PEINES PERDUES (Jean Richepin)
Posted by arbrealettres sur 1 août 2018
PEINES PERDUES
Hélas! pourquoi ces pleurs dans mes yeux que j’essuie,
Et pourquoi ces soupirs dans ma gorge crevant?
Je ne puis rappeler le passé décevant,
Ni ranimer le feu dans l’âtre plein de suie.
L’amour s’est envolé, la flamme s’est enfuie.
A quoi bon soupirer, pleurer, en y rêvant,
Comme un hautbois plaintif qui se nourrit de vent,
Comme un vieux toit rompu qui se repaît de pluie?
Ah ! pauvre cœur troublé de regrets, de remords,
Tes soupirs rendront-ils le souffle aux oiseaux morts
Et tes pleurs feront-ils s’épanouir des roses?
Au fond de ta douleur tu peux les laisser choir;
Soupirs et pleurs, tout est stérile. Tu n’arroses
Qu’un linceul; et pas même, encore!… ton mouchoir.
« Homme aux yeux cruels, prends garde !
Tu nous écrases! Regarde
Nos cadavres sous tes pas.
Tu pleures et tu t’irrites.
Nous sommes les marguerites.
Pitié! Mais tu n’entends pas.
— Si, je vous entends, menteuses.
peuple d’entremetteuses,
Sois-tu donc anéanti!
Mourez sous mes mains brutales
C’est en comptant vos pétales
Que ma maîtresse a menti. »
(Jean Richepin)
Qu'est-ce que ça vous inspire ?