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Poésie

Archive for 28 juillet 2018

Que penseront de mon chapeau (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



Que penseront de mon chapeau,
d’ici cent ans, les Polonais ?

Que diront de ma poésie
ceux qui n’ont pas touché mon sang ?

Comment mesure-t-on l’écume
qui glisse hâtive de la bière ?

Que fait une mouche en prison
si c’est un sonnet de Pétrarque ?

(Pablo Neruda)


Illustration: René Magritte

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Le lichen sur la pierre (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



Le lichen sur la pierre, vrilles
de gomme verte, trame
le plus ancien des hiéroglyphes,
Il étire l’écriture
de l’océan
sur la roche ronde.
Le soleil la lit, les mollusques la mordent,
et les poissons glissent
de pierre en pierre comme des frissons.
Dans le silence l’alphabet
complète peu à peu les signes submergés
sur la hanche claire de la côte.

Le lichen tisserand avec son écheveau
va et vient et monte et monte
en tapissant la grotte d’air et d’eau
pour que la vague seule y danse,
pour que rien n’y arrive que le vent.

(Pablo Neruda)

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Tes pieds (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



Tes pieds

Quand je ne peux regarder ton visage
je regarde tes pieds.
Tes pieds. Leur os cambré.
Tes deux petits pieds durs.

Je sais bien qu’ils te portent
et que sur eux se dresse
le doux poids de ton corps.

Et ta taille et tes seins,
le pourpre jumelé
de leurs pointes dressées
et l’écrin de tes yeux
envolés depuis peu,
le grand fruit de ta bouche,
ta rousse chevelure,
petite et mienne tour.

Mais je n’aime tes pieds
que pour avoir marché
sur la terre et aussi
sur le vent et sur l’eau
jusqu’à me rencontrer.

(Pablo Neruda)


Illustration

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La reine (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018




La reine

Je t’ai proclamée reine.
Il en est de plus grandes que toi, de plus grandes.
Il en est de plus pures que toi, de plus pures.
Il en est de plus belles que toi, de plus belles.

Mais toi tu es la reine.

Marches-tu dans la rue,
nul ne te reconnaît.
Nul ne voit ta couronne de cristal, nul ne regarde le
tapis d’or fauve
que foule ton pied où tu passes,
le tapis qui n’existe pas.

Mais quand tu apparais
tous les fleuves tintinnabulent
dans mon corps, les cloches ébranlent
le ciel entier,
en un hymne remplit le monde.
Seuls toi et moi,
seuls toi et moi, ô mon amour,
nous l’entendons.

(Pablo Neruda)

Illustration: Renata Brzozowska

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Combien le ciel a-t-il d’églises ? (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



Combien le ciel a-t-il d’églises ?

Pourquoi le requin ne mord-il
les sirènes si effrontées ?

La fumée parle-t-elle aux nuages ?

Est-il vrai qu’il faut arroser
l’espoir avec de la rosée ?

(Pablo Neruda)


Illustration

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Depuis les violettes me font mal (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



J’ai franchi le seuil de la grotte aux améthystes :

j’ai laissé mon sang dans les épines violettes :

j’ai mué, j’ai changé de vin, de critère :

et depuis les violettes me font mal.

(Pablo Neruda)


Illustration

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ICI (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018




ICI

Je suis venu ici compter les cloches
qui vivent dans la mer,
qui tintent dans la mer,
dans les profondeurs de la mer.

Et c’est pourquoi je vis ici.

(Pablo Neruda)

Illustration

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Orange de la clarté pétrifiée (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



Ô attitude engloutie
dans la matière,
muraille opaque protégeant
la tour de saphir,
écorces des pierres
inhérentes
au solide, au docile,
au chaud secret
et à la peau immuable de la nuit,
yeux intérieurs,
à l’intérieur
de la scintillance cachée,
muets
comme une prophétie
qu’un choc clair exhumerait.
Ô radiation,
orange de la clarté pétrifiée,
forteresse inviolée de la lumière
séquestrée dans un lent, très lent silence
jusqu’au moment où l’explosion
déterrera le flamboiement de ses épées.

(Pablo Neruda)


Illustration

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Du mélèze de l’archipel tu as les fibres (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



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Du mélèze de l’archipel tu as les fibres,
cette chair travaillée par les siècles du temps,
des veines qui ont vu l’océan des troncs d’arbres,
un sang d’herbe tombé du ciel dans la mémoire.
Et personne pour recueillir mon coeur perdu
parmi les racines, dans la fraîcheur amère
du soleil que multiplie la fureur de l’eau,
là vit l’ombre qui me laisse voyager seul.
C’est pourquoi tu es partie du Sud comme une île
peuplée et couronnée de plumes et de bois
et j’ai senti l’odeur des bosquets vagabonds,
retrouvé le miel noir connu dans la forêt,
sur ta hanche effleuré les pétales obscurs
qui sont nés avec moi pour construire mon âme.

***

Tienes del archipiélago las hebras del alerce,
la carne trabajada por los siglos del tiempo,
venas que conocieron el mar de las maderas,
sangre verde caída del cielo a la memoria.
Nadie recogerá mi corazón perdido
entre tantas raíces, en la amarga frescura
del sol multiplicado par la furia del agua,
allí vive la sombra que no viaja conmigo.
Por eso tú saliste del Sur como una isla
poblada y coronada por plumas y madera
y yo sentí el aroma de los bosques errantes,
hallé la miel oscura que conocí en la selva,
y toqué en tus caderas los pétalos sombríos
que nacieron conmigo y construyeron mi alma.

(Pablo Neruda)

Illustration:  Agnieszka Targowska

 

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AUX DOUVES DES ÉTOILES (Christian Moriat)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



 

 


AUX DOUVES DES ÉTOILES

Pour habiter votre regard,
Je laperai l’eau de vos silences,
A l’archet de mes bras.
Et avant que ne s’éteignent
Les derniers ricochets du soleil,
Aux miroirs des blés,
Je m’écouterai vous penser,
Faisant avec vous ce voyage immobile,
Qui nous conduira à l’estran
De vos tout premiers frissons…
Vous m’apparaîtrez alors,
En votre éveil naissant,
Brodant le sable du sentier
A la dentelle de vos pas,
La tête encore couronnée de songes dorés,
A l’éclosion d’une plage de lumière.
Puis vous me laisserez boire
Aux racines de votre image
Et l’arche de votre sourire de rose
Traversera les estives de la nuit,
Pour rejoindre les herbiers de nuages,
Là où se repaît le cheptel des grandes espérances…
Enfin, quand la terre épousera la cambrure du firmament,
Je dessinerai au fusain de mes doigts,
Les nervures de notre amour,
Qui vous emporteront, le temps d’une caresse,
Jusqu’aux douves des étoiles.

(Christian Moriat)

Voir son site ici

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