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Poésie

Archive for 4 août 2018

Les Animaux (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018


 

Les Animaux

Ils ne s’échinent pas, ils ne geignent pas sur leurs sort,
Il ne restent pas éveillés dans les ténèbres à pleurer sur leurs péchés.
Ils ne ressassent pas leurs devoirs envers Dieu,
Pas un seul n’est mécontent, pas un seul n’est rendu fou par la manie de posséder,
Pas un seul ne ploie le genou devant un autre, ni devant un de ses pareils qui vivait
il y a des milliers d’années.
Pas un seul ne mène une vie respectable, pas un seul n’étale son infortune sur toute
la surface de la terre.

(Walt Whitman)

 

 

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Je suis colombe (Haviva Pedaya)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Je suis colombe lâchée hors de l’arche
En vain mon aile errante parcourt les eaux sans fin
Mon âme pleure, nul ne l’entend
Mon Dieu devant toi oubliée
Dans d’épaisses ténèbres reléguée
Je me languis de toi et je te recherche
Et j’espère qu’au fin fond de la fosse
Poindra en moi la lumière

(Haviva Pedaya)


Illustration

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Je divague (Alain Jégou)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Je divague.
J’erre de vague en vague
et cherche mon amer,
mon aber,
mon havre calfeutré
dans sa cotte de pensées.
La solitude me sied.
Je n’appelle plus personne.
Personne ne m’appelle.
Plus de liens.
Plus de chaleur.
Plus de cœur.
Plus de chair.
Plus de désirs.
Plus d’âme.
Plus de pensées torves
et tourmenteuses.
Donc plus de souffrances ni de nausées.
Plus rien que la mer spacieuse
et silencieuse.
Elle, éternelle, inébranlable,
et moi
qui ne me sentirait jamais aussi vivant
que lorsqu’elle m’accorde
ses plus tendres et sensuels effleurements.

(Alain Jégou)


Illustration: Clark Little

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L’HEURE D’AMOUR (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



L’HEURE D’AMOUR

Dans l’oiseau la pendule chante.
Les miroirs sont voilés de pleurs.
De la saison qu’amour invente
Le temps ne cueille pas la fleur,
Blanche edelweiss, étoile blanche
Dont la montagne est une hanche
Et dont la neige est de chaleur.

En l’indécis les heures sonnent.
Est-il déjà temps de dormir ?
La plus belle n’est plus personne,
Vous ne pourrez y revenir,
Son regard est de coquillage
Et sous les sables de son âge
L’oubli s’enlace à l’avenir.

—  » Venez, venez.  » —  » La méfiance
Me dit de ne vous suivre pas,
Les jeux de votre préférence
Sont passe-temps vers le trépas.  »
—  » Non, non je t’ouvre les espaces
Où la caresse se déplace
Suivant l’empreinte de tes pas.  »

Des peureux les lèvres sont sèches.
De la peur les pas sont comptés
Et le cheval de leur calèche
Ne peut descendre ni monter.
Dans l’attelage qui m’emporte
Je fuis du temps les saisons mortes.
Mes chevaux ne sont pas domptés.
—  » Dans la chambre aux heures fermée
Notre voyage sera grand.
L’étendue y est enfermée
Nous en serons les continents.  »
—  » Non, l’heure est couchée à ma place,
A sa lèvre une fleur de glace,
En ses mains mon baiser mourant.  »

Le temps d’amour est d’autre monde,
Son flot se cache dans la nuit
Des gorges où le baiser gronde,
Et sa belle étoile luit
Qu’au fond de la nuit des prunelles,
Dans ces ténèbres personnelles
D’où le désir n’est éconduit.

Je voyage et mon ombre porte
Celui qui me porte en m’aimant.
L’amour se tient à notre porte,
Ses soupirs sont mes diamants.
En me voyant ainsi parée
L’heure s’enfuit désemparée
Et retourne à ses battements.

