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Poésie

Archive for 3 août 2018

Le bain des nymphes (José-Maria de Heredia)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018


Francois_Boucher

 

C’est un vallon sauvage abrité de l’Euxin;
Au-dessus de la source un noir laurier se penche,
Et la Nymphe, riant, suspendue à la branche,
Frôle d’un pied craintif l’eau froide du bassin.

Ses compagnes, d’un bond, à l’appel du buccin,
Dans l’onde jaillissante où s’ébat leur chair blanche
Plongent, et de l’écume émergent une hanche,
De clairs cheveux, un torse ou la rose d’un sein.

Une gaîté divine emplit le grand bois sombre.
Mais deux yeux, brusquement, ont illuminé l’ombre.
Le Satyre! … Son rire épouvante leurs jeux;

Elles s’élancent. Tel, lorsqu’un corbeau sinistre
Croasse, sur le fleuve éperdument neigeux
S’effarouche le vol des cygnes du Caystre.

(José-Maria de Heredia)

 

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Airs de danse (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Airs de danse

C’est la belle aux yeux,
C’est la belle aux yeux de mûre,
C’est la belle aux yeux de mûre ;
La belle aux cheveux,
La belle aux cheveux de mûre,
Aux cheveux soyeux.

Elle porte les habits,
Les habits dorés du klephte,
Les habits dorés du klephte ;
Elle porte le fusil,
Le fusil doré du klephte
Et le yatagan aussi.

« Pourquoi rire ainsi,
Compagnon, pourquoi donc rire ?
Compagnon, pourquoi donc rire ?
La belle lui dit.
Il ne cessa pas de rire
Et lui répondit :

« Je vois le soleil,
Je vois le soleil qui brille,
Je vois le soleil qui brille,
Et ton sein vermeil,
Et ton sein vermeil qui brille
Comme le soleil.  »

C’est la belle aux yeux,
C’est la belle aux yeux de mûre,
C’est la belle aux yeux de mûre ;
La belle aux cheveux,
La belle aux cheveux de mûre,
Aux cheveux soyeux.

(Jean Moréas)

 

 

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WATTEAU (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



 

Antoine Watteau

WATTEAU

Devers Paris, un soir, dans la campagne,
J’allais suivant l’ornière d’un chemin,
Seul avec moi, n’ayant d’autre compagne
Que ma douleur qui me donnait la main.

L’aspect des champs était sévère et morne,
En harmonie avec l’aspect des cieux,
Rien n’était vert sur la plaine sans borne,
Hormis un parc planté d’arbres très vieux.

Je regardai bien longtemps par la grille ;
C’était un parc dans le goût de Watteau :
Ormes fluets, ifs noirs, verte charmille,
Sentiers peignés et tirés au cordeau.

Je m’en allai l’âme triste et ravie ;
En regardant, j’avais compris cela :
Que j’étais près du rêve de ma vie,
Que mon bonheur était enfermé là.

(Théophile Gautier)

Illustration: Antoine Watteau

 

 

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Un! deux! trois! quatre! Tous en rond pon! (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Un! deux! trois! quatre!

Un! deux! trois! quatre! Tous en rond pon!

Ah! que j’aimais vos cheveux longs…
quand nous jouions, enfants, pleins d’été des campagnes

Au bout de la prairie,ô verte aquarelliste
zinzinule un ruisseau et nous buvons dedans
quand nous avons bien chaud l’eau qui glace les dents

Elles rient! Elles rient!
Je les entends encore…
Un! deux! trois! quatre! Beau colimaçon pon!

Elles rient, elles rient, gorges d’anges harpistes
leurs lèvres neuves sont des grappes de groseilles
luisantes de salive au feu d’or d’un rayon

Ah! que j’aimais ces baisers longs
que je nous supposais, virginales compagnes

En vous quittant le soir j’étais timide et triste
J’en pleurerais encore…

Adieu, vieil horizon
Elles s’en vont, je pars, et s’égrènent les ans
Tout s’espace, tout meurt, on tourne les talons
(Elles avaient des boucles d’argent aux oreilles)

Un! deux! trois! quatre! Allons

Ah! que j’aimais vos blancs jupons pon!

