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Poésie

Archive for 23 juillet 2018

Longue promenade (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Annette Poupard  (60)

Longue promenade.
Collines avec la mer au fond.
Et le soleil délicat.
Dans tous les buissons, des églantines blanches.
Grosses fleurs sirupeuses, aux pétales violets.
Retour aussi, douceur de l’amitié des femmes.
Visages graves et souriants de jeunes femmes.
Sourires, plaisanteries et projets.

On rentre dans le jeu.
Et, sans y croire, tout le monde sourit aux apparences
et feint de s’y soumettre.
Pas de fausses notes.

Je tiens au monde par tous mes gestes,
aux hommes par toute ma reconnaissance.

Du haut des collines
on voyait renaître sous la pression du soleil
des brumes laissées par les dernières pluies.
Même en descendant à travers bois,
en m’enfonçant dans cette ouate,
le soleil se devinant au-dessus et cette miraculeuse journée
dans laquelle les arbres se dessinaient.

Confiance et amitié,
soleil et maisons blanches,
nuances à peine entendues,
oh ! mes bonheurs intacts qui dérivent déjà
et qui ne me délivrent plus dans la mélancolie du soir
qu’un sourire de jeune femme
ou le regard intelligent d’une amitié qui se sait comprise.

(Albert Camus)

 Illustration: Annette Poupard 

 

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Les deux amitiés (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Alexandr Sulimov -    (8)

Les deux amitiés

Il est deux Amitiés comme il est deux Amours.
L’une ressemble à l’imprudence ;
Faite pour l’âge heureux dont elle a l’ignorance,
C’est une enfant qui rit toujours.
Bruyante, naïve, légère,
Elle éclate en transports joyeux.
Aux préjugés du monde indocile, étrangère,
Elle confond les rangs et folâtre avec eux.
L’instinct du coeur est sa science,
Et son guide est la confiance.
L’enfance ne sait point haïr ;
Elle ignore qu’on peut trahir.
Si l’ennui dans ses yeux (on l’éprouve à tout âge)
Fait rouler quelques pleurs,
L’Amitié les arrête, et couvre ce nuage
D’un nuage de fleurs.
On la voit s’élancer près de l’enfant qu’elle aime,
Caresser la douleur sans la comprendre encor,
Lui jeter des bouquets moins riants qu’elle-même,
L’obliger à la fuite et reprendre l’essor.
C’est elle, ô ma première amie !
Dont la chaîne s’étend pour nous unir toujours.
Elle embellit par toi l’aurore de ma vie,
Elle en doit embellir encor les derniers jours.
Oh ! que son empire est aimable !
Qu’il répand un charme ineffable
Sur la jeunesse et l’avenir,
Ce doux reflet du souvenir !
Ce rêve pur de notre enfance
En a prolongé l’innocence ;
L’Amour, le temps, l’absence, le malheur,
Semblent le respecter dans le fond de mon coeur.
Il traverse avec nous la saison des orages,
Comme un rayon du ciel qui nous guide et nous luit :
C’est, ma chère, un jour sans nuages
Qui prépare une douce nuit.

L’autre Amitié, plus grave, plus austère,
Se donne avec lenteur, choisit avec mystère ;
Elle observe en silence et craint de s’avancer ;
Elle écarte les fleurs, de peur de s’y blesser.
Choisissant la raison pour conseil et pour guide,
Elle voit par ses yeux et marche sur ses pas :
Son abord est craintif, son regard est timide ;
Elle attend, et ne prévient pas.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexandre Sulimov

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GAILLARDISE (De La Ronce)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 Illustration: Jean-Antoine Watteau
    
GAILLARDISE

Ni pour baiser ton bel œil
Que tu remplis trop d’orgueil.
Ni pour sucer à mon aise
La fraise de ton téton.
Tout cela, ma Jeannelon,
Ne peut éteindre ma braise.

Ainsi au lieu de l’étouffer
Je la sens plus s’échauffer
Après que je t’ai baisée :
L’haleine qui sort de toi
S’écoule au profond de moi,
Et la rend plus embrasée.

Mais aussi ne veux-tu point
Que je parvienne à ce point
Où chaque amoureux aspire?
Crois que si j’avais cet heur,
J’aurais plus de joie au cœur
Que si j’avais un empire.

Tu dis me vouloir du bien,
Mais pourtant je n’en crois rien;
J’ai beau te crier à l’aide,
Tu me vois bien consumer :
Vraiment ce n’est m’aimer
De ne m’offrir le remède.

C’est bien loin de me l’offrir
De me laisser là souffrir
Sans te chaloir de ma peine.
Que tu as peu d’amitié,
Pour t’émouvoir à pitié !
Toute ma prière est vaine.

Fais-moi, fais-moi ce plaisir
De contenter mon désir.
Et je prierai la déesse
Qui gouverne les amours.
Qu’elle bien-heure toujours
L’ébat de notre jeunesse.

