Arbrealettres

Poésie

L’INDIFFÉRENCE D’UN ARROSOIR (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018




L’INDIFFÉRENCE D’UN ARROSOIR

Nous mourrons sans avoir apprivoisé les choses
Qui nous cernent en attendant
De nous incorporer
Elles n’ont pas même un regard
Pour les moignons d’âme qui nous restent
Et laissent pourrir à leurs pieds
Nos humbles propositions de trêve.

Celles qui nous doivent la vie
Ne sont pas les moins odieuses
On peut mourir de l’indifférence d’un arrosoir
Aussi bien que du poids d’une avalanche.

(Jean Rousselot)

Illustration: Patrick Martin

 

Une Réponse vers “L’INDIFFÉRENCE D’UN ARROSOIR (Jean Rousselot)”

  1. (1) Délire d’un arrosoir
    ———-

    À la sixième tournée du troisième paradigme, un épouvantable orage désola le potager de Piaf-Tonnerre. Des taches de rouille horribles ou charmantes se produisirent sur les outils de jardin.

    Un arrosoir (rien à voir avec un fer à repasser) se laissa glisser d’un talus boueux et, peu fier de sa corrosion, alla se loger à quelques longueurs de falzar de la borne Nord-Ouest 33, nommée vulgairement Ardoise-à-Fromage.
    L’aspect lisse de l’ardoise affola l’arrosoir pusillanime, qui s’arrêta, vide, cylindrique, troué de rouille.
    L’ardoise observa le silence. Sa physionomie était tournée dans l’autre direction. L’arrosoir se disait en lui-même : « Vraiment, je n’ose !… »
    Il était bien incapable de faire précéder son amoureux assaut par un madrigal ou un sonnet marotique.
    Il employa les ressources d’une imprimante à jointure que Piaf-Tonnerre avait mise à refroidir.
    L’ardoise parut d’abord insensible à cet hommage. Elle s’endormait, même.
    L’arrosoir découvrit alors une imperfection dans le logiciel de l’imprimante à jointures.

    Ici le récit de son illumination transcendante :

    Un second orage, par le plus grand des hasards, inonda le sol déjà bien humide.
    L’ardoise réfléchit la lueur d’un éclair, et l’arrosoir en fut illuminé.

    C’est depuis ce temps là que les arrosoirs les plus éclairés, pour désigner leur propre personne, utilisent l’expression « ma pomme ».

    ===============================

    (2) Sagesse d’un arrosoir
    ————

    À tous les végétaux je sais porter secours,
    Vous m’avez vu souvent soulager leur déveine ;
    Je leur fais absorber de la bonne eau de Seine
    Qu’apporte un jardinier en son prudent parcours.

    J’arrose ce domaine et tous ses alentours,
    Le soir et le matin, sans ménager ma peine ;
    Plus précieuse est mon eau que le vin de la Cène,
    Car ce n’est point du sang, mais c’est un pur amour.

    Je ne dis pas un mot, et rien ne me tourmente,
    Je dors quand mon labeur est enfin terminé ;
    Le ciel est mon copain, la terre est mon amante.

    Au plus noble devoir je me suis enchaîné ;
    Je l’ai dit l’autre jour à la Dame charmante
    Qui sait si doucement vers mes fleurs m’incliner.

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