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Poésie

Archive for 4 août 2018

Au cœur des ténèbres plus qu’obscures (Ko Un)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Au cœur des ténèbres plus qu’obscures
une fleur s’épanouit
dans son cri solitaire

et là, tout près
et rouge, une fleur s’épanouit
sans rien dire

(Ko Un)

 

 

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DISCORDANCES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



 

hirondelle

DISCORDANCES

Je prononce Ténèbres
Pour mieux dire Hirondelle

Parce qu’elles se traversent
je dénombre les murailles

Je me serre contre l’ardoise
pour y graver poèmes

Et plonge dans les gouffres
pour embraser l’instant.

(Andrée Chedid)

 

 

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Là-bas (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



là-bas des soleils contraires
éveillent les ténèbres et le jour
ce qu’ils éclairent ne se voit pas

(André Velter)


Illustration: Odilon Redon

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La nuit triste a le goût souterrain de la fièvre (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



La nuit triste a le goût souterrain de la fièvre
Et l’ombre des oiseaux picore les cadavres
Sur les places tendues de lourds filets de soie
Où l’on pend les miroirs affamés de lumière.

Il y a, pour rêver, la nuit toujours trop longue,
Il y a, pour souffrir, la vie toujours trop brève,
Il y a, pour mourir, les ténèbres amies,
Il y a notre amour, plus beau dans les désastres.

(Albert Ayguesparse)

 

 

 

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C’est habité (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Le corps a beau oublier
jeter dessus pelisses
voluptés d’astrakan et de loutres
puis bâches
rudes toiles de tente
et même la mort par pelletées
de mottes grasses

Rien n’y fait
l’âme tire aux coutures
faufile sa lumière entre les fentes

Et c’est comme une maison
qui s’allume le soir
sous les portes et les volets


dans la nuit de nos égarements
c’est habité


dans les ténèbres du beau
brûle un feu bien présent

(Werner Lambersy)


Illustration: Suzanne Clairac

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Flèche-d’eau (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Flèche-d’eau

« Vogue ma barque, fends le courant rapide;
elle m’appelle à l’autre bord, j’entends sa voix qui me protège! »

Ainsi chantait le pêcheur, et s’appuyant sur sa rame, il
divisait le flot en laissant après lui un sillon argenté.
Sa barque volait comme l’hirondelle; déjà les saules du rivage
laissaient voir leur chevelure verte.
Le pêcheur redouble d’efforts.
Tout-à-coup il lui sembla que sa barque, rebelle à la rame,
était entraînée doucement vers un point opposé.
Au même instant la lune se voila; il vit au milieu des joncs
se dresser lentement une belle femme, et il entendit une
voix qui chantait:

« Où vas-tu, jeune pêcheur?
Écoute, je suis la blanche reine de l’onde.
La rive est pleine de désillusions;
suis le courant qui t’entraîne vers moi;
je te montrerai le chemin qui conduit dans mes bleuâtres royaumes,
vers mon palais de cristal.
Ne me connais-tu pas! Le soir, c’est moi qui t’endors
au bruit de mes soupirs expirant sur la grève;
c’est ma fraîche haleine
que tu respires le matin sur le seuil de ta chaumière.
Vois, ta barque d’elle même marche vers moi.
Laisse-toi aller, pêcheur, suis le courant qui te guide. »

Le pêcheur, pâle d’effroi, gardait le silence.
Le malheureux s’était approché de cet endroit mystérieux
où s’élève la flèche d’eau au milieu de mille plantes aquatiques.
Les rameurs qui ont obéi à son appel n’ont plus reparu au village,
on les a trouvés bien loin sur le rivage, frappés de nombreuses blessures.
La menteuse divinité les avait percés de ses dards.
Ces histoires se présentèrent à l’esprit du pêcheur,
mais l’ondine chantait toujours,
une fascination involontaire le privait de ses forces,
il allait abandonner l’aviron.
Tout-à-coup son nom répété trois fois retentit sur la rive.

« Vogue ma barque,  » s’écria le pêcheur ranimé,
 » fends le courant rapide: elle m’appelle à l’autre bord,
j’entends sa voix qui me protège!  »

Il s’éloigne, et l’ondine disparaît ne laissant après elle
qu’un cercle d’argent sur l’eau.

(J.J. Grandville)

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Je me penche (Paul Nougé)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Je me penche, feuillage, je me retourne, oiseau.
Je me perds, eau glacée, je me trouve, arbre vert.
Je m’enfuis, silence, je retombe, pluie de flammes.
Je m’endors, humiliée, je m’éveille, solennelle.
Je me penche, menteuse, je me lève, danseuse.
Mon ombre dans tes yeux
fait des pieds et des mains

(Paul Nougé)

Illustration: Elizaveta Porodina

 

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L’horloge (Louis Mercier)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



horloge

L’horloge

Elle a l’air vaguement humaine
Avec sa face d’émail blanc,
Et sa robe couleur de chêne
Où bat son coeur rythmique et lent.

Elle habite un coin solitaire
Où l’araignée a son réduit,
Et fait son oeuvre de mystère
Sans se hâter, le jour, la nuit :

Elle vit à l’écart, étrange
Et respectée ; on la défend
Du heurt des chaises qu’on dérange
Et des gambades des enfants.

L’horloge valétudinaire
Craint les caprices des saisons ;
Elle vibre aux coups de tonnerre,
Le vent lui donne le frisson.

Elle a peur du cahot des roues,
Des portes qu’on ferme trop fort ;
Les jours de pluie, elle s’enroue,
Et le gel des grands froids l’endort.

Un souffle, un rien la contrarie,
Souvent même, on ne sait pourquoi,
S’arrête la fragile vie
Dont palpite son coeur de bois.

*

Tout dort. Rompus de lassitude,
Les hommes sont ensevelis
Entre leurs draps de toile rude,
Dans les ténèbres des grands lits.

Les troupeaux gisent près des crèches ;
Les boeufs, dans la paille affaissés,
Rêvent des prés, de l’herbe fraîche,
Et des sillons qu’ils ont tracés.

Le chien dort, et le coq sonore
Se tient muet sur son perchoir,
Car le jour n’est pas près d’éclore
Et le côté de l’aube est noir.

Le sommeil tient aussi les choses :
Les outils qui vivent dehors,
Les meubles que les murs enclosent
Et la maison même, tout dort.

Seule, dans l’anxieux silence,
Seule vivante en l’ombre immense,
L’horloge obscure ne dort pas,
Comme un pas lent, mais jamais las,

Ou comme le pouls d’une artère,
Ou le battement d’un coeur sourd,
Elle fait son brait solitaire,
Toujours, toujours, toujours, toujours.

(Louis Mercier)

 

 

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La Vie (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Les nuits sans celui qu’on aime — et les nuits
Avec celui qu’on n’aime pas, et les grandes étoiles
Au-dessus de la tête en feu et les mains
Qui se tendent vers Celui –
Qui n’est pas — qui ne sera jamais,
Qui ne peut être — et celui qui le doit…
Et l’enfant qui pleure le héros
Et le héros qui pleure l’enfant,
Et les grandes montagnes de pierre
Sur la poitrine de celui qui doit — en bas…

je sais tout ce qui fut, tout ce qui sera,
je connais ce mystère sourd—muet
Que dans la langue menteuse et noire
Des humains — on appelle la vie.

(Marina Tsvétaïéva)


Illustration: Pablo Picasso

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L’HOMME MORT (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



 

Michael Page 1979 - American Pop Surrealism painter -   (14) [1280x768]

L’HOMME MORT

Lui, parmi les étoiles,
Dans la toile d’araignée des astres englué,
Oscillant comme au vent
A travers les ténèbres,
Lui, marqué au front par les étoiles,
Les étoiles, les étoiles lui consumant le coeur,
Lui, près de l’arbre blanc conçu,
Il s’en va.

Une once de soleil et de vent,
Deux doigts de rire,
Encore une parole
Et tu pourras partir.

Son visage est en sang.
Il s’en va.
Comme parmi les étoiles et les arbres.
Les étoiles le marquent au front.
Il s’en va
Au pays des étoiles et des arbres,
Des orages de l’âme.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Michael Page

 

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