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Poésie

Archive for 12 juillet 2018

COMPARAISONS (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018


 


Ettore Aldo Del Vigo  1

 

COMPARAISONS

Comme dans le sommeil, quand tu passes
A l’autre éclat de la nuit.

Le corps, le vêtement, le fruit.

Comme dans le sommeil, comme en amour,
Quand tu t’abandonnes totalement.

Tu restes sans corps, nu.

Le jour, la nuit, le temps,
Une histoire imaginaire.

Comme si les murs s’ouvraient en dedans, comme
s’ils faisaient choir
Les miroirs trompeurs qui nous couvrent,
Nous passons à travers un rêve,
Un rêve incessant atteint par la nuit.

Sans cloche et sans réveil.

Comme si nous passions dans le cercle des
Incorporels
Dans un isolement parfaitement clos.

Comme une lampe, qu’on a oubliée
Dans une chambre vide et fermée,
Seule, toute seule dans la solitude.

Qui nous connaîtra, qui nous soupçonnera ?

D’autres yeux, d’autres secrets
Derrière ces murs
Derrière les gardiens.
D’autres ombres déambuleront dans les chambres
Frôlant les choses, nos choses
Plus fragiles et rendues plus denses par notre amour.

Habitués, obéissants, et à peine délaissés
Ils recherchent des mains serrées comme nos mains,

Ils recherchent nos yeux messagers.

Ainsi que des fruits, qui ont mûri
Et restent encore suspendus au soleil,
Attendant l’oiseau, la main et la faucille,
Ici, se tiendra l’arbre de la cour,
Seul, stérile, désespéré.
Sans ailes et sans pollen
Dans un calme terrible.
Ici se penchera la fenêtre dans le vide,
Comptant le vent : doit-il tomber, ne pas tomber,
Notre toit toujours frais, comme au printemps ?

Au-dessus de lui un ciel désertique.

Jusqu’à ce que vienne Avril en son lent avenir
Avec tout l’éclat et la gloire, jusqu’à ce que vienne Pâque la Grande

Avec les nouvelles jacynthes, avec les ressuscités.
Pour que je te pare de la pourpre royale dans ta grande fête,
Bijou de grand prix :
Afin que tu sois beau parmi les beaux.

(Georges Themelis)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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ORPIMENT (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



ORPIMENT

Que cèle ce masque d’or porté à la fête
première où tu ouvris la danse des volcans ?
Cousin du soufre, frère de l’arsenic
tu dus faire allégeance aux puissances de mort.
Depuis, tu n’offres plus qu’un miroir épuisé
où viennent se blesser les oiseaux de lumière.

(Jacques Lacarrière)

Illustration

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Ils cassent le monde (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



 

Zdzislaw Beksinski  ax 1976

Ils cassent le monde

Ils cassent le monde
En petits morceaux
Ils cassent le monde
A coups de marteau

Mais ça m’est égal
Ça m’est bien égal
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez

Il suffit que j’aime
Une plume bleue
Un chemin de sable
Un oiseau peureux
Il suffit que j’aime
Un brin d’herbe mince
Une goutte de rosée
Un grillon de bois

Ils peuvent casser le monde
En petits morceaux
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
J’aurai toujours un peu d’air
Un petit filet de vie
Dans l’oeil un peu de lumière
Et le vent dans les orties

Et même,
même s’ils me mettent en prison
Il en reste assez pour moi,
il en reste assez
Il suffit que j’aime
Cette pierre corrodée
Ces crochets de fer
où s’attarde un peu de mon sang
Je l’aime je l’aime
La planche usée de mon lit
La paillasse, le châlit
La poussière de soleil
J’aime ce judas qui s’ouvre
Ces hommes qui sont entrés
Qui s’avancent, qui m’emmènent
Retrouver la vie du monde
Retrouver la couleur
J’aime ces deux longs montants

Ce couteau triangulaire
Ces messieurs vêtus de noir
C’est ma fête, je suis fier
Je l’aime, je l’aime
Ce panier rempli de son
Où je vais poser ma tête
Oh je l’aime, je l’aime
Je l’aime pour de bon

Il suffit que j’aime
Un brin d’herbe bleue
Une goutte de rosée
Un amour d’oiseau peureux
Ils cassent le monde
Avec leurs marteaux pesants
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez, mon coeur

(Boris Vian)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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Le parc (André Gide)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



 

Le parc

Quand nous avons vu que la petite porte était fermée,
Nous sommes restés longtemps à pleurer ;
Quand nous avons compris que ça ne servait pas à grand’chose,
Nous avons repris lentement le chemin.

