les éclats de givre se faufilent dans les chemins
Résonnent aux portes
Crépitent dans les cheminées.
Dans les flammes les amoureux lisent leur avenir brodé d’or
Menacé par le bleu.
Ils arriveront une fois encore au bout de l’année,
La tendresse sur l’épaule
Fatigués et silencieux.

(Yvon Le Men)


Illustration: Vladimir Kush

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CHANSON DE LA ROSE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



CHANSON DE LA ROSE

Ô fille au coeur farouche
C’est ce que vous vouliez :
La rose qu’à sa bouche
Portait un chevalier

Qui revenait de guerre
Derrière les tambours,
Les tambours sont de pierre
Mais la fleur est d’amour.

Comme une flamme éclate
En or en pourpre et feu
Une rose écarlate
Saigne sur le ciel bleu.

Roses fleurs de tendresse
Aux jardins du passé
Où mon amie vous tresse
Aux bouquets enlacés,

L’autre est entre ses lèvres
Et c’est son cher parfum
Qui doucement se lève
Sur notre amour défunt.

(Maurice Fombeure)

Illustration: Salavador Dali

 

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Il faudrait dire, je crois : à l’origine était l’angoisse (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Il faudrait dire, je crois : à l’origine était l’angoisse.
Parfois il me semble que, si j’arrivais à décrire l’angoisse,
j’en serais délivrée. Mais on ne décrit pas l’angoisse. On l’habite.
Elle vous habite.
Elle est cette constriction affreuse, ce poids,
cette présence intolérable du mystère, de l’inconnu, de l’incompréhensible
— tout cela ne dit rien — cette présence de la mort dans la vie.
Le coup de couteau des souvenirs, le déchirement des tendresses disparues.
La pensée est une blessure, même quand elle n’est pas encore l’obsession,
le remâchage sans fin des hantises.
Mais, sans pensée même, l’angoisse est là.
Et il faut se taire

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Gao Xingjian

 

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Génération de mon père (Tawara Machi)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018


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Ne pas bien savoir
exprimer sa tendresse lui était pardonné
Génération de mon père

(Tawara Machi)

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Les grains de charbon, la vitre fêlée (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Les grains de charbon, la vitre fêlée, chaque fois ma vie recommençait.
Les bois germaient et les maisons où je ne connaissais personne,
les champs où l’homme n’était plus qu’une silhouette.
Ils passaient, je passais.

Des souvenirs seule me restait la tendresse indistincte
qui glissait de moi sur le monde.
Et maintenant où je m’en fonce dans mes fantômes ? Je danse !
Fraternel le petit nuage qui me frôle, diaphane entre terre et ciel.

Moi sans vous ?
Moi qu’un pas loin de vous arrache à soi-même
et qui partout vous emporte dans ma poche de sarigue ?
Ah rendue au vent, au tourbillon, à la solitude du soleil !
Ah sauvage !

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Pierre Corratgé

 

 

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Quand la vague a frappé sur la roche indocile (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Quand la vague a frappé sur la roche indocile
qu’éclate la clarté en instaurant sa rose
le cercle de la mer s’amasse en une grappe
et pend en une seule goutte de sel bleu.

Oh radieux magnolia délié dans l’écume,
voyageur magnétique et fleuri dans la mort,
dans l’éternel retour de l’être et du non-être :
sel brisé, éblouissant mouvement marin.

Mon amour, tous les deux, nous scellons le silence,
la mer a beau ruiner ses statues incessantes
et renverser ses tours de folie, de blancheur,

nous, dans la trame de cette étoffe invisible
que font l’eau emballée et le sable éternel,
nous maintenons la tendresse unique et traquée.

***

Al golpe de la ola contra la piedra indócil
la claridad estalla y establece su rosa
y el círculo del mar se reduce a un racimo,
a una sola gota de sal azul que cae.

Oh radiante magnolia desatada en la espuma,
magnética viajera cuya muerte florece
y eternamente vuelve a ser y a no ser nada :
sal rota, deslumbrante movimiento marino.

Juntos tú y yo, amor mío, sellamos el silencio,
mientras destruye el mar sus constantes estatuas
y derrumba sus torres de arrebato y blancura,

porque en la trama de estos tejidos invisibles
del agua desbocada, de la incesante arena,
sostenemos la única y acosada ternura.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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