Arbrealettres

Poésie

Pavot (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



Pavot

Autrefois j’étais la fleur du sommeil;
mais le sommeil ne suffit plus à l’homme pour oublier ses maux.
L’homme ne veut plus dormir, il faut qu’il rêve.
J’étais l’oubli, je suis devenue l’illusion.
Il m’a frappée au coeur, et il a bu le sang qui coulait de ma blessure.

Hélas! pour moi depuis ce jour, plus de tranquillité,
plus de bonheur, plus de joie!
Dès que ma tige s’élève un peu au-dessus de la terre,
le fer s’approche de moi, on me perce le sein,
d’où s’échappe la liqueur qui donne les visions,
ces longues ivresses de la tête et du coeur.

Dès que l’homme m’a approché de ses lèvres,
son âme prend des ailes; elle quitte la terre.
Elle retourne vers le passé ou s’élève vers l’avenir.
Elle plane sur le souvenir ou sur l’espérance.
Quel génie malfaisant a révélé à l’homme l’existence
du philtre renfermé dans mon sein;
de ce philtre qui est la cause funeste de ma mort?

Mais pourquoi me plaindre?
Je suis semblable au poète:
les hommes lui doivent leurs plus douces jouissances,
leurs plus charmantes illusions, et il est leur première victime.

(J.J. Grandville)

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