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Poésie

Archive for 22 juillet 2018

SERA CELLE QUI M’AIMERA (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



Illustration: Anne-François-Louis Janmot
    
SERA CELLE QUI M’AIMERA

Ronde

Tout en dansant la ronde
Héla ! celui qu’est au mitan !
Faut que tu nous répondes,
Mais lorgne ben auparavant,
Hé là ! dis-nous laquelle
Est la plus belle ?

Refrain
La plus belle ?…
Dam’ je n’sais pas.
La plus belle
Sera celle
Qui m’aimera

Tout en dansant la ronde
Oh ! ces yeux que vous a Margot !
Et la nuque si blonde
De Suzon, quel nid à bécots !
Et les lèvres de Lise,
Quelles cerises !

Toutes après la ronde,
Margot comme Lise et Suzon,
Se sont, au bout du monde,
Ensauvées au bras d’un garçon ;
M’est restée la Mariotte
Laide et boscotte.

Dernier refrain
La plus belle ?…
Eh ben ! la v’là…
La plus belle
Sera celle
Qui m’aimera !

(Gaston Couté)

 

 

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STANCES A LA CHATELAINE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



Illustration: John Duncan Fergusson 
    
STANCES A LA CHATELAINE

Madame, c’est moi qui viens.
Moi, cela ne vous dit rien !
Je viens vous chanter quand même
Ce que mon cœur a rimé
Et si vous voulez m’aimer ?
Moi : c’en est un qui vous aime !

Oh ! vos mains, dont les pâleurs
Bougent, en gestes de fleurs
Qu’un peu de brise caresse !
Oh ! vos beaux yeux impérieux !
Un seul regard de ces yeux
Dit assez votre noblesse !

Vos aïeules ont été,
Sous le grand chapeau d’été
Fleuries comme un jour de Pâques,
Marquises de Trianon,
Et moi, fils de gens sans nom,
J’ai des goûts à la Jean-Jacques !

Votre parc est doux et noir :
Il y ferait bon ce soir
Pour achever ce poème
Que mon cœur seul a rimé.
Donc, si vous voulez m’aimer,
J’y serai, moi qui vous aime !

– Je chantais cela tantôt,
Aux grilles de son château.
A la fin, compatissante,
Elle dit à son larbin :
« Joseph, portez donc du pain
Au pauvre mendiant qui chante ! »

(Gaston Couté)

 

 

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Une dentelle s’abolit (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



Illustration: Karen Lamonte
    
Une dentelle s’abolit
Dans le doute du Jeu suprême
A n’entr’ouvrir comme un blasphème
Qu’absence éternelle de lit.

Cet unanime blanc conflit
D’une guirlande avec la même,
Enfoui contre la vitre blême
Flotte plus qu’il n’ensevelit.

Mais, chez qui du rêve se dore
Tristement dort une mandore
Au creux néant musicien

Telle que vers quelque fenêtre
Selon nul ventre que le sein,
Filial on aurait pu naître.

(Stéphane Mallarmé)

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Le matin (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018




    
Le matin, les maisons semblent un peu plus hautes,
debout sur leurs pierres,
ainsi que les arbres étrangement verts
sur leurs vieilles racines
et la mer sombre, rafraîchie,
sur ses abîmes de mémoire.
On dirait qu’ils regardent venir le soleil
promis depuis des siècles
comme une foule ayant passé
la nuit dehors pour l’apercevoir.
Ensuite, au fil des heures,
chacun se rassoit imperceptiblement,
ne voit plus que sa rue,
les galets sur le rivage.
Qu’arriverait-il
si tout le monde osait suivre aujourd’hui
le soleil levant ?
La ville deviendrait comme un camp de toile
et nous marcherions du matin au soir
sur la pointe des pieds.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Faire place
Traduction:
Editions: Gallimard

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Hautes heures de la nuit (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



    

