Arbrealettres

Poésie

L’état auquel je me trouvai (Jean-Jacques Rousseau)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2018



Illustration
    
L’état auquel je me trouvai dans cet instant est trop singulier
pour n’en pas faire ici la description.

La nuit s’avançait.
J’aperçus le Ciel, quelques étoiles, et un peu de verdure.

Cette première sensation fut un moment délicieux.
Je ne me sentais encore que par là.

Je naissais dans cet instant à la vie,
et il me semblait que je remplissais de ma légere existence
tous les objets que j’apercevais.

Tout entier au moment présent je ne me souvenais de rien ;
je n’avais nulle notion distincte de mon individu,
pas la moindre idée de ce qui venait de m’arriver ;

je ne savais ni qui j’étais, ni où j’étais ;
je ne sentais ni mal, ni crainte, ni inquiétude.

Je voyais couler mon sang,
comme j’aurais vu couler un ruisseau,
sans songer seulement que ce sang m’appartînt en aucune sorte.

Je sentais dans tout mon être un calme ravissant,
auquel chaque fois que je me le rappelle je ne trouve rien de comparable
dans toute l’activité des plaisirs connus.

(Jean-Jacques Rousseau)

 

Recueil: Les Rêveries du promeneur solitaire / Deuxième Promenade

Qu'est-ce que ça vous inspire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :