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Poésie

Archive for 27 juin 2018

APOTHEOSE DU POINT (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

point et virgule

APOTHEOSE DU POINT

« Foin de tout ce qui n’est pas le Point ! »
Dit le Point, devant témoins.
« Sans Moi, tout n’est que baragouin ! »
Quant à la Virgule !
Animalcule, qui gesticule
Sans nul besoin,
Je lui réponds à brûle-pourpoint :
« Qui stimule une Majuscule ?
Fait descendre les crépuscules ?
Qui jugule ? Qui férule ?
Fait que la phrase capitule ?
Qui ?

Si ce n’est
Le Point !

Bref, toujours devant témoins :
Je postule et stipule
Qu’un Point, c’est TOUT ! »
Dit le Point.

(Andrée Chedid)

 

 

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Dérive en rouge (Kettly Mars)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



Bogdan Prystrom 538 

Dérive en rouge

Parce que chaque mot cache une fin du monde
et que l’ombre rend plus vive la lumière
la vie belle de sa blessure rouge
flamboie de tristesses éparpillées
Un rouge exubérant à en mourir
un rouge à aimer sans prendre souffle
à boire comme un merveilleux poison

Le rouge de mon amour me brûle si fort
Le flamboyant rouge au silence violent
feu de joie ou sacrifice sanglant
le flamboyant carnivore suce le sang de l’été
mon coeur en fait autant, j’en suis maculée
Nous sommes comme des amants voraces

Qui me dira qu’il n’est pas beau de pleurer
qui me dira de me livrer dans l’instant vermeil
et pourquoi le sang tenace de l’été renaît
dans l’orgasme du flamboyant

Un pétale deux pétales trois pétales
rouge sang rouge vulve rouge Ogou
Tu dérives ma fille, tu dérives et t’emmêles
point de garde fou dans la saison du flamboyant
La passion est rouge, rouge et mouvante
elle exulte au coeur de l’été en chute libre

Et mon désir sans aucune honte me colle au corps
omniprésent omnivore affamé d’instants multicolores
Le rouge flamboyant dans mes veines réclame son dû
comme les lèvres dévorantes d’un été scandaleux

(Kettly Mars)

Illustration: Bogdan Prystrom

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Qui êtes-vous (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018


Qu’êtes-vous venue faire si près de moi si loin.
comme penchée à la fenêtre voyant surgir
le cavalier futur. comme une voix qui appelle
de fines étoiles, et tout est fort et difficile.
Avec une rose rouge sur le coeur. et ce regard
traversé par le feu. avec tant de nuages
dans la tête. on dirait que toutes les ombres
ont fui et que le sang déborde. qui êtes-vous

Avec ce pur éclat qui est en vous et hors
de vous. lorsqu’on découvre votre visage comme
une eau limpide. qu’on peut boire en elle tout le ciel
et toute la terre. et l’on reçoit soudain le monde

Comme un continent égaré. ses incendies
ses fêtes ses mots ses nombres ses obscurs corridors
ses fers sanglants ses larmes. alors rien n’est plus comme
avant. ni les raisons d’effroi ni le soleil.

Qui êtes-vous dans le rire des fenêtres. dans l’or
des bagues. les robes. les noms des rues. dans les couteaux.
dans les passants impénétrables. et les milliers
de regards. et les millions de paroles. toutes les vies.

Avec ce visage qui est une réponse et une
chaîne. et la question est toujours là. qui êtes-vous
dans les baisers l’air musical les mailles des heures
dans les nuits attendues et l’iris du désir.
Et moi je suis venu dans vos yeux comme on vient
au jour. je suis venu comme un voleur de vie.
dans votre voix. dans l’eau détruite et retrouvée.
aspirant. dormant. ivre. perdu. infiniment.

Qui êtes-vous. chaleureuse. dans les chambres du printemps.
comme un jardin d’eau. comme un chemin qui déferle
et qui ne revient pas. qui êtes-vous. si proche. avec
ces mains de cavalier invisible dans la nuit.

(Lionel Ray)

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Pure Perte (Pericle Patocchi)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



pericle-patocchi

Pure Perte

Je vous donne mes yeux
jetez-les à vos fleurs,
je vous donne ma voix
pour vos chambres sonores.

Je renais en tombant
de mon haut dans la mer.
Disparu ! Quel poisson
se nourrit de mon cœur ?

Oh, la paix d’être enfoui
quelque part, sans connaître
qui je suis où je vis
dans le feu clair de l’Être.

Pure perte, Désir
libéré par le chant.
Le passé, l’avenir,
quels beaux vents dans le vent !

