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Poésie

Archive for 25 juin 2018

Un nuage m’a visité (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018



Illustration: Carrie Vielle

    
Un nuage m’a visité.
Et m’a laissé en s’en allant
son contour dans le vent.

Une ombre m’a visité.
Et m’a laissé en s’en allant
le poids d’un autre corps.

Une bouffée d’images m’a visité.
Et m’a laissé en s’en allant
l’irréligion du rêve.

Une absence m’a visité.
Et m’a laissé en s’en allant
mon image dans le temps.

Et moi je visite la vie.
Je lui laisserai en m’en allant
la grâce de ces restes.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Points

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A la racine de la parole (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018




    
A la racine de la parole
jouent diverses amours,
mais aussi une sombre couleur,
pareille aux drapeaux d’une bataille perdue.

Parler c’est vivre d’une autre manière,
mais aussi mourir d’une autre manière,
comme si vivre était mourir,
comme si mourir était vivre.

A la racine de la parole
tout amour va au-delà de ce qu’il aime,
mais en ramène une fleur imprudemment obscure
et reconnaît qu’il n’ira pas plus loin.

De là vient qu’après la parole
à sa racine s’ouvre un espace sans passion ni sarcasme,
un espace d’où peut librement se lever
l’absence plus qu’humaine qui habite dans l’homme.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie verticale 2
Traduction:
Editions:

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Il est des vies (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018



Illlustration: Sylvie Lemelin
    
Il est des vies qui durent un instant :
leur naissance.

Il est des vies qui durent deux instants :
leur naissance et leur mort

Il est des vies qui durent trois instants :
leur naissance, leur mort et une fleur.

(Roberto Juarroz)

 

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Chercher une chose (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018




    
Chercher une chose
c’est toujours en trouver une autre.
Ainsi, pour trouver certaine chose,
il faut chercher ce qu’elle n’ est pas.

Chercher l’oiseau pour trouver la rose,
chercher l’amour pour trouver l’exil,
chercher le rien pour découvrir un homme,
aller vers l’arrière pour aller vers l’avant.

La clef du chemin,
plus qu’en ses bifurcations,
son hypothétique commencement
ou sa douteuse arrivée,
est dans l’humeur corrosive
de son double sens;

On arrive toujours, mais ailleurs.

Tout arrive.
Mais à l’envers.

***

Buscar una cosa
es siempre encontrar otra. Asi, para hallar algo,
hay que buscar lo que no es.

Buscar al parajo para encontrar a la rosa,
buscar al amor para hallar el exilio,
buscar la nada para descubrir un hombre,
ir hacia atras para ir hacia adelante.

La clave del camino,
mais que en sus bifurcaciones,
su sospechoso comienzo
o su dudoso final,
esta en el cautico humor
de su doble sentido.

Siempre se lleaga,
pero a otra parte.

Todo pasa.
Pero a la inversa.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: La Différence

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Le souffle de lumière (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018



    

Le souffle de lumière, le tremblement concentré
qui émane de certaines rencontres
contredit parfois sa propre brièveté

et s’étend comme une lente alchimie
sur tout le reste de la vie.

Posséder ainsi pour toujours
quelque chose que l’on n’eut jamais
et que l’on n’aura jamais,
change la condition de l’homme,
modifie ses limites.

Les mains se touchent parfois
et parfois n’y parviennent pas.
Mais les yeux se touchent
ou quelque chose qui est derrière les yeux.

Mais posséder ainsi, toucher ainsi,
réduit encore un coin d’éternité
et le fait tenir dans la cellule que nous occupons.

C’est peut-être là qu’est la sagesse de l’amour,
sauvée des incendies qui le dévastent.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Douzième poésie verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: De la Différence

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Et quand ma mémoire lasse (Ismaïl Kadaré)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018



Et quand ma mémoire lasse
Comme ces trams d’après minuit
Ne s’arrêtera plus qu’aux stations principales,
Je ne t’oublierai pas.

Je me rappellerai
Le soir tranquille, infini de tes yeux,
Le sanglot étouffé, tombé sur mon épaule
Comme une neige impossible à chasser.

Il fallut bien se séparer
Et je me suis éloigné de toi.
Rien d’extraordinaire,
Seulement, quelque nuit,
Les doigts de quelqu’un se mêleront à tes cheveux,
Mes doigts lointains, qui auront des kilomètres de long.

(Ismaïl Kadaré)

Illustration: Fanny Verne

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Testament (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018



Testament

Je lègue aux quatre éléments
ce que je reçus brièvement

au feu – ma pensée
qu’il s’épanouisse

à la terre que j’ai trop aimée
mon corps graine stérile

à l’air mes mots et mes mains et
ma nostalgie toutes choses vaines

subsistera
une goutte d’eau
qu’elle flotte entre
la terre le ciel

qu’elle devienne pluie transparente
fougère de gel pétale de neige

que n’ayant jamais atteint le ciel
vers ma terre vallée de larmes

fidèle elle revienne en rosée pure
effritant patiemment la glèbe dure

je rendrai bientôt aux quatre éléments
ce que je reçus brièvement

—je ne reviendrai pas à la source du repos

(Zbigniew Herbert)

Illustration: Corrie White (extraordinaires images de gouttes)

 

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Sans appoggiature (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018



Quand elle vient
Elle s’ouvre

Sans appoggiature.

(Guillevic)

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Les maisons sont abandonnées (Georges Drano)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018



Les maisons sont abandonnées
une patience inconnue remplit la journée
la nuit le temps
nous reconnaissons un ensemble de bruits discrets
mal situés
un moment où l’on ne parle pas
Le jeu infini peut se joindre à l’espace
où chaque silhouette est l’histoire qu’elle se donne
close unie
d’un texte entier
sans autre action que le premier regard posé
sur le sol et la page.

(Georges Drano)

Illustration: Edward Hopper

 

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Hier sans volonté (Georges Drano)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018



Hier sans volonté
portant l’erreur d’un paysage
forêt que le temps marque
comme fut le temps en d’autres lieux
simulacre d’un jour ou la guerre
ou le travail
ou le hasard
Se chauffant ici et là
quelqu’un dit je vais parler
et rien ne change.

(Georges Drano)

Illustration: Michael Page

 

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