(Louis Calaferte)

 

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Diagnostic existentiel (Pentti Vihtori Holappa)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Diagnostic existentiel

Une fois encore cloué à un soir solitaire il
chercha dans sa mémoire les moments de bonheur, pouvant
justifier son existence, et il ravit une place dans le vaisseau spatial.
Puis il se souvint que sur l’écran de télévision il avait vu un homme
que les dauphins avaient accepté pour compagnon de jeu.

Ainsi donc ils s’ébattaient à la surface des eaux de l’océan
gorgés d’existence, les dauphins comme l’homme,
chaque geste réglé selon leur seule présence.
Alors dès la nuit suivante il décida d’apprendre à nager,
d’attendre les dauphins, d’oublier. – Il oublia.

(Pentti Vihtori Holappa)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

 

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Quand tu contemples une rose (Mahmoud Darwich)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Quand tu contemples une rose
qui a blessé un mur et que tu te dis :
J’ai bon espoir de guérir du sable,
ton cœur verdit…

Quand, par une journée belle comme une icône,
tu accompagnes une femme au cirque
et que tu es convié à la danse des chevaux,
ton cœur rougit…

Quand tu comptes les étoiles, que tu te trompes
après la treizième et que tu t’assoupis
comme l’enfant
dans la bleuité de la nuit,
ton cœur blanchit…

Quand tu marches et
que tu ne
trouves pas
le songe
allant devant toi comme l’ombre,
ton cœur jaunit…

*

When You Gaze Long

When you gaze long at a rose
that has wounded a wall, you say to yourself:
I hop e for a cure ftom the sand.
Your heart turns green…

When you take a woman to the circus,
a woman whose day is lovely as an icon…
and you dismount like a guest to the horse’s prance.
your heart turns red…

When you count the stars, and make a mistake after
thirteen, and you doze like a child
in the blue of the night,
your heart turns white…

When you journey, and do not find the dream
that walks before you like a shadow,
your heart turns yellow…

(Mahmoud Darwich)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

 

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La mort viendra et elle aura tes yeux (Cesare Pavese)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018




La mort viendra et elle aura tes yeux –
cette mort qui est notre compagne
du matin jusqu’au soir, sans sommeil,
sourde, comme un vieux remords
ou un vice absurde. Tes yeux
seront une vaine parole,
un cri réprimé, un silence.
Ainsi les vois-tu le matin
quand sur toi seule tu te penches
au miroir. O chère espérance,
ce jour-là nous saurons nous aussi
que tu es la vie et que tu es le néant.

La mort a pour tous un regard.
La mort viendra et elle aura tes yeux.
Ce sera comme cesser un vice,
comme voir resurgir
au miroir un visage défunt,
comme écouter des lèvres closes.
Nous descendrons dans le gouffre muets.

(Cesare Pavese)

Illustration: Fred Einaudi

 

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Congrès international de la peur (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Congrès international de la peur

Provisoirement nous ne chanterons pas l’amour,
qui s’est réfugié plus bas que les souterrains.
Nous chanterons la peur, qui rend stériles les embrassades,
nous ne chanterons pas la haine car elle n’existe pas,
seule existe la peur, notre mère et compagne,
la grand-peur des sertöes, des mers, des déserts,
la peur des soldats, la peur des mères, la peur des églises,
nous chanterons la peur des dictateurs, la peur des démocrates,
nous chanterons la peur de la mort et la peur d’après la mort,
et puis nous mourrons de peur
et sur nos tombes pousseront des fleurs jaunes et craintives.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: William Blake

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Au papillon (Masaoka Shiki)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Au papillon je propose
D’être mon compagnon
De voyage.

(Masaoka Shiki)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Ophélie (Philippe Chabaneix)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018




Ophélie

Allez, allez comme le vent,
O compagnons de la folie
Auxquels depuis longtemps me lie
Un sort étrange et décevant,
Allez sans cesse de l’avant
A la recherche d’Ophélie,
Allez, allez comme le vent,
Elle a glissé dans la rivière
Avec des soucis à la main,
Ne regardez pas en arrière
Et suivez toujours le chemin
Où reste un peu de sa lumière,
Elle a glissé dans la rivière,
Mais un grand lys naîtra demain
Parmi les croix du cimetière.

(Philippe Chabaneix)

Illustration: John Everett Millais

 

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