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Poésie

Archive for 15 juin 2018

Penser, c’est comme aimer (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018




    
Penser à un homme ressemble à le sauver.
La poésie ressemble aussi au salut, qu’il existe ou non.
Penser, c’est comme aimer.
Faire la pensée à deux, comme on fait l’amour.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Le poète (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Illustration: Ulrich Ensingen
    
Le poète cultive les fissures.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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DIVIDENDES DU SILENCE (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Illustration: Allison Soong   
    
DIVIDENDES DU SILENCE

Que peut écouter une oreille
quand elle s’appuie sur une autre?

L’absence de la parole
est un long signe moins
qui se dessaisit de son chiffre.

La couleur est une autre façon
de rassembler le silence.

La forme est un espace distinct
qui fait pression sur l’autre espace
comme le ferait une écorce.

Un oiseau recule
devant un soleil carré, noir
et s’arrête à l’envers sur le fil métallique
où se tait une pensée.
Et la pensée recule à son tour devant l’oiseau
comme l’élastique d’une fronde
qui lance des projectiles de silence.

Un poisson affolé
éparpille le coeur de l’eau
au centre de l’Homme
pour y ouvrir l’espace
où peut nager
le silence du poisson,
son acrobatie d’absence.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Тu n’as pas de nom (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Illustration: Salvador Dali
    
Тu n’as pas de nom.
Peut-être rien n’en a-t-il.

Mais il est tant de fumée répartie dans le monde,
tant de pluie immobile,
tant d’Homme qui ne peut naître,
tant de plainte Horizontale,
tant de cimetière à l’écart,
tant de vêtements morts
et la solitude occupe tant de gens,
que le nom que tu n’as pas m’accompagne
et le nom que n’a rien crie un lien
où la solitude est de trop.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Je ne sais si tout est dieu (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Je ne sais si tout est dieu.
Je ne sais si quelque chose est dieu
Mais toute parole nomme dieu:
soulier, grève, coeur, autobus.

Et-plus,
autobus incendié,
vieux soulier,
grève générale,
azur près des ruines.

Et plus encore,
autobus sans homme,
soulier sans semelle,
grève générale des morts,
coeur dans les ruines de l’air.
Et plus encore,
autobus immobile pour dieux,
soulier pour aller dans les mots,
grève des morts en guenilles,
coeur au sang des ruines.
Et plus.
Mais n’importe.
J’ai fini de prier.
Je vais chercher maintenant le dos de dieu.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Briser aussi les mots (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018




    
Briser aussi les mots,
comme s’ils étaient des alibis face à l’abîme
ou des cristaux trompés
par une conspiration de la lumière et de l’ombre.

Puis parler avec les fragments,
avec des morceaux de mots,
puisqu’il n’a servi de rien ou presque
de parler avec les mots entiers.

Reconquérir le balbutiement oublié
qui répondait à l’origine aux choses
et laisser les fragments s’assembler tout seuls,
comme se soudent les os,
comme se soudent les ruines.

Parfois l’épars précède l’entier,
les parties d’une chose précèdent la chose.
L’apprentissage de l’unité
est encore plus humble et incertain
qu’on ne le soupçonne.
La vérité est aussi peu sûre
que sa négation.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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L’imparfait (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018




    
Peut-être devrions-nous apprendre que l’imparfait
est une autre forme de la perfection :
la forme que la perfection assume
pour pouvoir être aimée.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Le possible (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018




    
Le possible п’est qu’une province de l’impossible,
une zone réservée
pour que l’infini
s’exerce à être fini.

Pourtant,
chaque exercice ou expérience
de l’infini dans le fini,
de l’impossible dans le possible,
découvre derrière un creux
et tôt ou tard se retourne,
se met à l’envers,
comme le manche ou le revers d’un habit mal coupé.

Vivre n’est possible que pour un instant
et mourir aussi n’est possible qu’un instant.
Mais dans le fond vivre est impossible
de même que mourir.

De même que penser ou aimer.

Ne demeure dès lors
qu’une voie praticable :
que l’infini s’exerce directement dans l’infini,
que l’impossible s’exerce immédiatement dans l’impossible.
Et que les habits se portent à l’envers dès le début,
que la rose transfère son parfum à la pensée,
que l’amour troque pour des roses ses mains farouches
et que la mort grimpe au mât de cocagne
et de là-haut annonce rudement
que tout ceci a été un essai maladroit
et que pauvre nouvelle maintenant commence
avec un seul personnage et plusieurs titres.
Premièrement : Le possible est copie de l’impossible.
Deuxièmement : L’impossible n’est égal qu’à lui-même.
Troisièmement : Le possible cesse de l’être.

Et que, dans l’orbite de l’être,
à l’instar de la juridiction du non-être,
soient abolies pour toujours
les zones réservées
et leurs exercices furtifs.
Alors la pièce pourra peut-être
porter un titre unique :
Seul est possible l’impossible.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Quelqu’un est en train de mourir (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Illustration: Christian Lepère
    
Tandis que tu fais une chose ou l’autre,
quelqu’un est en train de mourir.

Tandis que tu brosses tes souliers,
tandis que tu cèdes à la haine,
tandis que tu écris une lettre prolixe
à ton amour unique ou non unique.

Et même si tu pouvais parvenir à ne rien faire,
quelqu’un serait en train de mourir,
essayant en vain de rassembler tous les coins,
essayant en vain de ne pas regarder fixement le mur.

Et même si tu étais en train de mourir,
quelqu’un de plus serait en train de mourir,
en dépit de ton désir légitime
de mourir un bref instant en exclusivité.

C’est pourquoi, si l’on t’interroge sur le monde,
répond simplement : quelqu’un est en train de mourir.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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La vie dessine un arbre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Illustration
    
La vie dessine un arbre
et la mort en dessine un autre.
La vie dessine un nid
et la mort le copie.
La vie dessine un oiseau
pour qu’il habite le nid
et la mort aussitôt
dessine un autre oiseau.

Une main qui nе dessine rien
se promène entre tous les dessins
et de temps à autre en change un de place.
Par exemple :
l’oiseau de la vie
occupe le nid de la mort
sur l’arbre dessiné par la vie.

D’autres fois
la main qui ne dessine rien
efface un dessin de la série.
Par exemple :
l’arbre de la mort
soutient le nid de la mort,
mais aucun oiseau ne l’occupe.

Et d’autres fois
la main qui ne dessine rien
se convertit elle-même
en image excédente,
à figure d’oiseau,
à figure d’arbre,
à figure de nid.
Et alors, seulement alors,
rien ne manque ni n’est de trop.
Par exemple :
deux oiseaux
occupent le nid de la vie
sur l’arbre de la mort.
Ou l’arbre de la vie
soutient deux nids
où habite un seul oiseau.

Ou un unique oiseau
habite un seul nid
sur l’arbre de la vie
et sur l’arbre de la mort.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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