D’imprudence je suis la reine,
De mes biens mes doigts sont les monts
Que gravit celui qui m’entraîne
A suivre ce que nous aimons.
Les lèvres des amants sont claires ;
L’amour les lave de prières.
Son accent chasse les démons.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Pascal Renoux

 

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LES MURS NOIRS (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



 

Otto Dix   Painting 136 [1280x768]

LES MURS NOIRS

Les murs noirs se lézardent
Au-dessus de mon âme.
Les hommes-lampes
Baissent, s’éteignent.
Un poisson borgne
Nage en l’obscur,
Un poisson à l’oeil noir.

L’homme arrive
Du coeur des ténèbres.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Otto Dix  

 

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J’attends … (Albert Lazeau)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



J’attends …

J’attends. Le vent gémit. Le soir vient. L’heure sonne.
Mon cœur impatient s’émeut. Rien ni personne.
J’attends, les yeux fermés pour ne pas voir le temps
Passer en déployant les ténèbres. J’attends.
Cédant au sommeil dont la quiétude tente,
J’ai passé cette nuit en un rêve d’attente.
Le jour est apparu baigné d’or pourpre et vif,
Comme hier, comme avant, mon cœur bat attentif.
Et je suis énervé d’attendre, sans comprendre,
Comme hier et demain, ce que je puis attendre.
J’interroge mon cœur, qui ne répond pas bien…
Ah ! qu’il est douloureux d’attendre toujours — rien !

(Albert Lazeau)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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LA MORT OUVRE LE COEUR (Pierre Torreilles)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018


 


Michael Page   1979 - American Pop Surrealism painter -   (20) [1280x768]

 

LA MORT OUVRE LE COEUR

La rose à l’ombre des cyprès
danse.Inondée de ténèbres,
elle,au langage détourné
ne parvient plus à l’attention,
dans la distance accroît
le bruit du coeur désordonné.

Le soir descend dans chaque rose
et l’eau s’éclaire dans leur mort.
Dans les cyprès le coeur murmure.

(Pierre Torreilles)

Illustration: Michael Page

 

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Dans les ténèbres de l’errance (Alain Mabanckou)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Dans les ténèbres de l’errance
le songe est le seul point lumineux
Mais il meurt dans le gosier de l’engoulevent

(Alain Mabanckou)


Illustration: Marc Chagall

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PROSTRÉS (José Ángel Valente)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018




PROSTRÉS pendant
qu’au-dessus le rayon non visible
S’enveloppe de ténèbres.

Troupeau aveugle
d’animaux obscurs
renversés dans la boue.

Qui viendra du haut
avec des fragments de vent
te donner nom ?

***

POSTRADOS mientras
arriba el rayo no visible
se envuelve en la tiniebla.

Manada ciega
de animales oscuros
volcados sobre el barro.

¿ Quién vendrá de lo alto
con fragmentos de viento
a darte nombres ?

(José Ángel Valente)

Illustration: Salvador Dali

 

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Lumière de mes nuits Youki (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Adrien Henri Tanoux 23_XXXL [1280x768]

Lumière de mes nuits Youki

Te souviens-tu des nuits où tu apparaissais
Sur le rectangle clair des vitres de ma porte ?
Où tu surgissais dans les ténèbres de ma maison
Où tu t’abattais sur mon lit comme un grand oiseau
Fatigué de passer les océans et les plaines et les forêts.
Te souviens-tu de tes paroles de salut
Te souviens-tu de mes paroles de bienvenue
de mes paroles d’amour
Non, il ne t’en souvient pas.
On ne se souvient pas du présent, personne…
Or, il est nuit,
Tu surviens, tu arrives, tu t’abats sur mon lit
Je suis ton serviteur et ton défenseur soumis à ta loi
et toi soumise à mon amour
Il est minuit il est midi
Il est minuit et quart
Il est minuit et demie
Il est midi à venir ou midi passé
Il est midi sonnant
Il est toujours midi sonnant pour mon amour
Pour notre amour
Tout sonne tout frémit et tes lèvres
Et sur mon lit tu t’abats entre minuit et quatre heures du matin
comme un grand albatros
Échappé des tempêtes.

(Robert Desnos)

Illustration: Adrien Henri Tanoux

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