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Poésie

Archive for 14 juin 2018

EST-CE DE L’AMOUR (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Bernard Fideler
    
EST-CE DE L’AMOUR

Qu’on te regarde… et de fureur,
Mes rudes poings veulent s’abattre.
Je hais le goût du miel douceâtre.
Seul ton visage est baigné de splendeur.

Que me vaut le vent de la vie, infâme peste !
Je méprise des yeux tout l’horizon céleste.
Et quand il faut pleurer… tarde, tarde mon pleur.
Et tout sentiment m’abandonne.
Suis-je amoureux?… je ne sais plus vraiment.
Mais je sais bien que je deviens dément.
Ma lèvre de bronze frissonne,
Implore un baiser… quelques riens,
Ma lèvre s’évertue,
Mendiante et têtue.
Mais toi, sauve-toi de mes mains !
Ou je te traînerai partout, gare à ma pogne !
Youpi! je tue ! je cogne !

Orgueilleuse, regarde un peu
Ces lâches poings qui laissent des blessures.
Sur les restes des morts tout noircis par le feu,
Baise-moi follement! Et que, de mes mains dures,
J’enroule ton cheveu.
Je veux goûter ta lèvre si pulpeuse.
Qui doutait, je te prie, que tu tiendrais, heureuse,
La vie entre tes bras ? J’en suis le jeune dieu!

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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COLLIER DE PERLES (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Auguste Macke
    
COLLIER DE PERLES

Perles… rare collier… pures gouttes de pierre :
Sonnet… à son épaule apporte ta fraîcheur.
Je t’offre à cette femme. Et pourtant, plein d’ardeur,
Étrangle-la, Sonnet, si, ne daignant se taire,

Elle répond au scélérat cossu, prospère.
Sonnet, maudis-nous tous… si la fuit le bonheur.
Ses rêves, défends-les comme on défend la fleur.
Jette ton feu dès que se mouille sa paupière.

Tous mes pleurs sont pour elle. Oh! ne le dis jamais !
Elle en rirait. Tous les poèmes que je fais,
Mais ne le lui dis pas non plus, tous, sont pour elle.

Dans l’immense folie aboutit mon chemin.
Mais quand brille, à minuit, ta lumière si belle,
Sur ses cheveux, pour moi, dépose un baiser fin.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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CHAMP DE MAÏS (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018




    
CHAMP DE MAÏS

Assis dans le mais… j’attends. Mais quoi ? Serait-ce
Le cri de la corneille et le si bel instant
Où la mésange, par son chant,
Fait en sorte qu’il cesse ?

J’aime le tendre azur du soir au souffle frais.
J’en suis tout entouré. Doucement, il m’assaille.
Je pense à toi. C’est un délice. Et je voudrais…
Ceindre ta souple taille.

A présent, je suis seul. Le soleil vient de fuir.
La terre, sous mes pieds, commence à refroidir.
Survolant la sente muette
Ulule la chouette.

Le soleil vient de fuir et j’attends mais en vain.
Je t’attends. Viendras-tu? Reverrai-je tes charmes?
Je pleure sur mon coeur. Tombent de mon chagrin
Quelques secrètes larmes.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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UN HOMME IVRE SUR LE RAIL (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018




    
UN HOMME IVRE SUR LE RAIL

Étendu sur le rail un homme ivre repose;
Son poing gauche est crispé sur la gourde qu’il tient;
Il ronfle et dort baigné dans le petit matin;
La nuit sur le chemin fuit et se décompose.

L’humble brise nocturne a paré tendrement
Ses cheveux dispersés de cendre et d’herbe grêle;
La rosée irisée l’éclabousse de ciel.
Il gît : son torse seul palpite par moments.

Son bras droit est pareil à la traverse dure.
Il est comme blotti sur le sein maternel,
Ce jeune gars est vêtu de pauvres déchirures.

On pressent le soleil dans le cadre du ciel,
Un homme ivre repose et le rail, tout à coup,
D’un tremblement qui gronde et grandit, le secoue.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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LOUÉ SOIT (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Christian Schloe
    
LOUÉ SOIT

Prends ton envol, ô ma rose charmante,
Et soit loué ton mensonge qui chante !
Sois éternelle, aube frôlant son coeur,
Comme est en moi la séduisante fleur.

Vol d’oiseaux morts sur un rocher sans vie,
Telle est mon âmе aux yeux de mon amie
Qu’elle voie donc cette fleur en son sein,
Même incolore et qui n’exhale rien !

Car je lui dois, et qu’elle en soit louée,
Le grave instant où j’eus l’âme comblée :
A cet instant, dont je surpris le flux,
Tous mes cristaux, en pleurs, se sont fondus.

A son sommet : d’étranges lueurs sombres…
Où glisse-t-elle en moi parmi les ombres ?
De l’intérieur, elle brûle mes yeux.
Mais loués soient ses perfides aveux !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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ÉLOGE DE LA BEAUTÉ FÉMININE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Christian Schloe
    
ÉLOGE DE LA BEAUTÉ FÉMININE

Il faudrait que survint quelqu’un d’autre que moi
Et qu’il te saluât avec plus d’éloquence,
Admirant ta beauté sans bégayer d’émoi,
Un peu fou, hardi, vif, encore dans l’enfance.

