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Poésie

Archive for 6 juillet 2018

LA GRANDE HUMANITÉ (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



 

LA GRANDE HUMANITÉ

La grande humanité voyage sur le pont des navires
Dans les trains en troisième classe
Sur les routes elle marche
La grande humanité

La grande humanité s’en va au travail à huit heures
Elle se marie à vingt ans
Meurt à quarante
La grande humanité

Sauf à la grande humanité le pain suffit à tous
Pour le riz c’est pareil
Pour le sucre c’est pareil
Pour le tissu pareil
Pour le livre pareil
Cela suffit à tous sauf à la grande humanité.

ll n’est pas d’ombre sur la terre de la grande humanité
Pas de lanternes dans ses rues
Pas de vitres à ses fenêtres
Mais elle a son espoir la grande humanité
On ne peut vivre sans espoir.

(Nâzim Hikmet)

Illustration: Tarsila do Amaral

 

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Ecritures dispersées (Bartolo Cattafi)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



 

Page-blanche

Jamais

Ecritures dispersées
encres malmenées
pattes
de mouche partout perchées
occasions manquées
d’absence, de silence…
Au pied de la plus belle
page
blanche vide parfaite
jamais vous ne verrez la croix
la sapience, la gloire immense de l’analphabète.

(Bartolo Cattafi)

 

 

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Sache que je ne t’aime pas et que je t’aime (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



 

Chantal Dufour 08

Sache que je ne t’aime pas et que je t’aime
Puisque la vie est faite de deux façons,
La parole est une aile du silence,
Et le feu a une moitié de froid.
Moi je t’aime afin de commencer à t’aimer,
Afin de pouvoir recommencer l’infini
Et pour que jamais je ne cesse de t’aimer :
C’est pour cela que je ne t’aime pas encore.
Je t’aime et je ne t’aime pas, c’est comme si
J’avais entre mes deux mains les clés du bonheur
Et un infortuné, un incertain destin.
Mon amour a deux vies pour t’aimer.
Pour cela je t’aime quand je ne t’aime pas
Et c’est pour cela que je t’aime quand je t’aime.

(Pablo Neruda)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Chantal Dufour

 

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Une étrangère s’est glissée dans mes paroles (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Une étrangère s’est glissée dans mes paroles,
beau masque de dentelle avec, entre les mailles,
deux perles, plusieurs perles, larmes ou regards.
De la maison des rêves sans doute sortie,
elle m’a effleuré de sa robe en passant
— ou si cette soie noire était déjà sa peau, sa chevelure? —
et déjà je la suis, parce que faible
et presque vieux, comme on poursuit un souvenir;
mais je ne la rejoindrai pas plus que les autres
qu’on attend à la porte de la cour ou de la loge
dont le jour trop tôt revenu tourne la clef…

Je pense que je n’aurais pas dû la laisser
apparaître dans mon coeur; mais n’est-il pas permis
de lui faire un peu de place, qu’elle approche
— on ne sait pas son nom, mais on boit son parfum,
son haleine et, si elle parle, son murmure —
et qu’à jamais inapprochée, elle s’éloigne
et passe, tant qu’éclairent encore les lanternes de papier de l’acacia?
Laissez-moi la laisser passer, l’avoir vue encore une fois,
puis je la quitterai sans qu’elle m’ait même aperçu,
je monterai les quelques marches fatiguées
et, rallumant la lampe, reprendrai la page
avec des mots plus pauvres et plus justes, si je puis.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Mon amour, avant de t’aimer je n’avais rien (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Mon amour, avant de t’aimer je n’avais rien :
j’hésitai à travers les choses et les rues :
rien ne parlait pour moi et rien n’avait de nom :
le monde appartenait à l’attente de l’air.

Je connus alors les salons couleur de cendre,
je connus des tunnels habités par la lune,
et les hangars cruels où l’on prenait congé,
et sur le sable l’insistance des questions.

Tout n’était plus que vide, et que mort et silence,
chute dans l’abandon et tout était déchu,
inaliénablement tout était aliéné,

tout appartenait aux autres et à personne,
jusqu’à ce que ta beauté et ta pauvreté
ne donnent cet automne empli de leurs cadeaux.

***

Antes de amarte, amor, nada era mío :
vacilé por las calles y las cosas :
nada contaba ni tenía nombre :
el mundo era del aire que esperaba.

Yo conocí salones cenicientos,
túneles habitados por la luna,
hangares crueles que se despedían,
preguntas que insistían en la arena.

Todo estaba vacío, muerte y mudo,
caído, abandonado y decaído,
todo era inalienablemente ajeno,

todo era de los otros y de nadie,
hasta que tu belleza y tu pobreza
llenaron el otoño de regalos.

(Pablo Neruda)

Illustration: Rafal Olbinski

 

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LA BROUETTE ROUGE (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



brouette rouge

LA BROUETTE ROUGE

QUE de choses dépendent
d’

une rouge brou-
ette

vernie par l’eau
de pluie

à côté de blancs
poulets

***

THE RED WHEELBARROW

So much depends
upon

a red wheel
barrow

glazed with rain
water

beside the white
chickens

(William Carlos Williams)

 
et voir ici:
http://www.rogerebert.com/balder-and-dash/so-much-depends-upon-a-red-wheel-barrow

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Deux petits éléphants (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018


 

C’était deux petits éléphants,
Deux petits éléphants tout blancs.

Lorsqu’ils mangeaient de la tomate,
Ils devenaient tout écarlates.

Dégustaient-ils un peu d’oseille,
On les retrouvait vert bouteille.

Suçaient-ils une mirabelle,
Ils passaient au jaune de miel.

On leur donnait alors du lait:
Ils redevenaient d’un blanc tout frais.

Mais on les gava, près d’Angkor,
Pour le mariage d’un raja,

D’un grand sachet de poudre d’or.
Et ils brillèrent, ce jour-là,

D’un tel éclat que plus jamais,
Même en buvant des seaux de lait,

Ils ne redevinrent tout blancs,
Ces jolis petits éléphants.

(Maurice Carême)

 

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BOUTIQUE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Illustration: Alain Gaudin
    
BOUTIQUE

Des hommes viennent chercher
avec un lent sourire
des paquets clos
parfois une bougie blanche
dans cette boutique austère
où pendent les sabots ornés
leur voix clame :
« Y a-t-il du monde ? »
Une femme vient enfin
les servir de ses mains
ayant cueilli l’herbe
au bord de ces chemins
que traverse si vite un lièvre
d’espèce commune.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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REPAS DU PIC-VERT (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018




    

REPAS DU PIC-VERT

Ayant disposition
à l’aigreur de la langue
elles ne disaient pourtant plus rien
des graines infimes
tombaient sur leur peau rafraîchie
et leurs lainages pauvres
elles écoutaient
le bec du pic-vert
frapper sur une écorce drue
de haut sapin
en faisant sortir les insectes
pour son repas du soir.
Mais arrivèrent d’autres oiseaux
elles en sourirent ensemble
puis se reprirent à parler fort.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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Satiabor (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Illustration
    
Satiabor

Savamment la lune
a fait le tour de ma chambre.
Que maraudait la rôdeuse ?

Elle avait fendu les nues.
Que cherches-tu dans la nuit?
Dans un arbre où l’oiseau dort?
Mais de s’éclipser.

Je l’ai vue dans l’eau du fleuve
resplendir de tous les feux
d’un soleil absent.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Les vasistas
Traduction:
Editions: Gallimard

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