Tout le jour, nous avons longé le mur du jardin,
D’où parfois nous venaient des bruits de voix et de rires ;
Nos pensions qu’il y avait peut-être des fêtes sur l’herbe,
Et cette idée-là nous faisait mélancoliques.

Le soleil vers le soir a rougi les murs du parc ;
Nous ne savions pas ce qui s’y passait, car on ne voyait
Rien que des branches qui, par-dessus le mur, s’agitaient
Et qui laissaient de temps en temps tomber des feuilles.

(André Gide)

 

 

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Nuit de la Saint-Jean (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018




Nuit de la Saint-Jean par-delà le mur de mon jardin.
De ce côté-ci, moi sans nuit de la Saint-Jean.
Parce que Saint-Jean il y a là où on le fête.
Pour moi il y a l’ombre d’une lueur de feux dans la nuit,
Un bruit lointain d’éclats de rire, le choc étouffé des sauts,
Et la clameur fortuite de qui ne sait pas que j’existe.

(Fernando Pessoa)

 

 

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LE CORPS N’EST PAS TON CORPS (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



 

Alphonse Mucha Spring 1896 panel

LE CORPS N’EST PAS TON CORPS

Le corps, dois-tu dire, n’est pas ton corps.
Nous devons parer les morts d’une rose sur la poitrine
D’une couronne de myrte.
Aimons-nous les uns les autres.
Que le corps de l’homme ne craigne point
Le corps de la femme, en harmonie, en silence.
Aimons-nous les uns les autres.
Le corps de la femme tremble et s’approche.

Derrière, l’ombre nous protège,
L’amour nous fait peur, le sommeil nous entraîne.
En harmonie, en silence.
Enfin la mort nous emporte — aimons-nous les uns
les autres —
Et nous glisse dans son tiroir.

(Tu dois prendre soin de, ton corps même au
printemps
Préparer sa fête avec une rose sur la poitrine,
Une couronne de myrte.)

Là sont les mains avec les doigts immobiles.
Là les yeux et tout ce que les yeux cachent
Dérobés à la lumière, comme des coquilles vides.
Les lèvres bien closes et fêlées.

(Nous ne demanderons plus rien, qui ne puisse être donné
Et nous n’interrogerons pas : nous serons nous-mêmes la réponse.)

(Georges Themelis)

Illustration: Alphonse Mucha

 

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Couvre-moi grandement (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



 

Ferdinand Hodler    rl

Couvre-moi grandement
fais-moi fondre
et en moi reste.

Et puis fais-moi rester
lente close
dans ta fête.

(Patrizia Cavalli)

Illustration: Ferdinand Hodler

 

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La Fête (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018


 

Vérité, imposture
où donc vous cachez-vous?
Et qui tapisse de silence
les chambres du monde?
Quand un grand praticien
ausculte le corps étendu
d’une beauté
le colporteur rentre
dans la maison des champs
et dit confusément
des mots tendres à des bêtes
dont c’est alors la fête.

(Jean Follain)

 

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ANNIVERSAIRE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018




    
ANNIVERSAIRE
Tsoui-Rou

L’an dernier, aujourd’hui même, m’apparurent dans le cadre de cette porte,
Un délicieux visage de femme et les fleurs du pêcher.
Dans un rayon de soleil, ils se renvoyaient leurs tendres reflets et confondaient leur charme rose.
Où donc est-il, à présent, l’adorable visage ?
Seules les fleurs du pêcher sont là, et rient au vent printanier.

(Dynastie des Thang.)

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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LE FLEUVE PAISIBLE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



Illustration
    
LE FLEUVE PAISIBLE
Tchan-Jo-Su

Tant qu’un homme reste sur la terre, il voit la lune, toujours pure et brillante.
Comme un fleuve paisible suit son cours, chaque jour elle traverse le ciel.
Jamais on ne la voit s’arrêter, ni revenir en arrière.
Mais l’homme, a des pensées, brèves et vagabondes.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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