Arbrealettres

Poésie

JEUNE FILLE (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Illustration: Antoine Wiertz 
    
JEUNE FILLE

I
Amour de jeune taille
Cheveux bleus ou bien blonds dents fraîches seins mouvants
Jambes de guêpes assassines portant l’entaille
Fraîcheur de coeur insensé dans le vent!
Que vous fait un visage austère de larmes sèches, que vous fait ce visage entrevu et errant?
Enfant de jeune amant qui déjà savez tout ce qu’il faudra savoir.
Qui allez retrouver le dieu dans ses hauts langes,
Que vous donne le visage intense et d’expérience,
où se sont arrondis autant de ciels chanteurs, que la douleur acquit aux formes d’un lit noir?
Amour de volupté que vous fait la tristesse
Vous n’êtes point la femme morte ô jeune taille :
Le vent du soir, flatté d’ironie et promesse, ah! qu’il frappe pour vous le visage du chant
Et fuyez! jambes de guêpes portant l’entaille.

II
Votre grâce, ah la naissance de vos yeux
Le cri subtil silencieux de l’ensemble de votre corps quand il se pose sur l’espace qu’il charge de ses fleurs amères
La paresse de votre main entièrement pareille dans les jeux
A la servante du temple quand elle annonce les mystères;
Le désir de votre fraîcheur lorsque votre âme de raison arrive aux portes rosées
De votre bouche pour parler sinueusement parmi nos murs
De forêts encombrées et de dragons barbus avant l’orée du soir
Dont vous avez rêvé nue en les songes de votre nuit par mille essoufflements obscurs;
La caresse de votre jour étant simplement assise
Par la présence irréfutable et quand vos pointes de seins se lèvent
A chaque communion avec l’air souple de la vie où l’enfance vous est promise :
Le vague occupant votre amour et l’innocence vos chagrins.

III
Suprême dissonance géante dans la consonance de l’ог
Dans la constance d’un orchestre amour du jugement immense
Dans le déchirement d’enfance double requiem des morts
La forme du son par la mort, le sein inconnu de la mort, et le jeune ange par la mort et l’artiste entier vers la mort;
Chantant l’insouciance des seins
Chantant la promesse du règne et la valse du sourire,
Chantant le fond noir du tonnerre! alors rébellion dans les chutes, et toutes murailles de l’amer,
Chantant l’atome explorant l’horreur et l’épouvante de finir, avec impossible boussole au souffle marin du délire;

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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