Arbrealettres

Poésie

Aux vitres de notre âme apparaissent le soir des visages anciens (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018



Aux vitres de notre âme apparaissent le soir
Des visages anciens demeurés dans le verre;
Leur souvenir, malgré le temps, y persévère,
Visages du passé qu’on souffre de revoir :
Fronts sans cesse pâlis; lèvres déveloutées;
Yeux couverts chaque jour d’ombres surajoutées
Et qui dans la mémoire achèvent de mourir…
Visage, d’une mère ou visage de femme
Qui jadis ont vécu le plus près de notre âme.
Encor si l’on pouvait un peu les refleurir
Ces faces, dans le verre, à peine nuancées
Et voir distinctement leurs traits dans nos pensées !
Faces mortes toujours près de s’évanouir
Et sans cesse émergeant, – sitôt qu’on les oublie, –
Au fil de l’âme, en des détresses d’Ophélie
Dont les cheveux de lin ont un air de rouir..
Ah ! comment essayer d’avoir un peu de joie
Quand les vitres de l’âme aimante sont de l’eau
Où reparaît sans cesse et sans cesse se noie
Un doux visage intermittent dans un halo !

(Georges Rodenbach)

Illustration: John Everett Millais

 

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