«Beauté, te dirait-il, où que mènent tes pas
C’est pour toi que surgit la flamme du génie
Et l’esprit créateur perçoit dans tes appas
L’oeuvre antique et divine, admirable harmonie.

En attendant sur ton trône le Jamais Vu,
L’artiste à l’oeil altier te tient en déférence.
Tu fais tomber d’un mot, à peine est-il conçu,
Les murs de Jéricho de notre indifférence ! »

Ainsi dirait-il. De sa lèvre fuserait
Un hosanna pour toi comme celui du prêtre
Adorateur du feu dans l’épaisse forêt
Et qui voit près de lui les flammes apparaître.

Belle Réalité qui fais baisser les veux,
Mon âme veut cueillir une dernière rose,
Et répandre son eau, jardinier malheureux,
Sans un mot, devant toi, sur sa robe déclose.

II
Tel Désir du faucon qui veut qu’elle succombe,
Qui d’un coup d’aile ardent pourchasse la colombe,

Je poursuis quant à moi la timide beauté,
Car dans le sombre ciel de mon coeur attristé
Le regard de la Belle a versé la lumière.
Tout en la bénissant, il attend la voix chère
Qui saura le louer. Si je puis la saisir
Je la déchirerai, pourtant, tel le Désir

Du faucon en plein ciel qui poursuit la colombe
De son coup d’oeil puissant, qui veut qu’elle succombe !

Petit oiseau chétif que la pluie a trempé,
Ne sachant dignement alerter ta beauté,
Me débattant au sol, je traîne mon plumage
Et j’attends tout tremblant que sourie ton visage;
Qu’elle me sourie donc, puisque je me débats !
C’est l’hommage, le seul, digne de ses appas.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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L’AMOUR, AU SOIR, INSPIRE LE РOÈTE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



    

L’AMOUR, AU SOIR, INSPIRE LE РOÈTE

Au coeur de la forêt se taisent les corneilles;
Mon âme a délaissé ses plus sombres soucis,
La lune vierge envoie ses baisers indécis,
Ses caresses vermeilles,
Aux branches que couronne un millier de bourgeons.
Sur ce nouvel amour glisse ton blanc visage,
Tout se tait : prés, bois, ciel. Aucun bruit. Nul orage.

Et se taisent aussi les plus fières chansons.
Mais finiront un jour ces exquises merveilles,
Ce miracle éternel. Par de nouveaux soucis
Les coeurs seront transis.
As seront pris d’assaut comme le sont les treilles
Que la corneille coiffe. Et la lune en déclin
Mon rêve entraînera. Le combat sera triste.

Et sur ce point, j’insiste :
Il sera, je le sais, décidément mesquin.
Je suis Dieu, infime clochard. J’attends la brune…
Pour créer de mes mains une nouvelle lune.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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LES ADIEUX D’UNE FEMME DOUCE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Edvard Munch
    
LES ADIEUX D’UNE FEMME DOUCE

Par les champs onduleux aux subtiles senteurs
Emportant ses baisers, derviche, en terre nue,
Sage et triste fakir ta femme est devenue,
Foulant la violette et n’offrant plus de fleurs !

Que n’es-tu sous mes yeux ombre fière et brillante
Suivant ma trace douce et pleine de gaîté…
Le ciel brun s’est défait de son azur d’été
Et fantôme, à présent, ton éclat se lamente.

Autant que l’infini je suis calme pourtant;
Comme la feuille aussi sur la mer qui respire.
Je veux aborder l’homme en sachant lui sourire,
Mais nul à mes côtés ne peut être présent.

Oui, les murs de ma vie ont pleuré de tristesse
Sans avoir épousé le soleil plein d’ardeur.
Mais je ne pleurai pas quand m’atteignit au coeur
L’adieu que je dus faire à tout ce que je laisse.

Comme un parfum, qu’il soit léger, mon souvenir
Vers le ciel envolé. Pour toujours, qu’il s’y pose.
Maint bûcher de mon coeur éclose comme rose !
Et fume mon amour, dont j’eus tant à souffrir.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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IL PLEUT (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



    
IL PLEUT

1
Il pleut, il pleut avec fureur,
Une humide poussière a tremblé sur nos vies;
Toi, tu gifles et claques, ô Tonnerre, et tu cries !
Sur chaque coeur,
Écoute, entends… on tambourine…
Perçois-tu ces coups répétés ?

Courir, courir dessous la pluie si drue, si fine,
Nu, les bras écartés,
Comme pour en découdre,
Vers des forêts !
Il pleut, il pleut. Mais toi, que tends-tu tout exprès
Ta si petite paume au-devant de la foudre ?

Qui nous sert cette pluie ? Un vent joueur et frais.
Aimant violenter les beaux cheveux défaits
Des filles, écho rude à la tendre avalanche
De leur rire de soie.

Feuilles sèches au coeur imparfait, sur la branche
J’entends craquer votre plainte cent fois.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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