(De La Ronce)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Ghetto (Guy Tirolien)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Ghetto

pourquoi m’enfermerais-je
Dans cette image de moi
Qu’ils voudraient pétrifier?
Pitié je dis pitié!
J’étouffe dans le ghetto de l’exotisme

Non je ne suis pas cette idole
D’ébène
Humant l’encens profane
Qu’on brûle
Dans les musées de l’exotisme

Je ne suis pas ce cannibale
De foire
Roulant des prunelles d’ivoire
Pour le frisson des gosses

Si je pousse le cri
Qui me brûle la gorge
C’est que mon ventre bout
De la faim de mes frères

Et si parfois je hurle ma souffrance
C’est que j’ai l’orteil pris
Sous la botte des autres

Je ne suis pas non plus
Statue figée du révolté
Ou de la damnation
Je suis bête vivante
Bête de proie
Toujours prête à bondir

À bondir sur la vie
Qui se moque des morts
À bondir sur la joie
Qui n’a pas de passeport
A bondir sur l’amour
Qui passe devant ma porte

Je dirai Beethoven
Sourd
Au milieu des tumultes
Car c’est pour moi
Pour moi qui peux mieux le comprendre
Qu’il déchaîne ses orages

Je chanterai Rimbaud
Qui voulut se faire nègre
Pour mieux parler aux hommes
Le langage des genèses

Et je louerai Matisse
Et Braque et Picasso
D’avoir su retrouver sous la rigidité
Des formes élémentales
Le vieux secret des rythmes
Qui font chanter la vie

Oui j’exalterai l’homme
Tous les hommes
J’irai à eux
Le coeur plein de chansons
Les mains lourdes
D’amitié
Car ils sont faits à mon image

(Guy Tirolien)

 

 

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Voici des mousses (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Voici des mousses pour vos pieds,
Et des corbeilles pour vos yeux,
Et l’amitié pour oublier
Toutes les pleurs de vos yeux.

(Charles Vildrac)

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Amitié (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018




Amitié

C’est l’heure attendue
sur la table tombe
interminablement
la chevelure de la lampe
La nuit rend la fenêtre immense
Il n’y a personne
la présence sans nom m’entoure

***

Amistad

Es la hora esperada
sobre la mesa cae
interminablemente
la cabellera de la lámpara
La noche vuelve inmensa la ventana
No hay nadie
la presencia sin nombre me rodea

(Octavio Paz)

Illustration: Georges de la Tour

 

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Mon amour (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Mon amitié est pour le narcisse
mais mon amour est pour une autre fleur
que je ne nommerai pas

(Adonis)

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JAMAIS (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

JAMAIS

Jamais ne fut pareille solitude
Depuis que l’homme est sorti de ses bois.
Ilot cerné par une mer sans voiles
L’esprit connaît que l’horizon s’est tu.

Chacun là-bas, blotti dans son refuge,
Respire à peine et tremble de penser.
Le monde est fait de lèvres qui se figent
Et de regards peureusement baissés.

C’est chaque nuit qu’avant la prime aurore
Le compagnon est renié trois fois.
Les amitiés, les serments et les fois
Croulent, et le chaos crève de rire.

(Jules Romains)

 

 

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Terre aimée (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Terre aimée

Jamais nous ne saurons nous satisfaire des chemins que
martèle le pas de décembre !
Notre enfance, nous ayant quittés, nous laissa cependant
l’amitié de son ombre.
La mouette, effleurant nos ravages, conjure l’image du
bourreau, rétablissant ainsi la tendre incertitude.

Qu’elle gronde la menace ! Qu’elle se plante en nous !
Nos vies surgiront de cette halte soudaine,
toujours plus éprises du grand soleil perdu.
Légers ou noirs, les jeux s’oublient.
Seule demeure l’eau jaillissante accordée aux saisons ;
Et de cette eau, même la douleur est saine.

Il est temps de croire.
Temps d’accepter notre terre trop concise.
Temps de se tourner, sans oraison,
vers le coeur qui nous réserve tout.

(Andrée Chedid)

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La nuit du poisson (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



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La nuit du poisson

Je peux mourir car je sais qu’il existe
Pour me survivre un grand poisson tout blanc.
Parfois la nuit du fond des mers il glisse
Dans mon silence et me parle du temps.

Poisson d’argent, ma tristesse, mon prince,
La forme ici de mon désir futur.
Si solitaire en d’austères provinces,
Il m’attendra clans l’amitié des mers.

Et je m’éloigne, heureux comme une hélice
Pour me visser à l’intérieur du temps.
Le corps luisant, je glisse d’île en île
Pour marier le soleil et les vents.

Que cent poissons me donnent l’espérance
Et je viendrai musique sous la peau
Dans le miroir où les âmes se penchent
Pour vous offrir la première splendeur.

(Robert Sabatier)

Illustration

 

 

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