Hautes heures de la nuit.
Je me tais sous les mots
comme le Gave coule
silencieux sous le bruit
qui reste au ras de l’eau.
La poésie dépose
ses bateaux en papier
sur le courant obscur.
Elle joue à l’écart
sans troubler l’attente
du Verbe en nos vies.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Figure humaine
Traduction:
Editions: Gallimard

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EN MARGE (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
EN MARGE

Cet été, les montagnes sont restées lointaines.
Autour de ta chaise,
tu ramasses au hasard
pommes tombées, brindilles, feuilles rousses.
Tu regardes sur le mur
les pas perdus de l’ombre qui s’agite
et s’évapore au crépuscule.
L’espérance
est en dehors du spectre,
dans l’infrarouge ou l’ultraviolet,
sensible seulement
à l’instinct muet, aux animaux de l’âme.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Figure humaine
Traduction:
Editions: Gallimard

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AUSCHWITZ (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



 

    

AUSCHWITZ

Au pays de la mort, nous déambulons,
voyant se succéder derrière les vitres
collines de valises, buissons de lunettes,
plaines de cheveux gris : un aquarium
sec. Nous ne pouvons pas descendre si bas,
plongeurs vite asphyxiés. Nous flottons sur la terre
en levant les yeux vers Celui qui garde
les noms effacés, l’étoile de chacun.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Figure humaine
Traduction:
Editions: Gallimard

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BIRKENAU (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018




    
BIRKENAU

Pissenlits entre les baraques
de brique sombre.
Les mêmes fleurs dehors,
dans la campagne polonaise,
et ici, le long des rails
qui s’arrêtent plus loin
face au ciel, aux ruines,
au rideau de peupliers,
sur le sol de cendre humaine.
Chacun marche courbé,
cherchant en lui-même
la fleur qui manque,
ici et dehors,
celle que le printemps
attend de lui seul.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Figure humaine
Traduction:
Editions: Gallimard

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GRAMMAIRE DES ÉTOILES (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



Illustration: Noèla Morisot
    
GRAMMAIRE DES ÉTOILES

un livre des haltes
pour recueillir
le ciel épuisé

une boîte crânienne
où le désespoir
n’existerait pas

stèle de vie
pour mourir aux choses

chambre sans fin
de l’arc-en-ciel

on entre ici
dépeuplé
pour éprouver
tout son être

on ne fuit plus
le monde
c’est lui
qui nous quitte

pierre d’angle
du dernier tiers
de la nuit

pierre noire
au plus haut
de l’esprit

à l’extrême instant
d’un battement
de paupières

à l’affût de soi-même
pour s’arracher
au sommeil

ébloui
ébloui
devant les murs
du cœur

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment Proche suivi de Le désespoir n’existe pas
Traduction:
Editions: Gallimard

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COMME UN REMORDS (Françoise Coulmin)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



Illustration
    
COMME UN REMORDS

Avec des espérances et des envies
des petits gestes
en beaux lieux
étangs et peupleraies
prairies séracs chemins profonds

Des stimuli
pour partager petits secrets et lassitudes
non pas dans la futilité la vilenie
ou l’honneur

Si j’avais su à temps
ne rien voir, rien entendre
rien aimer ne rien dire
dans l’impossibilité de changer les choses

Sans cavale
pour chevaucher rêves et mirages
en ces chemins perdus si difficiles

Ne m’attachant qu’aux mots
et côtoyant tous les doutes oubliés
le bien
le mal

Et maintenant
que mes poussières
mes pourritures
sont en terre ou dissoutes en la mer

Même aux gisants les interrogations demeurent.

(Françoise Coulmin)

In Vibrations en partage, anthologie,
Moments du théâtre d’Aurillac, Fr, 2014.

 

Recueil: FLORILÈGE, 30 ans de poésie : SANS ESPOIR JE CÈDE À L’ESPOIR (SEJCE)
Traduction:
Editions: La feuille de thé

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