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Poésie

Archive for 14 juin 2018

Le monde (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018




    
Le monde est le second terme
d’une métaphore incomplète,
une comparaison
dont le premier élément s’est perdu.

Où donc est ce qui était comme le monde?
Envolé de la phrase
ou est-ce nous qui l’effaçons ?

Ou serait-ce que la métaphore
a toujours été tronquée ?

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Si je suis dans ton сoeu (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018




    
Si je suis dans ton сoeuг écoute mes pensers
Que ta main soit belle ta main droite
Que ton sein soit blanc bleuté irisé de jaune, ton
coeuг gauche
Avec sa pointe en mouvement de rose vieille

Que ton ventre poli
Soit doux amer
Urne blonde pendue
Sur ses grands cintres

Que ton dos s’achève en montagnes triomphantes
Par delà les vallées sans crainte
Que la gravité de ta voix soit l’écho de l’odeur secrète

Que le silence de tes cheveux se répande sur tes
épaules pour faire dans une boucle se dérouler
l’éternel.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je ne connais pas vos mains (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018




    
Je ne connais pas vos mains elles ne sont jamais les miennes
Je ne connais pas ces colonnes qui vous font séduisante au marché
L’orchidée blonde de votre ventre eut des bontés pour d’autres veines
Que celles de mon imagination nue et montrée sans majesté;
Non je n’ai point fréquenté le salon de votre beau
corps décoré par la fureur de colombes et de vents d’orage
N’ayant su parler votre langue à votre bouche de flatterie
je vous ai perdue en voyage
Ô Renommée ou fille implacable en un désordre de lingeriе.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ô PLAIGNONS-Nous (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Tip Toland
    
Ô PLAIGNONS-Nous dans le déchirement de nos amours
Ô plaignons celui qui perd et plaignons ce qui est perdu
Plaignons la perte du plus beau corps jamais à nu
Dont les étreintes ont composé musique si belle!
Plaignons ce qui doit passer sous l’arc sanglant de cette mort
Laissant ses bien-aimés pleurant et lui-même péché privé
De la dernière main du dernier baiser peints
Formant au retable des morts une dernière prédelle :
Privé de comprendre même en quoi il se jette au dehors.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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Si tu reviens un jour (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Orina Kafe
    
Si tu reviens un jour, сhère fille des rues
Plus pure qu’une princesse du sang
Plus serve qu’une esclave d’Éthiopie,
Que ce soit sous l’aspect d’un cygne ou de l’ombre défunte errant;
Je te saluerai d’un sourire aussi douloureux que le sort
Et sobrement j’attendrai que ta lèvre aussi sourie
Et si j’invoque la misère avec l’anneau de la chair nue
Je dirai le langage pur des amours proches de la mort.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ô BEAUTE INALTERABLE (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Elizaveta Porodina
    
Ô BEAUTE INALTERABLE, inexplicable
Intouchable dans le drapé du sein et inoubliable
Harmonie en absurde infini et hautaine et vibrante non moins fulgurante adorante
Comme est le corail rose de la femme humaine,
Маtièrе étroite des mystères, que nul amant fils de mystère n’a jamais eu force d’atteindre,
Et froide, au milieu de tes astres de feinte :
Оn te nomma éternité, on ne te rencontra jamais en un jour non mortel d’amour,
On ne te posséda jamais, оn eut désir de ton amour, de ton inaccessible amour.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ô DONNE-MOI TON CORPS (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018




    
Ô DONNE-MOI TON CORPS ouvert en grand secret
La où la profondeur est énorme et sauvage
Où le temps est perdu dans l’abîme оù l’ardeur
Se consume parmi l’unique et le ravage

Ô vie! organe empli des forêts et des mers
Donne-moi l’unité par ma superbe épouse
Moi-même, pour brûler de l’amour décharné
Que demande l’esprit sans homme et sans épouse.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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UN INFINI CHAGRIN (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Lawrence Alma-Tadema
    
UN INFINI CHAGRIN sort des passes d’amour
Même riches de coeur, et grandit la méprise
A partir des toisons d’un piédestal sacré
Sur lequel nue on a installé la déesse;

Les charnelles poussées en mourant se déplacent
Et doivent dans le non-charnel avoir accès
Pour finir apaisement tremblant : qu’elles reforment
Dans un beau vers noirci tout l’émoi transmué!

Le vers qui dit le seul Amour sans un objet
La seule effusion dans le sein de mon père
Participant à notre plus triste secret.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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APRES AVOIR SOUFFERT (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration 
    
APRES AVOIR SOUFFERT d’un orage nous sommes
Blessés par le tonnerre ancien, dont tout l’amour
Fut de nous éprouver. La fragile personne
A peut-être grandi dans ces éclairs mués,

Mais le corps retentit de douleur dans les membres
Il mesure le temps qui lui reste à mourir
Tandis que par surprise il lit quelques sourires
Sur les faces inconnues, sur les arbres toujours verts.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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FAIM (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration
    
FAIM

La machine débraye. Une poussière lourde
En sort comme un brouillard d’automne qui s’attarde.
Tous ces hommes courbés dont les nuques se tordent
Ils mangent maintenant. Poisseux, fleurant la merde,
Leur linge refroidit, la sueur l’entrelarde.
Midi. Bâfrez du pain, allons passez la gourde !
Pas de mie et pas de minute qui se perde,
Et pas plutôt mordu, la faim veut qu’on remorde.
On ne sait déjà plus rien du temps qui passe outre,
Chaque morsure n’attend pas et mord sur l’autre,
Mais ils mâchent à fond chaque morceau. Leurs rouges
Poumons de paysans boivent, encore valides,
Les miasmes noirs. Mâchant tout ce charbon malade,
Ils mangent. Ces mangeurs ne parlent pas. Ils mangent.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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