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Poésie

Archive for 2 août 2018

Ecole (Frederico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018


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MAÎTRE
Quelle est la demoiselle
qui épouse le vent?

ENFANT
La demoiselle de tous
les désirs

MAÎTRE
Que lui offre
le vent?

ENFANT
Des tourbillons d’or
et des cartes superposées.

MAÎTRE
Que donne-t-elle en échange?

ENFANT
Son coeur ouvert.

MAÎTRE
Comment s’appelle-t-elle?

ENFANT
Son nom est secret

(La fenêtre
de l’école
a un rideau
d’étoiles.)

(Frederico Garcia Lorca)

Illustration

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L’ESPÉRANCE MORTE (Edmond Pilon)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



troi sreines

L’ESPÉRANCE MORTE

Sur le bord du bassin trois Reines se penchent :
Trois Reines, la Bleue et la Rouge et la Blanche :
Sur le bord du bassin de verte espérance
Trois Reines se penchent vers l’attirance
De leurs beaux visages mirés dans l’eau,
Trois Reines se penchent sur le bateau…

Trois Reines se penchent, et la première
Laisse tomber ses bagues dans le courant.

Ses bagues, ses roses, ses bagues d’argent,
Laisse tomber ses bijoux dans la rivière…
Trois Reines se penchent, la Reine Bleue
S’approche et se penche et se courbe un peu…

Trois Reines se penchent, et la seconde,
La Rouge, et puis celle aux deux mains si blondes…
Trois Reines se penchent, la Reine Rouge
Regarde l’Etoile dans l’eau qui bouge,
Laisse choir des lys, et sa sœur aux yeux bleus
Laisse choir l’éclat de ses beaux cheveux :

Au bord du bassin, trois Reines se penchent,
Trois Reines : la Rouge, et la Bleue, et la Blanche,
Trois Reines se penchent vers l’Espérance…
Mais l’Espérance est morte, et l’eau la balance,
Et les trois Reines voient sur son front qui dort
Passer les poissons roses dans les joncs d’or…

(Edmond Pilon)

 

 

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Grand Maître des absences (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



Nul ne sait, combien ce qu’il refuse,
l’Invisible, nous domine, quand
notre vie à l’invisible ruse
cède, invisiblement.

Lentement, au gré des attirances
notre centre se déplace pour
que le coeur s’y rende à son tour
lui, enfin Grand Maître des absences.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Cyn McCurry

 

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VANITÉS (Jacques Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



VANITÉS

J’ai fait des signes sur le sable
Afin de conserver emmi
Le souvenir impérissable
De l’endroit où j’avais dormi.

J’ai fait une marque au nuage,
Que moi seul saurais retrouver,
Afin de conserver l’image
De l’endroit où j’avais rêvé.

J’ai fait de l’âme de ma lyre
Un petit cercueil bien fermé,
Pour y conserver le délire
De l’endroit où j’avais aimé.

Mais tout est par trop périssable :
Le nuage fuit dans le vent.
La mer vient recouvrir le sable.
Et je n’aime plus comme avant.

(Jacques Richepin)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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PANTHÉISME (Georges Thouret)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



 

PANTHÉISME

Je serai, dans la suite éternelle des jours,
L’impérissable atome à l’aveugle énergie
Sans cesse défaillante, et sans fin ressurgie
Pour un labeur fatal qui renaîtra toujours.
Je deviendrai le lys des royales amours
Qui frémit d’un coup d’aile et qui se meurt d’une ombre,
Et je m’élèverai, parfum des fleurs sans nombre,
Vers les astres d’argent, aux cieux de noir velours ;
Et mon corps, lentement, s’épandra dans la nue
En un vague regret d’une chose inconnue :
D’un cœur jadis meurtri de songes impuissants ;
Et, mon être vibrant en chaque molécule
Sur les derniers rayons du couchant qui recule,
Je deviendrai pour vous, ô poètes naissants,
Cette douleur qui flotte au fond du crépuscule.

(Georges Thouret)

Illustration: Oleg Korolev

 

 

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Ce soir mon coeur fait chanter des anges qui se souviennent (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



Ce soir mon coeur fait chanter
des anges qui se souviennent…
Une voix, presque mienne,
par trop de silence tentée,

monte et se décide
ne plus revenir;
tendre et intrépide,
à quoi va-t-elle s’unir?

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Calirezo

 

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Là-bas, n’est-ce pas un sourire ? (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018




Là-bas, n’est-ce pas un sourire ? Vois, ce qu’il y a là-bas
dans les champs qui débordaient d’abondance,
n’est-ce pas ce que nous-mêmes laissons modestement fleurir
quand nous l’invitons à venir sur notre visage ?

***

Ist dort nicht Lächeln? Siehe, steht dort nicht
in Feldern, die von Fülle übergingen,
was wir zu einem kleinen Aufblühn bringen,
wenn wirs bemühn in unser Angesicht?

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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OBSCURITÉ DES ORIGINES (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



 

Jean-Jacques Henner -madeleine-hd_623x187

OBSCURITÉ DES ORIGINES

Obscurité des origines,
je t’aime plus que je n’aime la flamme
qui borne le monde.
Elle illumine
un cercle quelconque
hors duquel nul ne sait rien d’elle.

Mais toi, obscurité, tu tiens tout contre toi :
figures, flammes, bêtes et moi-même,
tels que des proies,
hommes, puissances…

Et il se peut que quelque force immense
bouge tout près d’ici.

Je crois à la Nuit.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Jean-Jacques Henner

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ENDYMION (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



ENDYMION

La chasse l’habite encore. Au travers de ses veines
comme d’un fourré, jaillit la bête.
Des vallées prennent forme, des étangs en forêt
reflètent la biche, tandis que derrière elle

alerte court le sang du dormeur clos,
tourmenté par la brutale évanescence
de l’arsenal confus des rêves.
Mais la déesse, elle qui n’a jamais connu l’union,

va, adolescente, par les nuits de tous les âges,
elle qui s’est accomplie elle-même
dans les cieux, sans rencontrer personne,

elle se pencha sans bruit sur les flancs du dormeur,
et de ses épaules elle fit briller
soudain la coupe où il buvait le sommeil.

***

ENDYMION

In ihm ist Jagd noch. Durch sein Geäder
bricht wie durch Gebüsche das Tier.
Täler bilden sich, waldige Bäder
spiegeln die Hindin, und hinter ihr

hurtigt das Blut des geschlossenen Schläfers,
von des traumig wirren Gcwäfers
jähem Wicderzergehn gequält.
Aber die Göttin, die, nievermählt,

Jünglingin über den Nächten der Zeiten
hingeht, die sich selber ergänzte
in den Himmeln und keinen betraf,

neigte sich leise xu seinen Seiten,
und von ihren Schultern erglänzte
plötzlich seine Schale aus Schlaf.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Edward John Poynter

 

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Qui je suis ? (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



 

Arnold Böcklin ruines au bord de la mer

Je vis ma vie en larges orbes sur les choses,
et qui toujours s’en vont plus loin.
Peut-être le dernier ne sera-t-il pas clos,
mais je veux l’essayer du moins.

Je tourne autour de Dieu, de cette tour sans âge,
depuis des milliers d’ans.
Qui je suis ? Je l’ignore encor : faucon, orage
ou cantique puissant.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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