Ces paroles ? C’est vous
qui les dites, amis
J’étais moi, je suis vous
et ma fable est finie.

(Pericle Patocchi)

 

 

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De ton rêve trop plein (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



De ton rêve trop plein,
fleur en dedans nombreuse,
mouillée comme une pleureuse,
tu te penches sur le matin.

Tes douces forces qui dorment,
dans un désir incertain,
développent ces tendres formes
entre joues et seins.

*

Rose, toute ardente et pourtant claire,
que l’on devrait nommer reliquaire
de Sainte-Rose…, rose qui distribue
cette troublante odeur de sainte nue.

Rose plus jamais tentée, déconcertante
de son interne paix; ultime amante
si loin d’Ève, de sa première alerte ,
rose qui infiniment possède la perte.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration

 

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Mains coupées de mes désirs (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

Alberto Gálvez 5

Mains coupées de mes désirs
— ô blondeurs inaccessibles —
je vide mon verre vide,
le jour ne peut plus venir.
Voilà. Nous en étions là :
une pensée à la fois
et la bague autour du doigt,
pensée pour elle ou pour toi
qui papillote et s’en va.
Balançoire, balançoire
fille d’ambiguïté
analogie et du croire,
ouvrez-moi l’autre côté.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Alberto Gálvez

 

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Il en fut comme d’un crépuscule (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

Christophe Hohler

Il en fut comme
d’un crépuscule immense d’or allègre,
qui se serait, soudain, éteint tout entier
en un nuage de cendre.

— Il m’en resta cette tristesse
des désirs brûlants, quand ils doivent
s’enfermer dans la geôle
de la vérité quotidienne ; ce chagrin
des jardins aux couleurs idéales
qu’efface une lumière sale de pétrole —.

Et je ne m’y résignais pas.
Je le pleurai ; je l’obligeai. Je vis la ridicule
injustice de cette candide fraternité
de l’homme et de la vie,
de la mort et de l’homme.

Et me voici, vivant ridicule, attendant,
mort ridicule, la mort!

***

Fue lo mismo
que un crepúsculo inmenso de oro alegre,
que, de repente, se apagara todo,
en un nublado de ceniza.

—Me dejó esa tristeza
de los afanes grandes, cuando tienen
que encerrarse en la jaula
de la verdad diara; ese pesar
de los jardines de colores ideales,
que borra una luz sucia de petróleo—.

Yo no me resignaba.
Le lloré; le obligué. Vi la ridícula
sinrazón de esta cándida hermandad
de hombre y vida,
de muerte y hombre.

¡Yaqui estoy, vivo ridículo, esperando,
muerto ridículo, a la muerte!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Christophe Hohler

 

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A l’hypothétique lecteur (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

Dimo Kolibarov (5)

A l’hypothétique lecteur

J’ai remis mon âme entre tes mains.
Fais-en un nid : elle ne désire rien
que de reposer en toi.
Mais ouvre-les si un jour
tu sentais qu’elle t’échappe. Fais alors qu’elles soient
comme les feuilles et comme le vent,
et qu’elles portent son vol.
Et sache que le sentiment de l’adieu
n’est pas moindre que celui de la rencontre. Il reste
identique et sera éternel. Mais divers parfois
pour satisfaire le destin
les chemins.

(Margherita Guidacci)

Illustration: Dimo Kolibarov

 

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Ce que l’on savoure (Hadewijch II)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

Brad Kunkle l

Ce que l’on savoure n’est que pressentiment ou désir,
Jusqu’à l’heure où le bien espéré se révèle :
Et la multitude innombrable des raisons
Qui me font vous préférer à toute chose,
M’échappent. Seigneur, quand je me tourne
Dans la nudité vers Vous seul,
Vous aimant sans pourquoi, Vous-même pour Vous-même.

(Hadewijch II)

Illustration: Brad Kunkle

 

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Ce que l’homme appréhende (Hadewijch II)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

Fan Ho (17)

Ce que l’homme appréhende dans la connaissance nue de
haute contemplation, cela est grand assurément, et n’est rien,
Si je compare ce qui est saisi à ce qui fait défait.
C’est dans cette déficience que doit plonger notre désir :
tout le reste est par essence misérable.
Ceux dont le désir pénètre toujours plus avant dans la haute
connaissance sans parole de l’amour pur,
Trouvent aussi la déficience toujours plus grande,
A mesure que leur connaissance se renouvelle sans mode
dans la claire ténèbre,
Dans la présence d’absence…
Là, chose simple lui est révélée
qui ne peut l’être : le Rien pur et nu.

(Hadewijch II)

Illustration: Fan Ho

 

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